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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

22 Feb

Vos hommages à Ludo, suite.

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Mémoire

Drapeau de La Retirada, lors d'une conférence de Ludovic Marcos au Temple La Fayette, Cadet.

Drapeau de La Retirada, lors d'une conférence de Ludovic Marcos au Temple La Fayette, Cadet.

Georges Hélios Marcos, frère de Ludovic. 


Il était une fois, en Espagne au siècle dernier, un conflit qui opposa des gens pétris de liberté et rêvant d’un monde meilleur, de fraternité, et des gens qui souhaitaient au contraire renverser ce pouvoir démocratique. Malheureusement l’espoir ne triompha pas et beaucoup de gens durent fuir le pays.


Une femme et un homme, ayant une âme d’artistes, elle ayant fait les Beaux-Arts à Barcelone, lui poète, ancien combattant se rencontrèrent à Paris et se marièrent.


Ils eurent quatre enfants à qui ils donnèrent, comme pour conjurer leurs espoirs déçus, des prénoms évoquant la liberté. Comme Lucinia (la lumière) pour l’aîné Ludovic, Albor (l’aube), Ariel (l’étoile) ou encore Hélios (le soleil) pour le plus jeune comme pour conjurer leurs espoirs déçus.


Le premier hérita de beaucoup de fibre littéraire et d’une grande acuité intellectuelle. Il avança dans la vie, la tête haute, grandissant au fur et à mesure, comme avec toute la conscience et la fierté de ses origines.
Il fut proche des siens et les aida quand ils en avaient besoin. Et aussi le plus jeune de ses frères pour qui il fut comme un phare quand il manquait de repères.


Il contribua à élargir la connaissance avec ses nombreux travaux.
Il rencontra beaucoup de gens, eut beaucoup d’amis, de Frères et de Sœurs. 
Il leur causa beaucoup de peine le jour où il partit trop jeune, trop tôt.


Puisse son empreinte rester longtemps dans le cœur et l’esprit de chacun.

Geneviève et Michel Magnan,  

 

Marseille, St pierre le mercredi 14 février 2018

 

Ayant eu la chance de rencontrer « Ludovic » rue de Froidevaux lors des innombrables rencontres après le 15 janvier 1994, date de la réactivation du Grand Chapitre Général en tant que structure officielle de gestion et d’administration des ateliers des hauts grades du Rite Français, là il déroulait comme le cylindre de Cyrus, la richesse des cahiers et rituels voulue par Louis Alexandre Rœttier de la Tour de Montaleau.

 

Nous garderons aussi sa contribution aux États Généraux des degrés et Grades présidés par Christian POZZO DI BORGO et Paul GOURDOT, ses nombreuses initiatives pour le rayonnement du GODF, son immense érudition, son regard malicieux pour nous transmettre sa passion avec simplicité, disponibilité, fraternité et amour de la vie.

 

Si au 18e siècle, Louis Alexandre Rœttier de la Tour de Montaleau nous a laissé en clef de voûte l’exercice de la raison critique, la démocratisation des systèmes de fonctionnement de tous les rites et la grandeur de notre Ordre, Ludovic Marcos en se retirant du monde visible pour gagner le monde invisible laissera au 21e siècle la refondation du rite français, la Bibliothèque, les archives, ses multiples ouvrages et le magnifique Musée.

 

Ludovic sera cette seconde clef de voûte où son nom brille et brillera toujours au firmament des étoiles qui illuminent l’histoire de notre Ordre.

 

Geneviève et Michel Magnan, « tès diguère adios l’amigos »

Ronan Loaec

 

Adieu Ludo !

