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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

07 May

Restons calmes.

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Obédiences, #Formation et Histoire maçonnique

Restons calmes.

Une polémique s'est engagée sur les réseaux sociaux à propos du 1° mai des francs-maçons et l'hommage rendu aux martyrs de La Commune à l'invitation du Grand Orient de France.

 

Cette polémique repose sur deux moyens, le thème du discours du Grand Maître Philippe Foussier et le bien fondé de cet hommage compte tenu de l'attitude du GM du GODF en 1871, Léonide Babaud-Laribière, proche d'Adolphe Thiers, clairement anti communarde.

 

Sur le premier moyen.

Le discours du Grand-Maître Philippe Foussier, dont le contenu évitait toute langue de bois, allait au contraire à l'essentiel du propos, la défense de la Laïcité dans le contexte des déclarations du Président de la République. Il peut ne pas être apprécié. C'est le droit de tout franc-maçon. Notamment de ceux qui se fixent comme règle de ne jamais évoquer de sujet politique ou religieux, telle la Grande Loge de France.

Mais il n'en ressort pas moins que le Grand-Maître Philippe Foussier est parfaitement légitime à tenir son propos. D'autant plus qu'il reprend les grandes lignes de forces des combats de l'obédience. 

 

Sur le second moyen.

Il s'agit de la comparaison entre deux périodes de l'histoire du Grand Orient de France, de toute évidence contradictoires. En 1871, le GODF est majoritairement contre La Commune et depuis 1973, il invite à célébrer la mémoire des Communards. La polémique consiste à s'appuyer sur la première pour s'étonner que l'on puisse tenir la seconde. 

 

Elle traduit une certaine tension dans les relations interobédientielles. Tension certes sous-jacente depuis l'appel de Bâle mais dont la résurgence à cette occasion est préoccupante. Les réseaux sociaux, qui s'en font l'écho, accueillent des échanges qui prennent un tour particulier avec la part active qu'y prennent certaines personnalités maçonniques de premier plan.

 

Comme toute polémique, celle-ci prend corps dan un contexte plus large, celui de l'identité des obédiences maçonniques et, partant, sur une dispute bien ancienne de qui est ou n'est pas "maçon". Rien que cela !

 

S'autoriser ou s'interdire les débats politiques et religieux.

 

C'est la question centrale de la franc-maçonnerie française. Une différence majeure existe entre les obédiences à partir des différentes réponses données.

 

Connaître son histoire.

Les maçons ne pratiquent pas volontiers cet exercice. Il livre pourtant des pépites qui permettent d'éviter les pièges de la non contextualisation des faits.

La maçonnerie qui s'installe en France à partir de 1723 et qui 50 ans plus tard prendra le nom de Grand Orient de France (réforme de Montmorency-Luxembourg), est d'abord une société de convivialité qui se développe sur la base de la maçonnerie des "Moderns" et en premier lieu sur la pratique de la Liberté de Conscience. Elle arrive sur le Vieux Continent dans les bagages des exilés politiques stuartistes fuyant le nouveau pouvoir. Difficile de penser qu'ils choisissent alors de ne pas parler de ce qui les rassemblent : l'exil politique.


Ainsi, en lien avec cette polémique, on ne peut que s'étonner des cris d'orfraie poussés par certains maçons qui ne supportent pas que l'on puisse maçonner autrement qu'ils ne le font eux-mêmes, alors qu'ils n'ont apparemment pas entendu la déclaration faite au nom de la Grande Loge de France par Marc Pélissier, ancien conseiller fédéral. S'ils le souhaitent, ils pourront-ils se rattraper en la lisant ici .

 

Reconnaître et assumer son passé.

Il est tout à fait exact qu'en 1871,  le Conseil de l'ordre du GODF, le Grand-Maître et une majorité de loges étaient contre La Commune de Paris et le faisait savoir par voie de circulaire, le 1° août 1871, où il est notamment écrit :

" Il n'y a aucune solidarité possible entre ses doctrines (du GODF) et celles de la Commune, et que si quelques hommes indignes du nom de Maçons ont pu tenter de transformer notre bannière pacifique en drapeau de guerre civile, le Grand Orient les répudie comme ayant manqué à leurs devoirs les plus sacrés."

 

La charge est forte et nous avons déjà relaté cet épisode, plusieurs fois, dans ces colonnes.

