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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

30 Sep

1786 – 2016. Le 230° anniversaire de l’agrégation du GCG au GODF… (2° partie)

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Formation et Histoire maçonnique

1786 – 2016. Le 230° anniversaire de l’agrégation du GCG au GODF… (2° partie)

Deuxième partie.

 

La longévité historique du Rite Français

 

Après la révolution de 1789, surtout avec le premier Empire, les Chapitres reprennent force et vigueur. Le Rite s’épanouira en France et dans toute sa zone d’influence, c’est-à-dire une bonne partie de l’Europe, devenant le système de référence des « Hauts Grades ».[1]

 

Lorsque se constitue en 1813, la Grande Loge Unie d’Angleterre après soixante-deux ans d’un conflit fratricide entre les deux obédiences (celle les Moderns (crée en 1717) et celle des Ancients (crée en 1751)), toutes deux dirigées par des membres éminents de la famille royale anglaise, c’est sur la base d’un rituel commun, le « Rituel de l’Union » qui correspond au Rite Émulation aujourd’hui. L’élaboration de ce rituel a entrainé la disparition des rituels de ces deux obédiences, celui des Ancients comme celui des Moderns. De sorte que, note Pierre Mollier[2], le rituel des moderns n’est plus pratiqué que par le GODF sous le nom de rite français.

 

Par ailleurs, le Rite Français a fait l’objet, à la différence de tous les autres et notamment celui du Régime Rectifié, de « fixations » et de « publications » successives.

Ainsi, par exemple, en 1801 (le Régulateur), 1858 (Murat), 1885 (Amiable), 1938-1955 (Groussier) et de versions distinctes : philosophique, moderne rétabli, traditionnel ou Groussier, ...

 

Décors du Rite Français, grades "bleus" et Ordre de Sagesse

Décors du Rite Français, grades "bleus" et Ordre de Sagesse

Le rite français, un rite débarrassé des références religieuses ?

 

Parler de cette ancienneté historique invite à la prudence pour évoquer ce dont il est porteur. Et notamment dans ce qu’il est devenu au fil de l’histoire, dans l’obédience qui le pratique très majoritairement (85% des loges du GODF travaillent au Rite Français), c’est-à-dire le fer de lance de la défense de la République et de la Laïcité… Difficile par exemple d’évoquer le rite des Moderns comme un rite porteur de ces deux concepts.

 

Ce serait à tort que l’on ferait de la décision de 1877 le point de bascule de la laïcisation du Rite et de l’obédience qui le porte, le GODF. Car les premiers textes rituéliques tels qu’ils étaient pratiqués à leur arrivée en France comportent bel et bien, et même essentiellement, une dimension chrétienne où les références bibliques sont nombreuses.

 

C’est dans les travaux de la chambre des grades à partir de 1782 que l’on constate la suppression des références religieuses et bibliques dans les textes des rituels. Dans son intervention devant la réunion à Lyon des juridictions de rite français du GODF et de la GLNF, Pierre Mollier se livre à une comparaison édifiante de cette évolution des rituels[3].

 

Alexandre-Louis Roettiers de Montaleau

Alexandre-Louis Roettiers de Montaleau

Roettiers de Montaleau, principal inspirateur et artisan infatigable de ces travaux, est un homme des Lumières, très réceptif aux idéaux qui préparent 1789. Il est aussi tout naturellement soucieux de diversité et de tolérance dans la cooptation des futurs maçons. Ainsi fera-t-il recommander aux frères de Nantes d’ouvrir les colonnes des temples aux candidats algériens, scythes, lapons, africains…[4]

 

Cette « débiblisation » confère au rite français une identité singulière dans le monde maçonnique. Une identité qui annonce 1877 et le schisme entre maçonnerie « régulière » (autoproclamée) et libérale adogmatique.

