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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

24 Jul

R comme Respect

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Dico

R comme Respect

Respect : selon le Larousse, (édition électronique)

  • Sentiment de considération envers quelqu'un, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers ; manifestations de ces égards : Manquer de respect à quelqu'un.
  • Sentiment de vénération envers ce qui est considéré comme sacré : Le respect des morts.
  • Considération que l'on a pour certaines choses : Le respect de la parole donnée.

selon le Petit Robert :

« Sentiment qui porte à accorder à quelqu’un de la considération en raison de la valeur qu’on lui reconnaît, et à se conduire envers lui avec réserve et retenue. » 

 

Le Respect est le premier devoir que les francs-maçons se doivent mutuellement.

 

Dans la pratique, c'est accepter que l'autre, mon frère ou ma soeur, non seulement pense différemment de moi mais encore que du dépassement de cette différence, voire de cette divergence, naisse l'intérêt du "commerce des hommes", cher à Michel-Eyquem de Montaigne (Les Essais).

Michel Eyquem de Montaigne, devant la Sorbonne.

Michel Eyquem de Montaigne, devant la Sorbonne.

Emmanuel Kant, dans Fondements de la métaphysique des moeurs, 2° section, définit un impératif catégorique (ici, ici) :

Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.

 

Dans la revue "Le Portique", Robert Theis, vice président de la société d'études kantiennes de langue française, indique (note 41) :

 

Kant note :

« Le premier [des devoirs envers les autres] est le respect (Hochachtung) du droit des autres hommes » ; et de continuer : « C’est un devoir pour nous que de respecter le droit des autres et de le considérer comme sacré. En fait, il n’y a rien de plus sacré en ce monde que le droit des autres hommes » (331).

La rencontre avec l’autre, sa présence, nous fait entrer dans la sphère du droit. Parlant des devoirs envers les autres hommes, Kant distingue entre les devoirs de bienveillance ou de bonté et les devoirs constituant un dû (Pflichten der Schuldigkeit). Les premiers reposent sur l’inclination et ont de ce fait leur origine en moi ; les seconds en revanche ont leur source dans le droit de l’autre. Il y a donc, pour reprendre une parole de Levinas, une « hauteur » de l’autre qui fait qu’il m’interpelle de droit. Il faut bien comprendre ceci : de ce droit ne découle pas un catalogue de droits positifs ; le droit est celui d’être reconnu comme personne.

Kant va même jusqu’à dire dans ce cours qu’il y a obligation à aimer l’humanité dans l’autre. Ce propos est illustré par l’exemple suivant : « […] les juges, lorsqu’ils infligent des peines aux criminels, ne doivent pas déshonorer l’humanité ; certes ils doivent punir le malfaiteur, mais ne doivent pas violer son humanité par de bas châtiments » (335).

Il y a préalablement à tout acte à l’égard de l’autre une exigence qui émane de sa personne en tant que telle.

 

 

Emmanuel Kant

Emmanuel Kant

En connaissance de cause...

Après son apprentissage de la méthode de travail maçonnique et ses années de cheminement initiatique, c'est en toute connaissance de cause que le franc-maçon s'engage dans le "commerce des hommes". Et s'il accepte la controverse, la contradiction , c'est parce qu'il reconnaît son colocuteur, éventuellement son contradicteur pour un autre lui-même ; comme lui, un membre de la communauté humaine. C'est en ce sens que l'un et l'autre dans le cadre d'un mutuel respect peuvent échanger.

 

Cette profonde ressemblance, autre manière de parler de l'Egalité, qui place cette "hauteur de l'homme" dont parle Lévinas, amène à comprendre l'exigence de ce respect comme un des éléments constitutifs de sa propre dignité.

 

Avec quelles conséquences peut-on s'affranchir de ce respect ?

Quelle que soit la vigueur d'une controverse, chacun des opinants sait qu'elle restera normalement dans les limites de ce respect. Mais il se peut que, par ressentiment ou par volonté de disqualifier, on s'aventure au delà. Ce n'est pas sans risque... 

 

Par exemple, décréter l'indignité d'autrui peut procurer une certaine satisfaction, voire  le sentiment d'avoir vaincu. Certainement mais assez momentanément car cela revient en fait à oter à son contradicteur le droit au respect et à la considération. En le privant de cet élément constitutif, c'est admettre que l'on ne reconnait pas autrui comme un autre soi-même.

 

N'est-ce pas, alors, nier le propre respect de soi ?