 

Il faut la replacer dans le contexte et prendre acte que 6 ans plus tard le débat sur l'obligation de croire en Dieu et en l'immortalité de l'Ame sera tranché dans le sens de la suppression de cette obligation. Cette décision institue le principe de "liberté absolue de conscience". Il annonce la mobilisation des esprits vers le grand débat national qui conduira à la loi du 9 décembre 1905. La majorité au sein du GODF évoluera donc dans ce sens au cours de ces 30 années.

 

L'analyse des évolutions de ces années nous livrera aussi quelques enseignements non négligeables. Ainsi pendant la période qui suit La Commune jusqu'à la première guerre. 

 

Le GODF va privilégier l'idée de République et sa construction. La vie politique est animée par le parti de l'Ordre (catholique très conservateur, dit encore parti ultramontain  sous entendu : du Vatican) alors que la gauche n'est constituée que de petits groupes séparés, souvent antagonistes ou d'alliances électorales (dans le meilleurs des cas). Un certain nombre de loges (un peu plus d'une centaine) va s'associer à la Ligue de l'Enseignement et à la Ligue des Droits de l'Homme pour créer en juin 1901 le parti républicain, radical et radical socialiste.

 

Le débat qui règne alors dans la société exprime la contradiction entre d'une part la construction de la République et d'autre part, le développement du mouvement socialiste autour de la stratégie dite "classe contre classe". La toute jeune Grande Loge de France, fondée en 1894 à partir de la GLSE, va accueillir ceux qui se reconnaissent "socialistes" alors que le GODF rassemble plutôt les "républicains et radicaux". 

 

Devrait-on craindre de dire que la GLDF est alors "plus à gauche" que le GODF ?

Il faut aussi ajouter que le premier président (en 1901) de ce nouveau parti est Gustave Mesureur qui deviendra Grand Maître de la GLDF en 1903...

 

Ces épisodes marquent l'histoire de la Franc-Maçonnerie dans notre pays. C'est notre patrimoine commun qu'il vaut mieux connaître.

 

Restons calmes.

 

Faite d'évolutions, l'histoire de la maçonnerie est comme la vie, évolutive. Voilà pourquoi, et pour faire face aux tâches de l'heure, nous allons avoir besoin de nous retrouver sur l'essentiel.

 

Convergences obédientielles.

J'ai en mémoire comme la plupart de celles et ceux qui sont soucieux de rassembler, effectivement, ce qui est épars, le texte d'union maçonnique de février 2002, créant "La Maçonnerie Française". Ce fut une belle expérience, bien trop courte. Je propose dans L'Homme debout des éléments d'analyse.

 

Elle montre néanmoins une voie qu'il me semble indispensable de retrouver aujourd'hui. On ne refait pas le passé certes, mais on peut en retenir quelques leçons. Là encore, là où il y a une volonté, il y a un chemin.

 

La division maçonnique est souvent une réalité bien plus parisienne que provinciale. Dans les Orients de province, sauf quelques métropoles, les obédiences se réunissent souvent dans les mêmes locaux , les soeurs et les frères se côtoient bien plus régulièrement qu'à Paris. La maçonnerie s'y vit avec beaucoup plus de fraternité du fait de la mutualisation des moyens.

 

Ces pratiques inter obédientielles sont une base précieuse pour toute recherche de  convergence entre les obédiences. 

 

C'est pourquoi il me semble indispensable de rester calme et d'éviter de monter dans les tours pour de tels motifs.

 

Que voulez-vous, chez moi les verres, quels que soient les contenus, sont toujours à moitié pleins.

 

 

Restons calmes.

 