 

C’est ainsi que les Soeurs et les Frères engagés dans ce nouveau parcours, vont aborder les différents contenus et, à chaque fois, avec ce même choix : s’en remettre à la spiritualité, faire appel à une Transcendance ou prendre la question à bras le corps en ne comptant que sur ses propres forces au premier rang desquelles, le libre arbitre, « l’entendement » au sens que lui donne les Lumières « Sapere Aude », dans la traduction kantienne…

 

Accepter le débat sans préalable, sans pré-requis…

 

Cette idée apparaît dans le fonctionnement de la chambre des grades lorsqu’elle s’attaque à la réécriture des rituels. Et Pierre Mollier[5] note que, « Le choix qui est fait est donc avant tout de fixer un usage. À la différence des Frères Lyonnais qui, persuadés que la Maçonnerie devait enseigner la gnose judéo-chrétienne de leur maître Martinès de Pasqually, élaboreront avec le Régime Ecossais Rectifié, un système maçonnique ajusté à ce but. Et il ajoute : C’est donc sans a priori que l’équipe du Grand Orient va examiner les pratiques maçonniques de son temps. »

 

Et loin de partir d’un quelconque pré-requis, d’un quelconque dogme, le rite français ouvre toutes les voies, et les garantit même, dès lors qu’elles respectent l’autodétermination humaine et la dignité des personnes.

 

Et parce qu’il est la marque du refus de l’abdication de la Raison, le Rite Français est le Rite de fondation de la franc-maçonnerie du Siècle des Lumières.

 

L’éclipse, le GCDR, la Convention de 1946.

 

Et pourtant, sa pratique s’estompe au milieu du XIXe siècle. A cette époque, le Grand Orient de France va créer le Grand Collège des Rites. Il réunit en son sein les différentes juridictions. Bien que les Chapitres qui se réclament de la tradition française ne pratiquent plus que le Rose-Croix, le rite reste présent au sein du Grand Collège comme on le retrouve dans le Bulletin des Rite Français.[6]

 

Au lendemain de la seconde guerre, il s’agit de reconstruire la franc-maçonnerie. Une tentative de fusion[7] entre ce qu’il restait du GODF et de la GLDF après les persécutions nazie et pétainiste se traduit par un échec.

Puis une initiative sera prise au sein du GODF en 1946.

 

Francis Viaud, alors TPSGC (Très Puissant Souverain Grand Commandeur) du REAA et à ce titre premier responsable du Grand Collège des Rites proposera une convention au conseil de l’ordre, qui établit le GCDR comme une quasi obédience[8].

 
Francis Viaud

Francis Viaud

Une règle doit retenir notre attention pour en comprendre les conséquences : il faut être 33° (du REAA) pour entrer à sa direction[9] !

 

Pendant plus de cinquante ans, les Ordres de Sagesse de Rite français ainsi que les trois autres juridictions resteront sous cette tutelle. On peut alors comprendre certaines aigreurs… même si on peut préférer les ranger dans l’armoire des souvenirs et se tourner vers l’avenir…

 

Il faudra attendre les années 1998 et 1999 et la résurgence des Ordres de Sagesse du Rite Français sous l’impulsion du Conseil de l’Ordre présidé par Philippe Guglielmi, alors Grand-Maître du GODF, pour sortir de cette situation.

 

Obscurantisme, « augustes fadaises » et « scories christicoles »[10]

 

Ce qui est important aujourd’hui, c’est de comprendre la spécificité de la démarche des Ordres de Sagesse du Rite Français.

On peut garder en mémoire la dénonciation de Paul Thiry d’Holbach, le Vénérable Maître de la Loge « Les Neuf Sœurs », lorsqu’il qualifiait « d’augustes fadaises » les amphigouris, les déploiements ampoulés de titres, de pseudo références historiques, les (plus ou moins) petits arrangements avec la raison dont se paraient certains systèmes, à l’époque… (pour rester fraternel).

 

Paul Thiry d'Holbach sur 1785, peinture à l'huile d'Alexandre Roslin

Paul Thiry d'Holbach sur 1785, peinture à l'huile d'Alexandre Roslin

On se reportera utilement au témoignage de Jean-Claude Porset, cité en note 19.

 

Il faut simplement insister sur le fait qu’à propos du travail en franc-maçonnerie, il y a toujours au moins deux attitudes possibles face au monde réel :

  • Le fuir en se racontant de belles histoires, en se réfugiant dans des recherches toujours plus complexes de symboles aussi inaccessibles que l’horizon ou dans un ésotérisme de plus en plus abscons au fil des « découvertes »,
  • Ou se fixer avec détermination l’objectif de comprendre la société et de contribuer, dans nos loges bleues, à faire cet exercice de compréhension en cherchant à débusquer tous les obscurantismes.

