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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

10 May

R comme Réception ou I comme Initiation ?

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Dico

R comme Réception ou I comme Initiation ?

La vie du franc-maçon, soeur ou frère, commence un jour par une cérémonie qui matérialise son entrée dans la franc-maçonnerie. Cette cérémonie porte, selon les auteurs et les rites soit le nom d'Initiation (presque tous les rites) soit le nom de Réception (Rite Français, version généralisée depuis Louis Amiable notamment). Pourquoi ?

 

On aurait tort de prendre ceci pour un souci polémique. Deux mots existent, il faut simplement chercher à comprendre pourquoi, en essayant de se frayer un chemin au milieu de la diversité des éléments de langage.

 

Héritier de la franc-maçonnerie du siècle des Lumières, le Rite Français, rite "officiel" du Grand Orient de France, c'est-à-dire le rite selon lequel se déroulent les travaux de ses différentes instances régionales et nationales, est basé sur le respect du principe de la Liberté Absolue de Conscience. Nulle obligation d'invocation, nulle obligation de croire ou de ne pas croire, nulle interdiction de débat ou de vote, souveraineté des Loges, séparation des pouvoirs... Ne devrait-on pas, au Rite Français, choisir d'employer plutôt le terme de "Réception" comme cela se fait déjà dans ses Ordres de Sagesse et dans certaines loges bleues...

 

Les autres rites, y compris lorsqu'ils sont pratiqués au GODF, parlent très généralement "d'Initiation".

 

Liberté Absolue de Conscience.

La liberté de conscience, telle qu'elle apparaît chez nos premiers frères anglais après un siècle et demi d'obligation de se reconnaître dans un même dieu, celui du monarque ("cujus regio, ejus religio"), est un principe qui les laissait libre de pratiquer, enfin, la religion de leur choix. Mais il n'arriverait à personne de penser n'en pratiquer aucune... On connait cette question que le Vénérable d'une loge anglaise pose à un profane, anecdote souvent rapportée par Roger Dachez : 

- Do you believe in God ? Yes or No ?

- Which God ?

- That's your choice.

La question n'est pas de savoir lequel mais d'inscrire dans sa démarche personnelle le fait de croire, tout simplement...

La Liberté Absolue de Conscience ajoute à cette liberté, celle de pouvoir ne pas croire. C'est la source  de ce principe qui a été adopté par le Convent de 1877, déjà évoqué, notamment ici. C'est cette décision qui a provoqué un "grand schisme" dans la maçonnerie à l'échelle mondiale.

 

Pourquoi deux mots ? 

La différence tient dans la conception que l'on se fait de ce moment unique, de cette entrée officielle dans la franc-maçonnerie, ce qui renvoie inéluctablement à la définition de l'idéal maçonnique...

Dès lors, il est naturel de considérer qu'il s'agit soit d'une entrée soit d'un passage, soit d'un point de départ soit d'une transfiguration.

Quoiqu'il en soit, ce moment qui doit être célébré avec la plus grande solennité, ouvre au "profane" , homme ou femme, un univers nouveau qu'il découvre dès son premier pas dans le cabinet de réflexion. Et toute la suite de la cérémonie va le faire progresser, le faire cheminer symboliquement de l'ombre à la Lumière, vers la découverte de ses propres potentialités. C'est en ce sens qu'il est vécu comme un moment d'exception. 

 

Parler de Réception met l'accent sur l'aspect progressif de l'initiation.  Car, pour fondamentale qu'elle soit, cette cérémonie ne saurait marquer autre chose que le démarrage d'un processus. Et ce processus ne cesse jamais. Il accompagne le maçon toute sa vie durant, il est le maçon lui-même. C'est le sens de ce moment du rituel qui précise : "On s'initie soi-même". 

 

Parler d'Initiation en revanche, met l'accent sur le saut qualitatif que représenterait le passage d'un état, celui de "profane" à un autre, celui "d'initié". C'est une manière de conférer à l'acte symbolique de "recevoir la Lumière" un caractère d'essence magique au terme duquel, l'individu serait changé par le seul fait de ce passage. De ce point de vue, cela donnerait un sens particulier à la démarche initiatique qui ne peut être que progressive...

