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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

25 Jun

République, Démocratie et Ordre maçonnique 3/3

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Réflexions - Conférences - TBO

Comment la Franc-Maçonnerie peut-elle aider la démocratie ?

République, Démocratie et Ordre maçonnique  3/3

 

La Franc-Maçonnerie est un laboratoire

où tous les chantiers peuvent être ouverts.

 

Il nous revient probablement de restaurer, voire d'inventer, la "sanction" de la démocratie. Pouvons-nous, en effet, nous satisfaire de l'état actuel des consultations électorales ? Pour celle et ceux qui pensent que non, alors, il faut se mettre à l'ouvrage.

 

Et nos Loges nous offrent une véritable possibilité d'élaborer par l'expérience, de nouvelles modalités. Les Maîtres Maçons, lorsqu’ils obtiennent la « plénitude de leurs droits maçonniques » ne sont-ils pas conduits à découvrir, par la pratique de ce grade, la plénitude de leurs devoirs, plus particulièrement dans la mise en œuvre de l’article Premier de la Constitution ? N’est-ce pas la raison pour laquelle nous en faisons la lecture à chaque ouverture des travaux maçonniques, à quelque grade que ce soit.

L’un des plus emblématiques de ces devoirs n’est-il pas celui de prendre part aux décisions de la Cité.

 

Alors, le franc-maçon sera appeler à voter. Dans quelles conditions, quand et pourquoi ?

 

Plutôt que de considérer que tout commence par le vote, faisons l’hypothèse que toute décision ne repose pas nécessairement sur lui. Certaines pratiques dans les rites maçonniques peuvent nous y aider.

 

La construction du consensus.

Voici un mot des plus disputés, contestés. N’est-il pas, d’ailleurs, très souvent accouplé au qualificatif "mou", honni par les penseurs de la radicalité.

Plutôt que l'anathème, toujours plus aisé que la réflexion, ne faut-il pas nous accorder un moment pour essayer de voir ce qu'il en est précisément...

 

S’appliquer à identifier les désaccords plutôt que de les nier ; chercher à les approfondir, à en comprendre les raisons ... Non pour n'en faire que le constat, chacun campant sur son rempart, mais pour arriver à les dépasser et à construire une parole commune, voire une pensée !

 

Ce n’est certes pas dans notre culture de gaulois où l’affirmation de la différence reste la marque de fabrique de nos pratiques culturelles. On se forme dans la culture de l’affrontement plus que dans celle de la négociation. Or, la Franc-Maçonnerie nous ouvre un autre chemin en nous acclimatant à développer notre intelligence du contradictoire, en nous montrant tout l’intérêt de l’harmonisation des contraires.

 

Nous pourrions envisager, comme ce fut parfois le cas aux origines, une pratique qui allie l’expression par Assis- Debout et l’approfondissement.

 

Par exemple, lors de la manifestation d’un désaccord, ceux qui en sont les partisans se lèvent. Loin d’en rester là, le Vénérable Maître (le président de l’Atelier qui en dirige les travaux) va faire développer les raisons du désaccord puis les reprendra pour relancer le débat. La règle du jeu est de rechercher à rapprocher les points de vue. De proche en proche, on peut penser que chacun va chercher, de son coté, à aller à l’essentiel.

 

La méthode dialectique, sur le mode socratique, peut conduire à la construction d’une parole commune.

 

En effet, lorsque Socrate conclue son dialogue sur la Caverne, il propose une méthode :

La méthode dialectique est donc la seule qui, rejetant les hypothèses, s'élève jusqu'au principe même pour établir solidement ses conclusions, et qui, vraiment, tire peu à peu l'œil de l'âme de la fange grossière où il est plongé et l'élève vers la région supérieure [...]