 

Et de ce point de vue, il est essentiel de comprendre pourquoi le Rite Français a tout de même refait surface après cette éclipse d’un siècle et demi.

 

Rappelons-nous que c’est (seulement) au convent de 1849 que l’on insère dans la Constitution l’obligation de croire en Dieu !

 

Et la grande décision de 1877, la suppression de cet ajout, ne s’accompagnera pourtant pas du retour du Rite Français des grades après la Maîtrise, même s’il faut saluer la persévérance de quelques frères qui auront maintenu la flamme contre vents et marées….

 

Il faudra attendre 1998/1999 pour que les prémisses de ce retour, constatés à partir de 1963, permettent la ratification par le Conseil de l’Ordre, présidé par Pilippe Guglielmi, de la création d’un Grand Chapitre Général unique, pratiquement dans la forme où nous le connaissons aujourd’hui.

 

Philippe Guglielmi, 1998, alors Grand-Maître du GODF (sept. 1997- sept. 1999)

Philippe Guglielmi, 1998, alors Grand-Maître du GODF (sept. 1997- sept. 1999)

Unique, car il faut retenir l’existence de plusieurs courants et leurs différences d’interprétations quant à la prise en compte des orientations majeures de l’obédience et notamment, de la déclinaison de la décision de 1877 dans les Ordres de Sagesse, leurs contenus initiatiques, leurs références, et donc bien évidemment dans leurs rituels !

 

Il fallut une grande détermination et une bonne habileté tactique et stratégique pour imposer l’union. Ce qui fut fait en 1998 et 1999 comme on peut le comprendre par l’adoption le 29 mai 1999 du protocole entre le GODF et le GCG du GODF-RF[11] et, notamment ceci :

« Ils (les chapitres) consacrent également leurs travaux à la réflexion philosophique qui, tout en relevant, selon la Constitution du GODF, de la liberté absolue de conscience, constitue pour chacun l’horizon sur lequel se déploient les valeurs républicaines dont l’obédience est porteuse. »

 

Car il convient aussi de ne pas oublier le débat au cours duquel l’invocation du GADLU[12], revendiquée par le représentant du Grand Collège des Rites, a été repoussé.

 

Cette décision réaffirme l’attachement du GCG et de son rite au principe de la Liberté Absolue de Conscience.

                                                                                                                                  A suivre

1786 – 2016. Le 230° anniversaire de l’agrégation du GCG au GODF… (2° partie)

Gérard Contremoulin

_____________________________

[1] Plaquette d’information du GCG

[2] Voir ci-après la Table chronologique, année 1813, contribution Pierre Mollier.

[3] Joaben, n° 6, janvier 2016, pages 41 à 45

[4] Pierre Mollier, Joaben n° 6, page 46

[5] Joaben, n° 6, Janvier 2016, page 44,

[6] Publication du GCG

[7] Voir les travaux synthétisés par Joannis Corneloup.

[8] Ce que les Frères Corneloup et Luquet appellent, dans un article du Bulletin n° 49 (Juin 1958) du GCDR : "le GCDR a acquis son autonomie par la Convention du 13 janvier 1946, qui lui confère l'exercice de tous les droits sur les divers rites possédés par le GODF, dont le REAA."

[9] Ludovic Marcos, Cécile Révauger, op. cité, page 111

[10] Ludovic Marcos, Cécile Révauger, op. cité, Témoignage du Jean-Claude Porset, page 226.

[11] Ludovic Marcos, Cécile Révauger, op. cité, pages 237-238

[12] Ludovic Marcos, Cécile Révauger, op. cité, Témoignage de Jean-Claude Porset, pages 226 et 227.

 
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DECOTTIGNIES 03/10/2016 13:30

Bonjour Gérard,
D'Holbach VM des Neuf Soeurs, est-ce une découverte récente ?
N'y a-t-il pas confusion avec Helvetius auteur de l'expression "augustes fadaises" ?
Merci de me répondre
François

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