Gérard Contremoulin

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aristote57 10/05/2018 10:56

Je ne sais quelle est la polémique répandue sur les réseaux sociaux.
Mais en lisant rapidement les écrits sur le blog de Gerard, un sentiment un peu gênat m'apparait.
Il semble que le sujet du moment (que ce soit laïcité ou liberté) se trouve éclipsé par une volonté de se mettre en avant ou de mettre en avant certains groupes maçonniques comme étant plus, mieux engagé que d'autres autour de ce sujet.
On a rencontré le même phénomène autour de la mort (et non le "sacrifice" ) de A Beltram.
On retrouve, hélas, des volonté hégémoniques, des positions "parts de marché" qui apparaissent totalement hors sujet.
Ainsi que ce soit sur cette affaire de société ou d'autres, une ségrégaion d'office, au nom de manoeuvres obédentielels apparaît, une suffisance auprès de "petites" obédiences par d'autres oubliant qu'elles ont été petites un jour.
Nous devons à l'inverse donner une image d'unité, universalité (et non uniformité), non une "image" seulement, mais une REALITE vécue où le caractère UNIVERSEL de la FM doit être prépondérant aux querelles de chapelle (quelque soit la taille de la chapelle).
Il me semble qu'a l'avenir, à chaque manifestation à venir de ce type, nous devons cesser de brandir drapeaux, cordons, oriflammes de nos chapelles et désigner ou tirer au sort des orateurs qui auront pour obligation de tenir des propos représentant LA FM et non une de ses divisions.
Rappellons nous que le 11 janvier, tel était le discours tenu par les autres manifestants : "on compte sur vous" disaient-ils ! Et pour eux, les chapelles ont aucun intérêt.
Il est bien evident que la plus grande obédience de France a un leadership naturel que personne ne doit contester.
Alors bien sûr certaines obédience cultivent une distance vis à vis de ces thèmes laïcité, liberté et d'aitres vis à vis de spiritualité. Mais ceci n'est que "slogan commercial" que chaque FM ne doit pas hésiter à piétiner si c'est un pretexte à séparer les FM, qui sont naturellement unis ... tant que les obédiences ne les divisent pas !
Donc chaque FM doit selon sa conscience (et non selon des consignes) choisir de particper ou pas à de telles manifestations.
A propos de l'hymne, pourquoi ne pas chanter plutôt l'hymne européen, bien plus maçonnique et correspondant à certains objectifs dans des obediences.

aristote57 30/05/2018 16:19

Il me semble qu'il y a une inversion des priorités, prépondérances qui expliquent ce délitement de la FM. Evidemment si l'on regarde la FM comme dépendant de decisions obedentielles, on se fourvoit completement et on sobre dans des combats, competitions, commerciales, politiques. Et bien sûr, on peut trouver des accords, alliances plus ou moins artificielles pour manoeuvrer dans ce cadre. Tel etait le cas des CMF ou rencontres Lafayette.
Ces alliances basées sur des considérations d'intérêt, de pouvoirs sont evidemment changeants et dépendants de l'intérêt du moment. Et les FM oublient de l'être et deviennent des militants, promoteurs de groupes qui seraient "plus" quelque chose.
Par contre , la FM, elle est constante, solide dans ses fondements, tant que ces petits jeux, manoeuvres obédentielles ne viennent la distraire.
Il est etonnant qu'on parle de "décréter" l'universalité de la FM .. Ceci est une reaction obedentielle ! Il n'y a rien à "décréter" ! La FM est UNIVERSELLE par principe, tant que des obediences ne viennent pas detruire cette universalité.
En effet, il faut prendre en compte ces dérives provoquées par les tentations obedentielles, ... pour reagir CONTRE et non les accepter, s'y soumettre comme une fatalité.
En demarche marketing, il faut "se differentier", c'est ce que pratiquent les militants d'obedience et qui s'oppose aux principes de la FM.
Et ne serat-ce pas justement le salut des obediences, de renoncer à tenter ces concurrences steriles ?

Sous la Voûte étoilée 15/05/2018 11:17

Je suis tres sensible à cet appel à un réel "universalisme" de la Franc-Maçonnerie. Je ne suis pas convaincu, en revanche, qu'il puisse se "décréter". Il faut se souvenir de la belle réussite en 2002 des 9 obédiences qui avaient réussi à s'entendre sur la déclaration de "La Maçonnerie Française". Il n'a pas fallu une petite année pour que le nouveau GM de l'une des obédiences signataires dénonce la signature de son prédécesseur et fasse capoter l'unité. Et cette situation perdure aujourd'hui encore, quinze ans après. Il faut prendre cela en compte aussi. Sans la connaissance de son histoire, on ne peut rien construire de solide...

Richard GEIGER 07/05/2018 21:02

Etant relégué en province je n'ai pu participer comme je le faisais presque chaque année au premier mai franc maçon au Père Lachaise. j'approuve entièrement la réponse apportée par Gérard mais j'y apporterai un bémol ; Très souvent à l'issue de la cérémonie certains francs maçons entonnent l'Internationale. C'est un chant admirable mais j'estime que ce n'est pas le lieu ni le moment de le chanter; j'en approuve les intentions mais j'en critique l'opportunité maçonnique?.

Sous la Voûte étoilée 08/05/2018 15:01

C'est une décision d'un convent récent qui demandent au membres présents du Conseil de l'Ordre de ne pas quitter la cérémonie avant que l'Internationale et la Marseillaise n'aient été interprétées.

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