 

Il suffira donc d'appeler science la première division de la connaissance, pensée discursive la seconde, foi la troisième, et imagination la quatrième ; de comprendre ces deux dernières sous le nom d’opinion, et les deux premières sous celui d’intelligence, l'opinion ayant pour objet la génération, et l'intelligence l'essence ; et d'ajouter que ce qu'est l'essence par rapport à la génération, l'intelligence l'est par rapport à l'opinion, la science par rapport à la foi, et la connaissance discursive par rapport à l'imagination [...]

 

CONNAISSANCE

 

            Science     Pensée discursive                             Foi            Imagination

 

                    Intelligence                                                                   Opinion

 

                     Essence                                                                      Génération

 

Sortir de la caverne, c’est commencer à réfléchir ; c’est prendre une certaine distance par rapport à ses opinions, les mettre à distance pour mieux distinguer ce qui est réel, authentique, fondamental de ce qui est apparent ou illusoire.

République, Démocratie et Ordre maçonnique  3/3

 

 

En ce sens, le consensus n'est pas une notion a priori mais le résultat d’un débat construit.

Le résultat d’un travail d’identification, de repérage de ce qui est susceptible de perturber la connaissance d’un sujet dans les différentes perceptions individuelles au sein d’un groupe ; en attribuant, en identifiant ce qui est de l’ordre de la foi par rapport à la science, de l’imagination par rapport au raisonnement, de l’intelligence par rapport à l’opinion.

C’est probablement là l’enjeu de notre travail post maîtrise.

 

Et, c'est aussi montrer que si l'on n'y arrive pas, il est toujours temps de voter ; alors, de ce point de vue, le vote est un constat d'échec.

 

 

Revenons sur la question de la légitimité.

 

Dans un contexte où la « matière humaine » constitue la seule référence, où la confiance régule les rapports, la légitimité est le garant de l’équilibre de l’édifice.

 

A côté de la décision concernant l’évaluation des connaissances, qui touche au domaine initiatique, il existe un autre domaine qui fait lui aussi l’objet de décision par vote, celui de la désignation de nos représentants, comme par exemple les représentants de l’Ordre.

 

Tout groupe social, maçonniques ou profanes, fait reposer le choix de ses responsables sur la légitimité de leurs désignations et la représentativité dont leurs fonctions sont pourvues à la suite de décisions démocratiquement adoptées dans les instances législatives souveraines.

 

Beaucoup de conditions, on le voit, pour atteindre un objectif satisfaisant au regard d'une certaine Ethique démocratique...

 

Conclusion

 

Cette réflexion part de l’observation de l’état tout à fait préoccupant de la citoyenneté et de la délibération collective dans notre pays.

 

Et, peut-être appartient-il aux francs-maçons, non d’imiter la République dont ils se veulent les défenseurs, mais plutôt d‘expérimenter de nouvelles formes de délibération collective et de prises de décision.

 

Reprenons le processus.

Une décision comporte cinq étapes :

- Le processus qui l’engendre.

- La légitimité des décideurs, c’est-à-dire leur reconnaissance par ceux auxquels elle va s’appliquer.

- L’autorité de celui qui devra faire appliquer.

- L’efficience des effets qu’elle produit.

- L’évaluation de sa pertinence.

 

Chacune de ces étapes fait, elle-même, l’objet de décisions, de choix.

L’Homme d’action, et particulièrement le franc-maçon, est en quasi permanence en situation de choix.

 

Se mouvoir dans un espace démocratique, créateur de liberté, c'est savoir respecter les devoirs.

Gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple, la démocratie est-elle viable sans le discernement que confèrent la Connaissance, l'expérience et l'humilité devant l'action pour le Bien Commun ?

C’est une piste pour comprendre la phrase énigmatique de Jean-Jacques Rousseau.

 

Au moment où la société de l’Information transforme notre quotidien en succession d’actes technologiques que les jeunes générations sont souvent les seules à maîtriser parfaitement, où une information parcourt le monde à la vitesse de la lumière, il faut essayer de comprendre pourquoi il est aussi difficile de faire circuler l’information lorsqu’il s’agit de prendre les décisions de base dans la vie démocratique…

 

Quand le passé ne peut plus, quand l’avenir ne peut pas encore, c’est le printemps des Matamores, c’est ce moment de crise qu’annonce Antonio Gramsci. C’est le printemps des populistes d’où peut surgir les néofascismes.