R comme Respect

Gérard Contremoulin

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Commenter cet article

MANENS 30/07/2016 14:11

Veiller aussi à l'inverse du respect, au plus grand défaut d'un Franc-maçon : le MÉPRIS... Revoir Godard et réécouter Delerue ...

Duplay 30/07/2016 22:38

Le Mépris est un très mauvais film tiré d'un roman pas bien fameux de Moravia. Georges Delerue est un excellent musicien surtout dans sa face cachée du grand public, mais quel est le rapport....

Duplay 25/07/2016 23:14

L'axiologie est cette nécessaire mais nécessite des développements plus longs et argumentés que ce qu'il est possible d'écrire dans un blog.
Cela dit, il faut faire la différence entre tolérance et respect. Autant la première doit s'appliquer à l'expression de toute idée à laquelle nous n'adhérons, autant la deuxième n'est que pure forme réthorique sans aucune application pratique. Je n'ai aucun respect pour les idées qui ne sont pas les miennes, le racisme pour caricaturer par exemple. En revanche, il faut tolérer le débat d'idées. Ce débat est et doit être encadré par un certain nombre de dispositions qui empêchent la violence, la diffamation etc... C'est un exercice difficile et périlleux qui est un bon défi pour les maçons libéraux. Les autres pourront aisément discuter des vertus de l'ésotérisme...

Peter Bu 30/07/2016 16:53

"Kant a raison quand il demande le respect du condamné par son juge" car il ne confond pas l’acte et la personne.
Peu d'humains sont entièrement exprimés par leurs actes ou par leurs opinions. Par conséquent, peu de personnes pourraient ne pas avoir droit au respect.
"En revanche, il faut tolérer le débat d'idées." Oui, bien sûr, ceci d'autant plus qu'il incite à clarifier les idées. Mais, parfois, cela peut être difficile - quand les idées arrivent tout juste à la ceinture.

Peter Bu 25/07/2016 09:39

Puis-je ajouter à cette belle planche sur le respect une information, un commentaire utilitaire et une réflexion?

Commentaire utilitaire :
Si, en dehors de la loge, vous vous trouvez en conflit avec un(e) jeune « de banlieue », vous pouvez essayer de lui dire :
Est-ce que je peux vous parler ? (Après son accord que vous aurez certainement...:) Vous avez raison de demander qu'on vous respecte. Je vous ai demandé la permission de vous parler, je vous respecte. Mais je vous prie de me respecter à votre tour. Ce que vous dites (faites) ne me respecte pas...

Information :
La juriste, écologiste, ancienne candidate à la présidence de la république, Madame Corinne Lepage a publié « La Déclaration des droits de l'humanité » que Monsieur Hollande a porté devant l'ONU. Ce texte démontre que non seulement l'individu, mais aussi l'humanité a des droits – et des devoirs.

Réflexion :
Toute vie en société limite les droits de l'individu mais nous ne pouvons pas vivre seuls.
Évidemment, nous avons besoin des autres pour pourvoir à nos besoins vitaux.
Mais, surtout, nous sommes A LA FOIS individus et parties INDISSOCIABLES de divers corps sociaux, famille, clan, tribu, cité, entreprise, nation, etc. Ce n'est pas pour rien qu'on les appelle « corps » sociaux. Les mères le comprennent d'instinct...
Dire à son mari, à sa femme: "Tu es ma moitié" n'est pas une image, mais une réalité: quand l'un perd l'autre il est blessé comme lors d'une amputation - et parfois n'y survit pas.
En quittant son village, son pays... on est "déraciné" comme un arbre coupé, et comme lui on risque de dessécher. Tout émigré subit la course de vitesse entre ses racines mourantes et celles qui repoussent dans un terreau neuf. S'il n'arrive pas à remplacer celles qu'il a perdues, il se fige, rabougrit, parfois disparaît.
Et, surtout, un autre constat: ce qui précède explique pourquoi les individus acceptent souvent de se faire tuer pour défendre l'une ou l'autre de leurs collectivités: elles leurs semblent plus importantes que leur vie personnelle.
Cette philosophie assimilée, on n'oppose plus l'individu et la société. La question qui se pose alors est de savoir comment trouver un équilibre, une harmonie entre ces deux pôles de nos êtres.
Pour cette raison, la Déclaration des Droits de l'Humanité non seulement ne limite pas les droits de l'individu mais les défend dans toute leur étendue.

Kant a raison quand il demande le respect du condamné par son juge.

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