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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

25 Mar

Baubérot, Jéhovah et le prof de SVT.

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Laïcité - Religions

Jean Baubérot

Jean Baubérot

En matière de Laïcité, Jean Baubérot a acquis un statut médiatique qui a pour conséquence d'exposer ses propos à la critique publique.

 

Voici une réflexion de Deus Aderit, nouveau contributeur, publiée sur Médiapart, à propos du post scriptum n°1 de l'un des articles de son Blog.

 

19 mars 2014 | Par Deus Aderit

 

Lue sur le blog de Jean Baubérot, un des (le ?) spécialistes français de l'histoire de la laïcité, cette phrase (en un court post-scriptum):

Un article [de la Charte de la laïcité] m’a gêné : celui qui indique qu’ «aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question du programme.». Bien sûr, mais un enfant doit aussi pouvoir argumenter en fonction de ses propres convictions, même à l’école qui doit lui apprendre à débattre.

 

Il ne s'agit pas de faire ici le "procès" de M. Baubérot, dont d'autres semblent vouloir se charger dans les commentaires qu'ils lui adressent sur son blog. Je n'en ai de toute façon pas les compétences, et quand bien même les aurais-je que je n'en aurais pas l'envie.

 

En introduction, il me faut d'ailleurs bien préciser, pour ne pas faire dire à M. Baubérot plus (ou moins) qu'il ne dit, qu'il entend par ces quelques mots résumer très succinctement les idées que lui a inspirées la lecture de la "Charte de la laïcité à l'École" proposée par le Ministère de l'éducation nationale. Il explique lui-même que le commentaire original qu'il a fait de cet article de la "Charte" est bien plus développé que ça, et j'imagine que son propos "réel", livré ici "brut" en cette simple phrase, est certainement bien plus élaboré, nuancé au besoin, éclairé, argumenté.

 

Néanmoins, puisque je n'y ai accès, moi, que sous cette forme-là, je dois avouer que je reste dubitatif quant aux causes et aux conséquences de ce qu'il dit ici.

 

Sur les causes, parce que l'idée sous-jacente (telle que je la perçois) me semble ressortir de ce que J-C Michéa appelle le "libéralisme culturel", qui tendrait à mettre plus ou moins l'élève et l'enseignant sur une sorte de "pied d'égalité". Les "convictions" de l'élève devraient pouvoir se confronter à l'enseignement du professeur, d'égal à égal a-t-on l'impression, dans un débat. En certaines occasions, les élèves sont effectivement appelés au débat, à défendre un point de vue, une opinion, voire une conviction, et c'est une excellente chose. Mais il me semble que ce n'est pas là la condition la plus "naturelle" et permanente de l'élève, qui reste, somme toute, un enseigné.

 

Et s'ils sont légitimement en droit d'attendre que leurs convictions ne soient pas bafouées, tournées en ridicule, un cours de sciences, par exemple –puisque je crois que c'est ce qui est au cœur de la question– n'est pas le lieu pour un "débat" : il y a d'un côté un homme ou une femme qui possède un savoir et doit le transmettre, et de l'autre des jeunes gens, ignorants de ce savoir, qui doivent l'assimiler.

Une éducation repose sur le principe qu'il y a une différence entre l’enseignant et l'enseigné, et que sous ce rapport-là, ils ne traitent pas d'égal à égal.

Sur les conséquences: cela voudrait-il dire (toujours si je prends "au pied de la lettre" l'idée exprimée par M. Baubérot sous cette forme succinte et non nuancée) qu'un élève qui serait devenu fan de Faurisson, grâce à la pub qui lui fit Dieudonné, serait légitime à "argumenter" ses convictions et "débattre" de l'historicité des chambres à gaz?

 

L'exemple est certes caricatural, mais malheureusement, certains témoignages tendent à montrer qu'on en est déjà là. J'imagine que cela reste minoritaire, et que M. Baubérot s'intéresse à ce qui est caractéristique de notre société (et pas à ses dérives ponctuelles), néanmoins je ne suis pas sûr qu'on puisse faire l'économie de ces "dérives ponctuelles" : si l'on pose comme principe le droit de l'élève à débattre "en fonction de ses propres convictions", c'est que ce n'est pas à "nous" de décider de ce que seront lesdites "propres convictions", il faut faire avec ce qu'elles seront, c'est-à-dire avec ce que l'élève aura décidé qu'elles seront!

 

Même sans aller jusqu'à ces extrêmes, se pose à moi la question de ce que sont réellement ces "convictions", censées être celles –propres– de l'élève.