République, Démocratie et Ordre maçonnique  3/3

Car la Démocratie n'est véritablement forte et pérenne qu'avec une Nation composée de Citoyens éclairés par la conscience de l'intérêt général plutôt que par la collection facile des intérêts particuliers…

 

Alors, le Devoir des maîtres maçons, sœurs et frères, n’est-il pas de contribuer, par l'animation de leurs loges, et par là-même, aussi, par l'exemplarité de leur comportement et la pertinence de leurs propositions dans la Cité, de préparer ces conditions-là…

 

Gérard Contremoulin

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mong 25/06/2017 18:21

Très beaux articles !
Je voudrais juste pointer (en restant assis) quelques points de divergences sur le fonds.
Je pense que je reviendrais plus tard avec une critique plus étoffée, mais je voulais juste commencer par la dialectique, socratique ou hégelienne.

Il y a des pré-supposés dans l'utilisation de la dialectique, deux notamment qui sont les suivant :
- un processus dialectique converge nécessairement, i.e. il a une fin,
- le point de convergence de la dialectique est un point optimal (par rapport à quoi... ?).

Je pense que ces deux postulats sont faux dans beaucoup de cas.
Par exemple, le sujet sociétal du revenu universel (ou du salaire universel ou du nom que l'on voudra bien lui donner...) faisait intervenir deux conceptions radicalement opposées du travail et de la diginité humaine. En filigrane se dessinait même deux conceptions de ce qu'est un être humain et de ce que devrait être une société humaine. Des grands mots, des grands concepts, qui se sont affrontés via des considérations techniques.

Peut on imaginer qu'un argument technique, qu'un débat sur un montant ou sur une mesure, aurait permis de trouver un consensus ? Je ne pense pas qu'une convergence soit possible, parce qu'elle remettrait en question l'idée même que l'individu se fait de lui même et des autres.

Au mieux la dialectique permet de mieux définir les espaces idéologiques, mais elle ne permet pas (dans ce cas) la convergence.

Je ne m'étendrais pas plus maintenant sur l'idée qu'un débat dialectique convergent aboutisse sur un optimum.

Tout ça pour dire que la méthode de création dialectique de consensus ne peut marcher que lorsque toutes les références sont les mêmes, lorsque les fonds idéologiques sont communs.

Or parfois derrière certaines apparences de « juste milieu » se cachent les plus perverses idéologies. J'en veux pour exemple cette dernière campagne, où la victoire fut donnée à une personne nous disant qu'il existe un juste milieu entre la gauche et la droite, alors que sa conception de la politique est une conception technique, soit disant pragmatique mais en fait de droite (on pourra revenir sur la définition permettant d'être aussi catégorique s'il le faut).
Ici, la technique sert à cacher la réalité idéologique en posant un revêtement de pseudo réalisme ou « bons sens », dont on sait le mal qu'il peut faire appliquer à la gestion des hommes.

Bref, tu nous offres de bien belles occasions de débattre MTCF :)

Duplay 25/06/2017 13:04

Beaucoup trop de majuscules!!! La connaissance, la démocratie, le devoir ne demandent pas à être sacralisés... le bien commun non plus à moins de passer dans une toute autre conception.
Une fois de plus cet article s'adresse à une peine catégorie de francs-maçons, ceux qui acceptent de débattre des problèmes de la cité. C'est inutile de tenter d'enrôler les autres dans cette discussion, ils sont sourds, et c'est leur droit, à ce genre d'appel. Et invoquer la maçonnerie universelle, comme d'autres invoquaient l'Europe, pour paraphraser le général De Gaulle ne sert pas à grand chose. Peut détail quel est l'origine de la pratique "assis-debout". Il faudrait demander à Anderson....

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