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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

01 Apr

1717 ...1877... 2017... ou l'irrésistible ascension de la Liberté absolue de Conscience !

Publié par Sous la Voûte étoilée

2017 : année de grands rendez-vous.

Tricentenaire de la franc-maçonnerie

230° anniversaire de l'agrégation du GCG-RF au GODF (1786)

140° anniversaire de la liberté absolue de conscience 

avec la suppression de l'obligation de croire en dieu

et en l'immortalité de l'âme (1877)

 

L'avènement, il y a trois cents ans, de la franc-maçonnerie qu'il est convenu d'appeler spéculative, a ouvert un espace inédit pour le déploiement émancipateur de la conscience humaine, espace radicalement différent de celui de la Révélation, prônée par les religions du Livre et soumis à leurs dogmes. 

 

En 3 siècles, un Ordre Maçonnique s'est construit, d'abord à partir des années 1720-21 à Rotterdam, puis en France et s'est répandu sur l'ensemble du vieux continent, avec le développement des voyages, et notamment des Lumières ("le Grand Tour") et du négoce.

 

Ce faisant, deux grandes composantes se sont construites, porteuses d'identités distinctes.

 

Où l'on retrouve les Ancients et les Moderns.

 

La réunion de 4 loges à Londres le 24 juin 1717 installe la première obédience de la maçonnerie anglaise. Elle s'est néanmoins fracturée en 1751 avec la création d'une seconde Grande Loge, dite des "Ancients", par la dénonciation du manquement au respect des règles traditionnelles, les Landmarks (ou anciens devoirs) par ceux de 1717, qu'ils appelèrent par dérision les "Moderns"...

 

Commençait alors la "Querelle des Ancients et des Moderns" qui allait durer 62 ans et produire de rudes affrontements entre deux systèmes maçonniques réputés irréductibles. Toutefois, après d'âpres négociations (et l'intervention de la famille royale dont les dirigeants des deux obédiences étaient issus), un accord fut trouvé dans "the Act of Union". Et le 27 décembre 1813, les deux obédiences ennemies fusionnaient pour donner naissance à la Grande Loge Unie d'Angleterre, la GLUA ou UGLE (United Grand Lodge of England). Celle-là même que nous connaissons aujourd'hui et qui continue de donner le la de la maçonnerie régulière dans le monde.

 

La maçonnerie des Moderns, en France, s'affirme sociétale.

 

La maçonnerie anglaise des "Moderns", qui arrive en France en 1723, a généré une maçonnerie qui s'est  naturellement impliquée dans la vie sociale jusqu'à en faire une dimension fondamentale de son identité. Au milieu des tensions et des tiraillements, elle affirmera une volonté de débattre de tout sujet, y compris ceux que Londres interdisait et continue d'interdire : religion et politique.

 

Profondément légitimiste par rapport au Pouvoir, elle épousera sur la forme les exigences des autorités sans pour autant que les loges abdiquent leur volonté de penser la société par rapport aux idéaux émancipateurs, même si ses membres devaient prendre les précautions d'usage !

 

Le champ de la liberté de pensée.

 

Dès lors, le champ de la liberté de penser, champ qui a besoin d'un espace illimité pour se déployer, se confrontait à l'obligation anglaise de se situer dans une cosmogonie bornée par le dogme de l'existence de Dieu et toutes ses implications conséquentes.

 

Cette confrontation fut l'objet d'une réelle bataille de nature idéologique au sein du Grand Orient de France. Deux grands courants de pensée se sont fraternellement affrontés avec en question sous-jacente mais fondamentale l'existence ou non de relations fraternelles avec Londres. Il serait naïf d'imaginer que cet affrontement aurait été exempt de toute implication politique ou économique...

 

Et dans ce contexte, le Convent, en 1849, qui adoptait la Constitution du GODF, lequel n'avait jusque là que les "Règlements Généraux" de 1773 (Montmorency-Luxembourg), décidait d'introduire dans l'article premier la formule de l'obligation de croire en Dieu et en l'immortalité de l'âme... Une période s'est alors ouverte au cours de laquelle le débat s'est intensifié jusqu'aux Convents de 1876 et 1877.

 

 

 

1717 ...1877... 2017... ou l'irrésistible ascension de la Liberté absolue de Conscience !

Frédéric Desmons fut choisi comme rapporteur du voeu n° IX visant à supprimer cette obligation. Son intervention au Convent de 1877, le 13 septembre, résume les éléments de ce débat.

 

Sur les relations maçonniques :

 

Soyez donc rassurés, mes Frères, ne redoutez point pour notre Ordre son isolement au sein du monde maçonnique. Il y a dans cette voie des pionniers intrépides qui nous ont déjà devancés (ndlr : le Grand Orient de Belgique en mars 1872). Soyez assurés que nous aurons bientôt de nombreux imitateurs.