 

J'ai été élevé chez les Témoins de Jéhovah. Et lorsque j'étais jeune écolier, puis collégien, puis lycéen, j'ai été formé pour "résister" au cours de sciences-nat' où l'on m'apprendrait que l'Homme partage un ancêtre commun avec les singes. Et je ne parle pas que de résistance passive (qui consisterait à refuser l'enseignement en mon fors intérieur), j'ai été encouragé par les responsables de cette organisation à débattre (justement) avec mes professeurs, à objecter, à contredire, et au besoin à appuyer mes interventions sur la littérature créationniste produite par les Témoins de Jéhovah.

 

Moins "microcosmique", on pourrait citer les ouvrages d'Harun Yahya ou de Jonathan Wells, qui encouragent eux aussi les élèves à "débattre" avec leurs enseignants sur ce thème de l'évolution, proposant à ceux-là des listes d'arguments créationnistes à opposer en cours à ceux-ci, pour les "piéger".

 

Se pose donc la question de savoir de qui les "convictions" seraient défendues lors de ces "débats". Qui argumentera ces convictions créationnistes? Dans quelle mesure sont-ce vraiment les "convictions propres" de ces élèves quand, concrètement, ils répètent (même le plus sincèrement du monde) des arguments qui auront été savamment élaborés par d'autres, et transmises à eux parfois par des structures militantes fort bien organisées? À travers ces élèves, et sous couvert de ce qui serait "leurs" convictions, n'est-ce donc pas plus ou moins aux responsables jéhovistes ou autres fondamentalistes –chrétiens ou musulmans– qu'on donnerait ainsi le droit d'intervenir en cours de sciences?

 

Encore une fois, je ne livre ici que les réflexions qui me sont venues à lire une courte phrase, qui ne résume pas exhaustivement la pensée de son auteur. Je ne prétends pas du reste que, a contrario, refuser à l'élève toute expression de ses convictions serait une solution souhaitable, je ne pense même pas qu'elle serait viable!

 

Disons que je regrette que M.Baubérot ait placé cette petite phrase en "annexe" d'un billet, à la va-vite, alors que c'est la partie que j'aurais aimé qu'il développe. Mais c'est très personnel, et M.Baubérot n'est pas à mon service...

 

GC

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Commenter cet article

Deus Aderit 08/06/2014 11:03

Bonjour je suis l'auteur de ce (minuscule) blog que vous relayez ici. Je suis un peu surpris (mais assez flatté, soyons honnêtes) de me voir ainsi cité :-)

Je voulais à tout hasard signaler que J. Baubérot a souhaité répondre à mon billet:
http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/280314/laicite-scolaire-impartialite-contre-neutralite

J'avoue n'être personnellement guère convaincu par cette réponse, qui à mes yeux ne répond guère aux questions que j'entendais soulever, mais elle mérite sans doute d'être lue, et citée ici.
Si je partage avec J Baubérot certaines valeurs (notamment celle concernant un certain respect nécessaire des convictions religieuses "marginales"), je ne suis pas convaincu du tout par les modalités d'application qu'il propose, qui me semble d'une grande naïveté. Dans la "vraie vie", il arrive parfois que les idées ne puissent QUE se combattre, et alors il ne faut pas baisser bêtement les armes, en pensant que l'adversaire fera de même en constatant notre bonne volonté. Oui, il y a bien une volonté "d'entrisme" à l'école de la part de mouvements fondamentalistes, qu'ils soient très structurés comme le sont les témoins de Jéhovah ou plus "nébuleux" comme le sont les évangélico-créationnistes ou les islamistes. Comme je le soulignais dans mon billet, je connais très très bien les premiers, et je peux témoigner (par ce que j'ai entendu personnellement, et pas seulement par l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme...) que cet "entrisme" se fait justement, par exemple, par le moyen de la sociologie, en introduisant "dans la place" des universitaires qui leur sont tout acquis (et pour cause), qui pourront produire des "études scientifiques" extrêmement bienveillantes à leur égard, où est dressé un portrait incroyablement lénifiant du groupe et de ses pratiques (y compris les plus critiquables), études que ces braves gens pourront ensuite exhiber comme "témoins de moralité" et preuve de leur "innofensivité" (désolé pour le ségolénisme, le mot exact m'échappe).

christian 12/04/2014 19:31

Le GO, après avoir critiqué la Commune, se permet de critiquer Baubérot.

