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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

09 May

Du pinacle au pilori.

Publié par Sous la Voûte étoilée

Du pinacle au pilori.

Notre peuple adore se choisir des idoles pour mieux, ensuite, les clouer au pilori.

 

 

 

Quels que soient les domaines, le jeu de fléchettes est NOTRE sport national. Il a même donné naissance dans le domaine politique à une expression journalistique qui en tant qu'exception, confirme la règle, "l'état de grâce". Tout nouvel élu semble en bénéficier pour appliquer son programme.

 

Fixé à une centaine de jours, cette période semble bien permettre toutes les initiatives politiques. Et tous les présidents de la V° République en ont bénéficié, même si sa durée tend à se réduire drastiquement...

Du pinacle au pilori.

 

A partir du quatrième mois, la dent devient de plus en plus dure. C'est une constante. Les "indicateurs" virent au rouge dans les officines sondagières. Avec le passage au quinquennat, il devient même écarlate de plus en plus vite : après l'état de grâce, le bashing.

 

Du pinacle au pilori.

La vie politique (politicienne serait d'ailleurs un terme plus exact) donne d'édifiants exemples de ce damier infernal où le monde n'est pas conçu comme un tout complexe où l'intelligence du contradictoire serait le moteur du progrès. Au contraire, il est conçu comme une succession d'affrontements binaires, ou tout blanc ou tout noir et où les tenants de l'un n'ont de cesse que d'abattre ceux de l'autre. 

Du pinacle au pilori.

 

1/ Ce paradigme binaire s'appuie souvent sur une déformation conceptuelle de notre système de démocratie représentative.

 

Dans ce système, le contrôle du pouvoir répond à une exigence légitime. Tout mandant doit pouvoir se faire répondre de ce qui est accompli en son nom puisqu'il a donné mandat pour ce faire lors du vote. 

 

La question de l'évaluation de l'action est au premier plan. Légalement, elle n'a lieu que lors du vote suivant. La sanction consiste soit à reconduire soit à ne pas reconduire le mandat.  Cela peut être interprété comme une mise entre parenthèse de la citoyenneté. Ce sentiment ne doit pas être sous-estimé car il projette sur les élus une image d'intouchabilité. 

L'alternative à cette pratique tourne autour de l'idée que ce contrôle puisse être, à l'inverse, plus ou moins permanent. Cela va du vote impératif où l'élu n'a pas de latitude d'appréciation (interdit actuellement en France) au forum permanent (démocratie directe) en passant par le "référendum révocatoire". 

 

Des procédures intermédiaires existent néanmoins. Le compte-rendu de mandat, plus ou moins fréquent, permet à ceux des élus qui le pratiquent d'entretenir un dialogue avec les citoyens. Les mobilisations sociales (manifestations, pétitions, etc.) sont également des moyens d'expression en direction des pouvoirs. 

 

Toutes ces formules alternatives reposent sur cette idée que les institutions ne bénéficient plus du niveau de confiance minimum qui en garantit la libre acceptation et qu'il faut redonner "la parole au peuple". Cette préconisation est d'une application très complexe  

 

Elle s'accompagne de multiples formes, y compris à partir du suffrage universel. Il n'est que de regarder les différentes modalités de notre système électoral : scrutin uninominal direct à deux tours (élections présidentielle, législatives), scrutin uninominal indirect majoritaire à deux tours qui coexiste dans une même assemblée avec le scrutin de liste à la proportionnelle (sénatoriales), scrutin binominal majoritaire à deux tours (départementales), scrutin de listes à la proportionnelle avec plancher "mixte" à deux tours (municipales), intégrale  à un tour (européennes) . Sans parler du scrutin "guillotine" des élections législatives anglaises qui est uninominal à un tour.

 

 

On sait depuis Kant que la liberté est le respect des règles que l'on s'est, à soi-même, fixé. Mais, quelle référence choisit-on ? Chaque mandat a une durée déterminée,  connue lors du vote. L'évaluation se fait donc théoriquement à son issue. Mais cette règle tend à être de plus en plus contestée, soit par insatisfaction de l'action conduite en cours de mandat, soit par tactique revancharde.
 

