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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

21 Apr

Symbolisme, science et progrès ?

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Réflexions

Le Progrès, sculpture allégorique de Miguel Ángel Trilles, Parc du Retiro, Madrid (1922). Derrière lui, Pégase, symbole de la vitesse. Les trois femmes symbolisent la Littérature, l'Industrie et le Commerce et les Arts.

Le Progrès, sculpture allégorique de Miguel Ángel Trilles, Parc du Retiro, Madrid (1922). Derrière lui, Pégase, symbole de la vitesse. Les trois femmes symbolisent la Littérature, l'Industrie et le Commerce et les Arts.

L'amélioration de l'Homme ET de la Société suppose une démarche de Progrès, telle que la philosophie des Lumières l'a insufflé au XVIII° siècle. Pourrait-il exister un symbolisme, en Franc-Maçonnerie, qui s'exonèrerait de la vérité scientifique ?

 

Certes iconoclaste pour les ésotéristes, c'est néanmoins la question qui a opposé, à partir de 1877, les partisans de la liberté absolue de conscience (qui laissaient à la conscience de chacun la possibilité de croire ou de ne pas croire en dieu, pour devenir franc-maçon) et ceux qui refusaient cette liberté. Ces derniers étaient "souchés" sur le modèle anglais de la liberté de conscience, c'est-à-dire sur le libre choix de la divinité, pour peu qu'il y en ait une... 

 

C'est cette opposition qui s'est traduite en 1913 par une scission au sein du Grand Orient de France et la création de la "Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et ses colonies", future Grande Loge Nationale Française (GLNF), reconnue dans les quelques semaines qui suivirent par la Grande Loge Unie d'Angleterre (GLUA), "Mecque de la Régularité".

 

Jusque là, rien que de très habituel au royaume de la Tolérance et cela n'obère pas nécessairement la pensée scientifique. Nombre de frères de la GLNF sont d'éminents scientifiques.

 

En revanche, et sans que cela semble poser de question à la plus grande majorité des francs-maçons, la datation présentée comme maçonnique, présente de réelles interrogations. Existerait-il une "vérité d'ordre supérieur" qui imposerait une datation symbolique maçonnique, consistant à ajouter 4.000 ans au millésime concerné ? Quelle pourrait-elle être ? D'autant plus que cette datation est nommée "année de la Vraie Lumière". Par suite, la question se pose aussi en toute logique, de savoir quelle serait donc cette "année 0" où une "Vraie Lumière " serait apparue" ? Quelle serait cette "vraie Lumière" ? La littérature maçonnique est abondante sur ce point. Et cette abondance livre nombre d'hypothèses.

J'y reviendrai dans un article spécifique.


Réflexions sur la fonction symbolique.

 

En tout état de cause,  imaginer que le symbole viendrait remplacer ce que l'on ne peut pas expliquer est probablement l'exception à la rationalité la plus communément admise dans les loges. Cette exception, toute empreinte de religiosité, conduit parfois à parler de "mystères". Ce qui est rien moins que scientifique. Cela pose un problème de cohérence dès lors que la Franc-Maçonnerie se veut universelle. 

 

Qu'en revanche, un symbole puisse permettre d'aller au delà de soi-même en suggérant, en orientant vers des voies inexplorées, est tout à fait essentiel dans la démarche maçonnique. Les symboles deviennent des outils d'approfondissement. Que le fil à plomb  suggère la descente en soi, que l'acronyme V.I.T.R.I.O.L. la précise en indiquant une piste de recherche, une voie d'introspection sont ces outils. Leurs rôles sont tout à fait probant. Et cela se vérifie par l'observation, se concrétise par le témoignage.

 

Ainsi de la Statue de la Liberté éclairant le Monde du frère Bartholdi. 

Symbolisme, science et progrès ?

La Statue de la Liberté ouvre à chacun de nous des voies riches de sens en fonction de ses multiples dimensions, physique, géographique, philosophique, poétique, progressiste, etc. Chacun peut y puiser une source d'inspiration.

 

Et, plus près de nous, la statue du Sergent Ignace Hoff (héros de la guerre de 1870) au cimetière du Père-Lachaise permet de semblables réflexions.   

Symbolisme, science et progrès ?

Deux sources, sensiblement différentes.

 

La Franc-Maçonnerie moderne issue des maçons acceptés, c'est-à-dire des loges de maçons opératifs (des métiers de la construction) qui ont acceptés en leurs seins des maçons qui ne les pratiquaient pas, est devenue une Franc-Maçonnerie spéculative. Ces loges ont pratiqué une Franc-Maçonnerie de convivialité et de discussion autour des questions qui agitaient la société anglaise de la fin du XVII°, début du XVIII° siècles. Et pour ce faire, les membres les loges utilisaient le langage du métier, le "craft" et les outils de ces métier. Est ainsi né un langage symbolique centré sur ces outils et visant la construction, et, métaphoriquement l'amélioration de soi-même et de la société.