 

D'ailleurs, le paragraphe qu'il s'agit de supprimer ne fut introduit dans la Constitution qu'en 1849. Vous le voyez, mes Frères, ce que nous demandons n'est point une innovation dangereuse, mais bien purement et simplement un retour à une situation antérieure (ndlr : ce point semble discutable dans la mesure où avant 1849, le GODF n'avait que des Règlements Généraux, ceux de 1773).

 

Sur l'unité de l'obédience :

 

Cette modification risque-t-elle de jeter le trouble et la division au sein de  os loges ? Non puisque la question est à l'ordre du jour depuis une dizaine d'années. Sur les 210 ateliers qui ont transmis leur avis sur la question, plus des deux tiers ont été favorables à l'adoption du voeu.

 

Sur la  souveraineté.

 

Certes le cléricalisme va lancer contre le Grand Orient des calomnies supplémentaires. Qu'importe ?

 

Nos adversaires sont implacables et le nouveau délai que nous nous mettrions à résoudre la question qui nous est soumise n'aurait, soyez-en convaincus, d'autres résultats que de nous faire accuser de joindre la peur et l'hypocrisie à l'impiété.

 

Sur l'argumentation pour la suppression :

 

(...) Nous demandons la suppression du second paragraphe de l'article premier de notre Constitution parce qu'il nous paraît contradictoire avec le paragraphe suivant du même article.

 

Nous demandons cette suppression parce que cette formule nous paraît devoir créer bien souvent des embarras à bien des Vénérables et à bien des loges qui, dans certaines circonstances sont contraints, ou bien d'éluder la loi, ou bien de la violer.

 

Or la Maçonnerie ne doit-elle pas donner toujours l'exemple de l'observation et du respect de la loi ?

 

(...) Nous demandons la suppression de cette formule parce que, embarrassante pour les vénérables et les loges, elle ne l'est pas moins pour bien des profanes qui, animés du sincère désir de faire partie de notre grande et belle institution qu'on leur a dépeinte, à bon droit, comme une institution large et progressive, se voient tout à coup arrêtés par cette barrière dogmatique que leur conscience ne leur permet pas de franchir.

 

Nous demandons la suppression de cette formule parce qu'elle nous paraît tout à fait inutile et étrangère au but de la Maçonnerie. (...) - Quand une société de savants se réunit pour étudier une question scientifique, se sent-elle obligée de mettre à la base de ses statuts une formule théologique quelconque ? - Non n'est-ce pas ? - Ils étudient la science indépendamment de toute iodée dogmatique ou religieuse. - Ne doit-il pas en être de même de la Maçonnerie ? Son champ n'est-il pas assez vaste, son domaine assez étendu, pour qu'il ne lui soit point nécessaire de mettre le pied sur un terrain qui n'est point le sien ?

 

Puis, Frédéric Desmons, dans un bel assaut de lyrisme, décrit sa vision de la maçonnerie :

 

Non. Laissons aux théologiens le soin de discuter des dogmes. Laissons aux Eglises autoritaires le soin de formuler leur syllabus. Mais que la Maçonnerie reste ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une institution ouverte à tous les progrès, à toutes les idées morales et élevées, à toutes les aspirations larges et libérales. Qu'elle ne descende pas dans l'arène brûlante des discussions théologiques, qui n'ont jamais amené que des troubles et des persécutions. Qu'elle se garde de vouloir être une Eglise, un Concile, un Synode ! Car toutes les Eglises, tous les Conciles, tous les Synodes ont été violents et persécuteurs, et cela pour avoir toujours voulu prendre pour base le dogme, qui de par sa nature, est essentiellement inquisiteur et intolérant.

 

Que la Maçonnerie plane donc majestueusement au dessus de toutes ces questions d'Eglises ou de sectes ; qu'elle domine de toute sa hauteur toutes les discussions ; qu'elle reste le vaste abri toujours ouvert à tous les esprits généreux et vaillants, à tous les chercheurs consciencieux et désintéressés de la vérité, à toutes les victimes enfin du despotisme et de l'intolérance.

 

La décision du Convent est ainsi libellée :

 

L'Assemblée, considérant que la Franc-Maçonnerie n'est pas une religion qu'elle n'a point, par conséquent, à affirmer dans sa Constitution des doctrines ou des dogmes, adopte le voeu n° IX.

 

Le voeu n° IX et le GADLU

 

C'est bien à tort que certains amalgament la suppression de cette formule avec la suppression du "GADLU" (Grand Architecte de l'Univers).

 

Dans son intervention, Frédéric Desmons anticipait en parlant du risque d'une profession de foi d'athéisme ou de matérialisme :

 

Ce qui pouvait faire naître le trouble et l'agitation au sein de nos ateliers, c'était la crainte non pas tant de voir supprimer cette formule que de la voir remplacer par une formule matérialiste ou athée. Or, qui ne sait, à cette heure, que nul parmi nous, en proposant cette formule, n'entend faire profession d'athéisme ou de matérialisme ? A cet égard, tout malentendu n'est-il pas dissipé dans nos esprits ?