Du pinacle au pilori.

 

2/ Ce paradigme vengeur s'appuie aussi sur une vision binaire de la société, largement portée par les idéologies issues du marxisme.

 

Karl Marx était d'abord et avant tout un philosophe, théoricien des rapports de production dans la société industrielle de la fin du XIX° siècle.

 

 

Son oeuvre maîtresse, "Le Capital, critique de l'économie politique", (publié entre 1867 et 1894 puis 1910) est une analyse très performante du capitalisme, présent sur les étagères des bibliothèques de nombre d'économistes. 

 

 

 

 

 

Et son petit ouvrage "Le Manifeste du parti communiste", (publié en février 1848 à la demande de "La Ligue des Justes"), était au programme de la terminale philosophie.

 

 

En revanche, le léninisme, le stalinisme, le maoïsme sont ces idéologies politiques qui, à partir du marxisme, ont construit des régimes politiques oppresseurs. Le concept de lutte des classes (le singulier de "lutte" accentuant l'idée de l'affrontement) décrit le fait qu'elles sont dans une confrontation systémique pour s'assurer de la domination de l'une sur l'autre, la classe des capitalistes (le patronat) et la classe ouvrière (le prolétariat). Il se dote du "parti de la classe" dont le but est de prendre le pouvoir et d'exercer, en son nom, le programme dit de "la dictature du prolétariat". C'est un voyage sans retour. Se met en place le régime du parti unique et conduit à rendre impossible toute perspective d'alternance démocratique

 

Aujourd'hui, cette volonté s'affirme coute que coute dans les pays où la démocratie est incertaine, voire inexistante. La Chine, la Corée du Nord s'ils en sont les exemples caricaturaux, n'en sont pas néanmoins les seuls.


 

 

3/ Ce paradigme s'appuie sur la stratégie de disqualification des concurrents plutôt que sur la conviction des électeurs.

 

C'est un outil des plus efficaces pour accéder ou pour rester au pouvoir : obtenir la disqualification de ses concurrents. On a vu encore récemment, que la plupart des moyens étaient bons, y compris les plus sordides.

 

N'entend-on pas souvent dire par un élu souhaitant conserver son mandat que tous ses prédécesseurs étaient des incompétents et que ses concurrents (ne) sont (que) des ambitieux ?

 

De sorte que l'on vote plutôt contre que pour. Et la notion de programme politique s'estompe devant le "vote républicain". Même si cette orientation est fondamentale, sa pratique ne saurait perdurer sans dommage pour la démocratie.

 

Mais la politique en est-elle le seul domaine d'application ?

 

 

Médisance, rumeur, calomnie.

 

Si bien décrite par Beaumarchais et mise en musique par Rossini, la rumeur qu'ils illustrent sous le titre de "La Calunnia", est un cancer pour la démocratie.

 

Trois mots dont le sens a évolué avec le temps pour caractériser cette habitude toxique qui consiste à "dire du mal", à railler, à "pourir la vie" d'autrui et qui visent l'intégrité d'une personne. 

 

 

Conspiracy Wath avait consacré le 18 novembre 2012 un article anniversaire à l'hommage rendu par Léon Blum à Roger Salengro, ministre de l'Intérieur du Front Populaire, acculé au suicide après une campagne de presse ignomigneuse de la presse nationaliste. Il mettait fin a ses jours le 18 novembre 1936.

Les lignes qui suivent sont extraites de son discours prononcé lors de ses obsèques.

Du pinacle au pilori.

 

« Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir quoiqu’on fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue comme dans le cœur de la victime. Il pervertit l’opinion, car depuis que s’est propagée, chez nous, la presse de scandale, vous sentez se développer dans l’opinion un goût du scandale. Tous les traits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler, en dépit de l’absurdité parfois criante. On écoute et on répète sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien près à la médisance, que la médisance touche de bien près à la calomnie et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice involontaire du calomniateur.

 

Il faut donc tarir la calomnie à sa source.