Gérard Contremoulin 13/04/2014 11:21

Pour vérifier à quel point le CODF "critiquerait "La Commune", je vous invite à participer le 1° Mai prochain à l'Hommage qu'il rend "aux martyrs de La Commune", comme chaque année, au cimetière du Père-Lachaise à 9h30, rendez-vous cette année sur le parking devant le Colombarium. Vous constaterez votre erreur.
Il est vrai néanmoins qu'en 1871, le GODF était divisé sur La Commune, qu'il y eut des Frères des deux cotés des barricades. Le GM, Léonid Babaud-Larribière et la majorité des membres du Conseil de l'Ordre étaient versaillais pro-Thiers. Ce sont les loges de Paris qui étaient principalement pro communards.
Quant à ce qui est écrit sur ce blog, il n'engage que l'auteur qui, pour être membre du GODF, n'a aucune compétence pour parler en son nom !

réboussié 26/03/2014 18:16

intégrisme laïque ? transposé au plan automobile , ça donne aux anglois le droit de rouler à gauche en France , car en ce domaine aussi, on est des intégristes ...
Qui maitrise l'ordre du jour à Bruxelles ? la commission non élue ( investissez 5 euros dans le Diplo d'avril, travailleurs détachés ??) , chez nous , en France ? les députés ?
Ou veux je en venir ? mais à l'école bien sur : "bien sur l'école doit apprendre à débattre aux enfants " , mais qui maitrise l'ordre du jour ? les élèves ?? j'essaie d'imaginer un asile de fous qui élisent eux même le directeur, le médecin ....aucun rapport bien sur avec la situation actuelle du pays , bien sur ...enfin j'espère , mais il y a des déclarations , parfois , on peut douter ..
La laïcité de tolérance ? quand on ajoute , on détourne , on détruit le sens du premier mot : exemple ? social démocrate , socio libéral ....car le procédé est beaucoup utilisé en économie , aussi ...La laïcité ? gardons l'aspect philosophique pour les débats philo, pour l'aspect politique , c'est un concept juridique, il appartient donc au pouvoir politique de légiférer, et de faire appliquer les textes votés, mais mélanger la philo et le droit, ce n'est qu'une manœuvre destinée à l'enfumage des ballots
De toute manière , la nature ayant horreur du vide , les sectes ne prospèrent que sur la viduité et la béance du camp d'en face , la majorité du peuple , avec les élites qu'il n'a pas toujours choisies
La référence au Monde Diplomatique d'avril pour l'article sur les travailleurs détachés , ( détachés ? c'est une image ? ) pas pour parler du fond ,l'idée n'est pas mauvaise en soi , à priori du moins , mais ce que les "sectes financières" en font et le discours "off" , on tient au "secret" de nos réunions ? oui , mais pas pour les mêmes raisons ...mais la Parole ? faudra aller bien loin pour la retrouver ....mais au français ? rien d'impossible ..

hiram 25/03/2014 15:48

Après avoir censuré Chouard, invitons donc Baubérot, ses conférences sont toujours très intéressantes et développent l'idée d'une laïcité de tolérance dont nous pourrions nous inspirer pour ne pas tomber dans une laicité d'interdiction, qui confine à l'intégrisme laïque. Nous pourrons donc lui poser toutes les questions voulues, dans les règles qui sont les notres

lucie1945 26/03/2014 15:59

@♦Gérard Contremoulin,
Tout à fait d'accord avec vous! Mr Jean Baubérot est parfois difficile à cerner, une duplicité notoire et moult exemples pour le prouver!
Je ne connaissais pas spécialement ce Monsieur qui s'est violemment attaqué (verbalement) à Elizabeth BADINTER, voilà quelques années!
Oui, je n'apprécie pas tous ceux qui ajoutent des qualifiants ou des vocables à la laïcité!
La France est une république laïque, un point c'est tout!
Laïcité de Tolérance, laïcité positive et quoi donc encore?
Libre à chacun de croire en ce qu'il veut ou pas, c'est de l'ordre privé!
Je suis laïque et catholique non pratiquante, si je suis souvent très critique sur la religion, je ne rejette pas tout mais jamais je ne ferai de prosélytisme car c'est une affaire personnelle!
Mr BAUBEROT, défenseur de la laïcité, pour moi???? Un leurre!
Oui, le CICNS défend les sectes et il suffit de taper ce sigle pour voir apparaître en vedette Mr BAUBEROT!

Gérard Contremoulin 26/03/2014 10:01

Une "laïcité de Tolérance"...
Il est de bon ton chez certains admirateurs de la Laïcité de lui attribuer des adjectifs. Mais pourquoi ?
Quelle est cette impérieuse nécessité qui obligerait de la qualifier sinon de la détourner de son objectif ? Celui de donner la possibilité de la liberté de conscience, de rendre vivable une société composée d'hommes et de femmes pouvant croire ou ne pas croire sans être tenus de le préciser.
Quelle est cette manière de stigmatiser la laïcité "tout court" en en parlant comme d'une "laïcité d'interdiction" ?

Gérard Contremoulin 26/03/2014 09:54

Lucie apporte une des réponses possibles à mes critiques sur Jean Baubérot. Il faut rappeler que le CICNS est un organe de défense des sectes.

lucie1945 25/03/2014 22:16

Ce qui me dérange chez Mr Baubérot, c'est que le CICNS fait beaucoup son apologie, connaissant cet organisme et notamment, ses rapports si particuliers avec la scientologie!

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