 

Andrew Michael Ramsay, fidèle partisan des Stuart, membre de l'une des quatre loges de 1717, a modifié fondamentalement le paradigme en introduisant des références totalement nouvelles. Dans le discours qu'il prononce le 26 décembre 1736 en tant que Grand Orateur de l'Ordre en France, il substitue le métier des armes aux métiers de la construction et fait l'apologie des valeurs chevaleresques du temps des croisades. Cette orientation va beaucoup influer sur les Haut-Grades qui vont se multiplier au coeur du XVIII° siècle. Il dotera le cheminement maçonnique de ses principes, bravoure, sens de l'honneur et du devoir et une certaine spiritualité liée au don de soi pour une vie meilleure.

 

A partir de milieu du XIX° siècle, le GODF va connaître la montée d'un débat interne qui va le conduire de 1849 où il va adopter sa première Constitution qui mentionnera l'obligation de croire en Dieu et en l'immortalité de l'âme, à 1877 où il abandonnera cette obligation, laissant aux loges la souveraineté du choix.

 

Cette décision va structurer les travaux, le recrutement et finalement la philosophie de l'Ordre maçonnique autour des principes et des valeurs des Lumières. La Raison et en tout état de causes, le raisonnement et l'exigence scientifique, vont devenir la marque de fabrique maçonnique.

 

La contradiction qui naîtra du choix laissé aux loges va s'amplifier et débouchera sur une série de scissions. D'abord avec la création de la Grande Loge Symbolique Ecossaise en 1880. Ce débat se poursuivra au sein de la Franc-Maçonnerie française et au sein même de la GLSE en 1893 avec la question de la mixité et la fondation du Droit Humain (DH), puis en 1894 avec la question de la prévalence des hauts grades et la fondation de la Grande Loge de France (GLDF), puis en 1913 au GODF avec la création de la GLNF.

 

Spiritualisme, symbolisme et rationalité.

 

La Franc-Maçonnerie  se compose aujourd'hui de trois grandes sensibilités.

 

- Celle qui oblige à croire en Dieu, qui refuse les femmes et qui interdit toutes question religieuses et politiques. Elle s'autoproclame "régulière" et est reconnue comme telle par la Grande Loge Unie d'Angleterre. C'est la Grande Loge Nationale Française.

 

- Celle qui est d'abord et avant tout spiritualiste, déiste et travaille Bible ouverte au prologue de Jean, qui interdit les femmes et qui recherche depuis sa création (1894), vainement, la reconnaissance londonienne, la Grande Loge de France. De même que différentes scissions de la GLNF,  la Loge Nationale Française (1968) et la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (2012).

 

- Celle qui n'interdit ni n'oblige rien, qui accepte la réception initiatique des femmes, qui se veut "libérale et a-dogmatique", qui se vit au Grand Orient de France et dans les obédiences qui s'en réclament, le Droit Humain, la Grande Loge Mixte Universelle, la Grande Loge Mixte de France, notamment.

 

Comprendre plutôt que convaincre.

 

Cette Franc-Maçonnerie libérale a-dogmatique, en ne s'interdisant aucun sujets, est conduite à aborder les questions sociales. Et si on utilise parfois le terme "sociétal", c'est pour mieux contourner celui de "social", au prix d'un risque de confusion. En effet, accepter de traiter de tels sujets suppose une acception particulière de la méthode maçonnique et une pratique adaptée.

 

A la différence du monde profane et particulièrement dans le politique ou le syndical, la méthode maçonnique consiste à chercher à comprendre les raisons qui conduisent tel ou telle à une autre orientation que soi au lieu d'essayer de convaincre. On n'aborde pas un tel débat avec l'objectif de "gagner contre" son interlocuteur mais de connaître les raisons qui le conduisent à penser ainsi. Il ne s'agira pas de développer des éléments de langage, de dérouler une pensée "sloganesque", qui tournent vite au dialogue de sourds, mais de réfléchir ensemble et d'essayer de construire une réflexion commune à la loge. C'est en ce sens que l'on peut parler de construction de consensus. Lequel devient, dès lors, une notion a posteriori.

 

Une telle pratique de la méthode maçonnique est une véritable école de citoyenneté et de responsabilité. Pourquoi ne pas profiter de cette période de confinement forcé pour réfléchir à sa mise en application. 

 

C'est aussi la réflexion sur les moyens à mettre en oeuvre pour tenter d'atteindre ce type d'objectif. Et le symbolisme peut compter parmi les outils essentiels pour travailler ces pistes.

 

Mais attention, cet objectif aborde aussi un autre enjeu, celui de faire du symbolisme un outil de réflexion pour connaître, pour construire, pour savoir et pour partager. Un outil qui assume d'être compatible avec la méthode d'apprentissage basée sur la construction d'une hypothèse, sur l'expérimentation, sur la déduction et sur l'évaluation. Un symbolisme qui accepte de se confronter à la Raison en acte.

 

Chiche !

Symbolisme, science et progrès ?

Bon courage.

 

Gérard Contremoulin

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LEROY Francis 22/04/2020 10:35

Il me semble, selon ceux et celle qui ont écrit sur le chevalier de Ramsay, qu'il aurait été initié en 1730 en Angleterre, même si d'aucuns indiquent qu'il aurait été initié quelque temps avant. Il faut noter toutefois que les Voyages de Cyrus sont teintés d'expressions et de symboles maçonniques.

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