 

Or, la décision de 1877 supprime une obligation sans en créer une autre. Simplement, les loges du GODF, souveraines, ne sont plus tenues d'exiger de ses candidats de croire en Dieu, mais elle n'en exige pas d'eux pour autant l'obligation de ne pas croire... Elle affirme seulement que croire est désormais l'affaire de la conscience de chacune et de chacun.

 

Ce qui se traduit ainsi dans l'article 1° de la Constitution :

 

Considérant les conceptions métaphysiques comme du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.

 

Ce qui permet, aujourd'hui encore, à une loge qui souhaite invoquer ou évoquer le GADLU, notamment si elle travaille au REAA, de le faire sans aucune difficulté...

 

Enfin, pour bien définir l'essence même de cette suppression, il ajoutait :

Et si, au sein de quelques loges, il pouvait rester encore quelque doute à ce sujet, qu'elles sachent que votre commission déclare hautement qu'en adhérant au voeu n° IX elle ne se propose d'autre but que de proclamer la liberté absolue de conscience.

 

L'adoption du Voeu n° IX place la maçonnerie devant un nouveau choix et ouvre un nouvel espace pour le développement de l'Ordre : la Liberté Absolue de Conscience.


 

Pourquoi "Absolue" ?

 

Jusque là, la franc-maçonnerie s'ouvrait aux seuls croyants, aux seuls hommes convaincus que l'existence du monde supposait un principe créateur, c'est-à-dire Dieu ! La liberté de conscience chez les anglais prenait le sens de la possibilité, nouvelle après 150 ans d'obligation de croire au dieu du souverain (cujus regio, ejus religio, principe de base du compromis entre princes catholiques et princes protestants dit "de la Paix d'Augsbourg" signé en 1555), de choisir son propre dieu, sa propre religion...

Première page du document publiant  la "Paix d'Augsbourg", 1555

Première page du document publiant la "Paix d'Augsbourg", 1555

Le vote du Voeu n° IX crée une situation nouvelle, essentielle, celle de pouvoir ne pas croire ! C'est en ce sens que la Liberté de conscience devient "Absolue".

 

Frédéric Desmons, ancien pasteur ayant choisi d'abandonner sa charge pastorale pour se présenter au suffrage universel par respect pour ses électeurs ainsi qu'il l'exprime lui-même dans sa lettre de démission, a permis que soient jetées les bases d'une maçonnerie qui établit un lien dialectique entre l'amélioration de soi et l'amélioration de la société. C'est la rencontre entre deux démarches, deux voies initiatiques qui place l'être humain comme acteur de sa propre amélioration en phase avec celle de la société.

 

On peut ne pas la choisir mais on ne peut pas la nier ni lui ôter son caractère initiatique.

 

La décision de 1877 institue une voie maçonnique originale, celle de la maçonnerie libérale (libérée des dogmes) qui continue de se développer en France, en Europe et dans le monde et qui fêtera le 10 septembre prochain ses 140 ans...

 

Bon anniversaire à la Liberté Absolue de Conscience et merci aux Frères du Convent de 1877 pour cet héritage ambitieux de pouvoir penser par soi-même en dignes héritiers des Lumières...

 

Liberté absolue de conscience et blasphème.

 

Penser par soi-même sans autre limite que celle de sa conscience. C'est le rejet de tout interdit dogmatique, c'est la liberté d'expression et c'est notamment la liberté de blasphémer.

 

Avec cette précision que si la moquerie à l'égard des personnes n'est pas acceptable, celle à l'égard des idées l'est. Et la religion est une idée...

 

Enfin, qu'un individu accepte de se vivre intégralement et fusionnellement dans une religion n'est que le résultat de son propre choix. Et ce choix ne l'autorise pas à considérer que le blasphème est une attaque de sa propre personne.

 

C'est en ce sens que les associations le plus souvent fondamentalistes et extrêmement minoritaires qui ont pratiqué d'une manière militante les assignations en justice contre des créations (dans les domaines cinématographique, littéraire, théâtrale, publicitaire) mordent sévèrement le trait de la liberté d'expression et militent, en fait, pour l'établissement dans notre droit d'un "délit de blasphème". 

 

Sachons nous mobiliser pour résister à cet assaut et faire valoir en tant que de besoin le respect de la Liberté Absolue de Conscience dans tous les domaines de son expression.

 

Gérard Contremoulin

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michel könig 03/04/2017 00:25

Le principe, "telle souverain, telle religion" fut généralisé au 17ème siècle par le traité de Westphalie de 1648 qui mit fin aux guerres de religion. C'est au nom de ce principe que Louis XIV révoqua l'édit de Nantes en 1685. C'est au nom de ce principe que Jacques II d'Angleterre voulut recatholiciser son royaume. Mais il se heurta à la résistance des nobles et du parlement qui l'obligea à s'exiler en 1688. En 1701, le Parlement vota l'Acte d'établissement qui réservait le trône d'Angleterre aux seuls princes protestants. Pour la première fois, le souverain devait être de la religion de son peuple et plus l'inverse.

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