 

Il faut en finir avec l’inexplicable esprit de tolérance qui la considère comme à peu près d’excusable dans le cas où elle est pourtant le plus criminel. C’est-à-dire qu’elle est employée froidement, systématiquement, comme une arme politique, comme un moyen de propagande, de vengeance ou de représailles. Voici quelques années qu’il en est ainsi dans notre pays.

Je n’incrimine aucun parti politique organisé mais les clans, les bandes, les hommes, les journaux, qui, contre les adversaires, jugent tous les moyens bons et tous les coups réguliers. Il s’agit, pour eux, d’abattre tel ou tel homme ou bien à travers tel ou tel homme, d’atteindre tel ou tel parti, ou bien à travers tel ou tel parti, d’atteindre les institutions et le régime républicain. Seul le résultat prouve. Et s’il ne peut être utilement obtenu que par le mensonge et la calomnie, va pour le mensonge et pour la calomnie. Si un homme est déshonoré, chemin faisant, tant mieux. Si un homme souffre et meurt, tant pis. La fin justifiera les moyens. Voila, précisément, ce qui ne peut pas durer ».

Ou plus près de nous, Pierre Bérégovoy et l'hommage que François Mitterrand lui rendait à Nevers le 4 mai 1993 :

Du pinacle au pilori.

"Son action m’autorise à redire aujourd’hui la capacité de l’homme d’État, l’honnêteté du citoyen qui a préféré mourir plutôt que de subir l’affront du doute. 

 

Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie au prix d’un double manquement de ces accusateurs aux lois fondamentales de notre République. Celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. 

 

Mais avec nous, voyez cette foule, avant-garde des millions de Français qui, dans tout le pays, partagent notre douleur. 

 

Voyez Nevers, voyez la Nièvre, toutes opinions confondues, qui viennent à vous, qui vous retrouvent et qui vous aiment. J’ai moi-même tant et tant parcouru ces chemins et je reconnais la vieille terre fidèle où il va reposer ; et je pense à ces derniers mots du grand savant Jacques Monod, que chacun répète en soi-même jusqu’à la fin,

 

je cherche à comprendre."

 

Des mots aux maux.

 

Ces trois mots sont de véritables armes de destruction sélective ou massive selon la cible. Les réseaux sociaux ont démultiplié la résonance.

 

D'autant plus que la systématisation du pseudonyme apporte le confort d'une certaine irresponsabilité chez les geeks peu scrupuleux. La question de la levée de cet anonymat devra se poser tout aussi systématiquement. Les auteurs de pots vengeurs devraient y réfléchir à deux fois avant de rédiger puisqu'elle est techniquement possible à partir de l'adresse IP.  

Du pinacle au pilori.

Les réseaux sociaux ont récemment vu surgir des cohortes d'experts spécialistes en tout genre, de toutes disciplines, des épidémiologistes, des virologues, des économistes, tous susceptibles de rendre des avis définitifs et sans appel. Que ces nouveaux "spécialistes" imaginent par exemple possible de faire choisir un traitement médical (l'hydroxychloroquine) par plébiscite ou par sondage, n'arrêtent pas grand monde.

 

Ces trois mots ont pénétré également la presse par la pratique née avec les chaines de breaking-news. Leur spécialité de l'information dite "en continue" conduit obligatoirement à la redondance. Soumises à la pression des indices d'audience et des parts de marchés, elles ressassent jusqu'à la nausée les informations people les plus attendues, souvent les plus glauques. Ce qui renforce leur caractère anxiogène sur le mode des tabloïds anglo-saxons, du type de The Sun ou The Daily Mirror.

 

Au poids des mots, choisis pour faire mouche, le choc des photos et des images filmées transforment l'information en une succession de séquences discontinues spectaculaires qui "racontent" la vie sur le mode du film catastrophe. L'information n'est plus un support de réflexion mais un vecteur de sensiblerie, de compassion et de "vie par procuration".

 

Voilà vraiment ce qu'il faudra aussi changer.

 

 

Gérard Contremoulin

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