Les grandes étapes de la vie de Ludovic ont été ou seront rappelées au cours de cet hommage, tellement elles sortent de l’ordinaire : voici un jeune homme, fils d’émigrés espagnols républicains chassés par la victoire de Franco et arrivant en France dans le cadre de la Retirada après avoir tout abandonné, sauf leurs rêves de justice et de fraternité. Le voici apprenant le travail de la pierre, la résistance de la matière, la confrontation au réel à travers la difficulté du maniement des outils : une leçon qu’il n’oubliera jamais, même et surtout lorsque de maçon opératif il deviendra spéculatif et l’artisan infatigable du Musée de la franc-maçonnerie de la rue Cadet à travers lequel, comme par ses livres et singulièrement le dernier que nous avons co-réalisés, il valorisera le témoignage que nous transmettent les objets sur leur époque et sur ceux qui les ont conçus et utilisés pour leur beauté et leur fonction. Notre ami commun Jean-Michel Mathonière a souligné avec une grande pertinence cet apport spécifique, rare et fondamental, que nous devons à Ludovic et qui irrigue désormais une partie des recherches – parmi les plus fructueuses – de la maçonnologie scientifique. Le voici s’engageant tardivement dans des études qu’il poursuivra brillamment jusqu’à l’obtention du plus haut grade de l’Éducation Nationale avec son agrégation d’Histoire.

Le voici enfin franc-maçon du Grand Orient de France, infatigable artisan de l’évolution de l’Obédience fondée sur l’exigence de l’excellence et de l’ouverture sans dogmes ni barrières.

Ludo a été pour moi, comme l’a été Pierre Mollier qui nous a présentés, une miraculeuse rencontre ! Je leur dois, à ces deux personnalités exceptionnelles, d’être encore franc-maçon aujourd’hui, parce qu’ils m’ont montré par leur exemple que la maçonnerie n’est pas seulement un club ludique, un passe-temps pour combler un vide existentiel, un lieu de promotion artificielle pour ceux dont la vie médiocre n’a pas su combler la soif de paraître…

Ludo était tout sauf un de ces « consommateurs de maçonnerie » qui viennent en loge lorsque le sujet les intéresse directement ou qu’ils n’ont rien de mieux à faire. Il a été un acteur débordant de vitalité et d’idées audacieuses ; un créateur avec le Musée, mais aussi avec les loges, les Chapitres de Rite français et les Collèges égyptiens dont il est à l’origine partout où il est passé ; un visionnaire enfin, un forgeron de concepts fondés sur l’étude historique de nos origines et de notre évolution au fil du temps, et la certitude que le Grand orient doit affirmer son ADN bâti pierre après pierre - à partir de l’héritage des Lumières - entre la Révolution de 1848 et la III e République : laïcité, mixité, engagement social mais aussi dimension initiatique dans la recherche personnelle, intime, et la place donnée à une spiritualité sans dogme.

Ludo voulait un Grand Orient, pluriel, ouvert, fraternel, sans œillères ni tabous, marchant résolument sur ses deux jambes, l’initiatique et le social, comme le fait notre Obédience depuis qu’au XIX e siècle elle sut promouvoir l’enseignement pour tous et toutes, la République et la démocratie, le droit d’association, de réunion et celui de la presse, avant d’axer son combat sur la définition d’une laïcité qui affirmerait le génie propre de notre République : la liberté absolue de conscience comme garant de la liberté tout court, de l’égalité et de la fraternité qui nous est si chère et que Ludo a incarnée à travers son amitié chaleureuse et indéfectible.

Nous perdons avec ta disparition brutale un maçon visionnaire, et moi je perds l’un de mes deux « pères spirituels », un modèle et un ami plein d’humour, adepte des jeux de mots (« celui-là est homologable » se plaisait-il à dire), chaleureux, souvent caustique face à la médiocrité mais d’une exceptionnelle bienveillance envers tous.

Je perds un complice, tout simplement ! Ce n’est pas si souvent, dans une vie, que l’on peut dire « parce que c’était lui, parce que c’était moi »…

Adieu Ludo, tu nous fais une sale blague, une très sale blague en partant te reposer si tôt ! Mais ton exemple n’est pas perdu : nous serons nombreux dès demain à reprendre les outils sur le chantier et à poursuivre ton travail de bâtisseur…

Ronan Loaëc – Marseille – 15 février 2018

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Michel LEYGNAC MONDOLONI 21/02/2018 18:29

Dans la vie, maçonnique ou profane, je pense que pour chacun de nous, sur le chemin, il y a des hommes qui sont des phares qui nous éclairent et nous guident et pour moi Ludo en était UN : il s'est éteint…
Michel LEYGNAC MONDOLONI

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