 

Ce sont là deux conceptions assez dissemblables d'une même cérémonie maçonnique. Elles illustrent les différences d'approches qui coexistent en franc-maçonnerie. La question n'est pas de déterminer s'il y a une bonne ou une mauvaise conception mais plutôt de comprendre, puisque le profane n'est pas en situation de choisir, la philosophie qui la soutend.

 

Ensuite, le maçon aura la possibilité d'approfondir ce choix et, éventuellement, lorsqu'il sera devenu Maître, d'intervenir pour en modifier le cours. C'est la caractéristique du Rite Français que de laisser la possibilité à celles et à ceux qui le pratiquent, d'apporter des modifications dans les rituels si la Loge en ressent la nécessité (principe de souveraineté des loges au GODF). Ils ont ainsi l'opportunité de travailler la cohérence philosophique dans la poursuite du cheminement initiatique.

 

Et notamment celle exprimé par l'article premier de la Constitution du GODF, dont la lecture, obligatoire à chaque ouverture des travaux, constitue la seule obligation rituélique d'une loge, et ce, quel que soit son rite. Ses principes constituent l'épine dorsale de l'identité de l'obédience.

 

 

CONSTITUTION du Grand Orient de France

Principes Généraux de l'Ordre Maçonnique

ARTICLE PREMIER

La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l'étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l'amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'Humanité.

Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.

Elle attache une importance fondamentale à la Laïcité.

Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité. 

R comme Réception ou I comme Initiation ?

Gérard Contremoulin

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Commenter cet article

JP Bacot 17/05/2016 17:41

Sauf erreur de ma part, le terme d'initiation ne s'est (hélas) imposé au Grand orient qu'en 1887 avec l'adoption du rituel Amiable .Les écossais l'ont intégrée avant, quand exactement, c'est à rechercher précisément, mais cela s'est produit quelque part dans le moment romantique. En tout cas, si on se réclame des Moderns, on doit bien parler de réception. Quant à savoir si, sans l'initiation, il y a maintien d'un processus initiatique, personnellement, j'en doute. Ce que l'on nous transmet, ce sont des valeurs, des comportements, par l' accès à des mythes, lesquels sont des faits littéraires et non le produit de la voix de son maître. La revue l'initiation, l'histoire selon Schuré des "grands initiés", tout cela constitue un mondes d'idées respectables, mais qui n'est pas le nôtre.

aristot58 14/05/2016 10:27

J'ai oublié de féliciter Gerard de cette belle initiative où on pourraiy y voir un retour aux sources.
Etonnament en pahse avec ce qui apparaissait une initiative de "lamaconne" pour une "nouvelle francmaconnerie".
Le sujet paraissait alléchant parce qu'il est interessant pour le FM de revenir à l'essence de ce qu'il fait. Mais le débat que notre soeur prétendait "ouvert" a été vite refermé dès que des interventions n'allaient plus dans son combat contre la GLDF et la GLFF. Dommage !

Michel König 13/05/2016 11:21

Tout à fait d'accord mon cher Gérard. A la Grande Loge de Londres avec Desaguliers on disait d'ailleurs "Faire un maçon", "make a mason". Ce qui ajoute et c'était important à l'époque et pour les anglais une notion de régularité au sens du mot à l'époque que Roger Dachez a rappelé dans son livre sur la régularité. A la formule, un maçon libre dans une loge libre se superpose celle du maçon régulier dans une loge constituée, ce qui avait son importance où Desaguliers a "inventé" l'obédience qui est la source de cette dimension réglementaire de la nouvelle Franc-Maçonnerie. Il n' y avait donc aucune dimension métaphysique dans la réception et le sens du mot initiatique doit être pris comme celui de l'ouverture de l'esprit. C'est dans ce sens là qu'il faut prendre l'Art 1er des Constitutions de 1723 et son "athée stupide" au sens que Voltaire explique dans son Dictionnaire philosophique: Si vous contemplez les merveilles de l'Univers et en mesurez la beauté et l'harmonie, vous ne serez plus stupide (autre nom de profane) et vous croirez en ce Dieu qui le fait tourner, et non en celui qu'impose les religions révélées.

Pinprenelle 13/05/2016 12:27

Il y a une incompréhension classique (et entretenue ?) dans des analyses "frenchies" de textes et pratiques anglaises. R. Dachez le mentionne lui aussi souvent, étant lui aussi des 2 côtés du channel.
Ainsi la formule "regular" ne signifie pas seulement conforme à des règles comme le "régulier" francais, mais ce qu'on pourrait traduire par correct, valable, bien.
Les premiers rituels du 18 e d'ailleurs traitent de la question "Ou avez-vous été reçu ?" [...] Qu'est-ce qu'un loge R.. [...] : une loge disposant d'une charte de constitution ("lectures").
L'eparpillement des maçons au travers de criteres de dispersion comme "réguliers", "libéraux" n'a strcictement rien de maçonnique.
Tous les rituels, depuis le début, bannissent toute distinction de ce type à vocation de séparation, isolement, exclusion. Pour s'en convaincre il suffit de constater la reponse à la question "a quoi reconnaitrai-je que vous êtes m...?" mais aussi la chaîne d'union andersonnienne ( "cette ch. nous unit à TOUS LES F ..."), mais aussi intruction ("combien de sortes de FM " ...).
Je suis assez d'accord avec l'idée sur Anderson.
Il est temps pour TOUS LES FM de sortir du conditionnement à la division que mènent certaines obédiences. Etre FM c'est refuser de s'y soumettre. Il n'y a rien à espérer d'obediences qui cultivent la division, séparation entre les FM ... en mettant des adjectifs aux FM ...

Tufat idurar 11/05/2016 19:58

Au rer rite déiste par excellence, on parle de réception et non d initiation. Personnellement, j'aime bien la notion d initiation tant elle caractérise ce passage d'un etat de profane à celui d'initié, après et la constitution ( article 1 ) et les symboles sont la pour nous rappeler qu elle est progressive et que ce qui compte c'est le chemin

Révauger Cécile 10/05/2016 20:39

Bravo cher Gérard pour cette mise au point. Je suis absolument d'accord avec toi. Je confirme qu'au dix-huitième siècle on parlait de réception bien plus que d'initiation et qu'en terre anglophone la cérémonie considérée comme la plus importante était l'élévation à la maîtrise, justement parce qu'on ne considérait pas que seule l'initiation comptait, mais que le parcours du maçon et du maçonne était bien plus important. Comme tu le soulignes le Rite Français s'inscrit totalement dans le respect de la liberté absolue de conscience et considère que le maçon/ la maçonne doit trouver son propre parcours : il/elle est reçu. il n'est pas question d'asséner des vérités à qui que ce soit. Il appartient à chacun chacune de se construire en franc-maçonnerie. Bien fraternellement, Cécile

aristot58 11/05/2016 10:09

On peut rappeller le terme "entered apprentice" dans les loges anglo-saxonnes. Et le fait qu'en effet l'elevation à la maîtrise intervient après quelques mois. Bien ou pas ?

aristot58 10/05/2016 19:40

Quelques précisions :
Il ne faut confondre le rite "Amiable" et le Regulateur du Maçon de 1801, les deux produits par le GODF.
Le Rite Francais ou Rite Modern version 1801 puise plus ses sources dans l'esprit de la Royal Society que dans les Lumières.
Et les grades de Sagesse ( RDM ) prennent leur essence dans le Rite Modern, pronfondément anglais progressiste et qu'on boude trop à mon avis.
La contestation des références déistes bibliques devient vite un nouveau dogme.
N'appauvrit-il pas la démarche qui selon le rite modern pouvait rester détachée en exploitant des richesses symboliques.
Le "Tout est symbole" ne suffisait pas ?

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