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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

11 Jul

Le GODF : être et rester une obédience multirites.

Publié par Sous la Voûte étoilée

Le GODF : être et rester une obédience multirites.

L'histoire en porte le témoignage. Le GODF, obédience pluriséculaire est, depuis le XVIII° siècle, une obédience multirites. C'est son identité, indélébile, indéniable.

 

Tout doit être fait pour la maintenir ; chaque juridiction de rite à égalité de droits et de devoirs !

 

 

Il est de la responsabilité de l'exécutif, sous la responsabilité de son président, le Grand-Maître et sous le contrôle du Convent, de protéger et d'assurer la pérennité de cette caractéristique essentielle qui constitue l'ADN de l'obédience : être une obédience multirites, c'est-à-dire un espace maçonnique qui offre à ses membres plusieurs types de cheminement initiatique.

 

Le Grand Orient de France pratique cinq rites dans la continuité de leurs parcours : de l'Apprenti au grade sommital des grades au delà de la maîtrise. C'est son originalité.

 

Fiers de ses attaches et de ses combats républicains,  le Grand Orient de France présente à l'envi cette caractéristique comme la marque de son ouverture à la diversité des engagements, des parcours initiatiques, des recherches philosophiques, sociales et spirituelles.

 

Face au racialisme : Les Lumières, la Raison et le Progrès !

 

Dans cette période historique, où le postmodernisme tente d'imposer des réflexes communautaristes, où le racisme réapparait sous le masque du racialisme,  où la bonne alliance serait l'intersectionnalisme, il est fondamental que la Franc-Maçonnerie du Grand Orient de France donne fièrement de la voix et proclame haut et fort son attachement à son identité républicaine attachée au Progrès et à la Raison.

 

Car le Grand Orient de France est la pérennisation d'institutions démocratiques où se forgent des réflexes et des convictions progressistes pour l'humanité. Au delà des proclamations quasi rituelles, elle repose aussi sur le respect de son identité : la plénitude de ses rites.

 

 

La responsabilité du Grand-Maître.

 

Le Grand-Maître illustre la protection de leurs pratiques. D'autant que l'histoire confère à l'obédience la propriété des patentes (c'est-à-dire la garantie de l'origine et la légitimation de la pratique des rites) depuis la création de la Franc-Maçonnerie en France. Représentant de l'obédience, le Grand-Maître est officiellement le garant administratif et initiatique de ces cinq rites pendant toute la durée de son mandat.

 

 

Le Grand-Maître du GODF doit être "reconnu comme tel".

 

Le Grand-Maître ne le devient qu'après la reconnaissance de cette fonction initiatique par l'ensemble des représentants des loges du GODF. Ils ne le sont que lorsqu'ils sont réunis en Convent.

 

Président du Convent de 2006, à La Rochelle, j'avais proposé au collèges des officiers que cette reconnaissance se fasse en présence non seulement des délégués des loges, mais également des représentants des cinq juridictions des grades au delà de la Maîtrise.

 

En effet, détenant au nom du Grand Orient de France la propriété de ces patentes, il est impératif que la cérémonie de reconnaissance du Grand-Maître marque son autorité sur l'ensemble des membres, quels que soient les grades, degrés et ordres auquel ses membres pratiquent les rites.​​​


Curieuse décision de ce 26 juin.

 

La dernière réunion du Conseil de l'Ordre, ce vendredi 26 juin, à Montigny les Metz, déconfinée pour la circonstance, fait couler beaucoup (trop) d'encre. Mais, l'impossibilité de se réunir dans nos loges, "présentiellement", explique pour beaucoup cette effervescence...

 

Il a été décidé la suspension à titre conservatoire de la convention entre le Conseil de l'Ordre et le Suprême conseil des Rites Ecossais (nouvelle expression que je désapprouve puisque non ratifiée par le Convent, mais ce n'est pas là, la question). 

 

Majoritairement acceptée par les membres du Conseil de l'Ordre, cette décision est d'autant plus surprenante,  surréaliste et pour tout dire,  incohérente, avec les mandats permanents d'un Grand-Maître. Le contexte actuel d'impossibilité  de réunir les loges ne fait qu'augmenter sa responsabilité de veiller à la cohésion des 53.000 frères et soeurs de l'obédience, mais aussi l'incompréhension.

 

Pourquoi ?

 

Le Grand-Maître aurait été incité à proposer à son conseil cette décision, après les mises en causes dont il était l'objet et qui proviendraient d'anciens grands-maîtres, plutôt issus de ce rite. Curieuse motivation.
 

Certes, et c'est original, la forme de ces mises en causes avait une touche de surréalisme bien inattendue en faisant appel à la mémoire d'anciens Grands-Maîtres disparus et à la renommée historique bien établie. A commencer par le premier d'entre eux, Philippe, Duc de Wharton (!), en passant ensuite par Francis Viaud (re !). La formule visait à mêler leurs voix aux contestations des décisions prises lors du confinement de la Covid19. Cette méthode, surprenante, hors de toute contextualisation, est habituellement peu prisée des historiens... 

 

C'est un grand étonnement de voir des frères conseillers, par ailleurs soucieux de veiller aux conditions d'expression de la fraternité, suivre une telle mesure de suspension. Habituellement, l'autorité du Grand-Maître doit suffire pour convoquer une entrevue bilatérale d'explications. Et bien rare seraient les responsables de juridiction qui s'exempteraient d'une telle invitation. Pourquoi donc utiliser la bombe atomique dans ce cas ?  

 

La Grande-Maîtrise est le rendez-vous d'un homme avec des responsabilités initiatiques fondamentales. C'est une séquence inédite dans le cheminement d'un franc-maçon. C'est un rendez-vous d'authenticité. La lourdeur la tâche peut expliquer certains manquements... Mais de là à délivrer un tel message de division, la marche est haute.  

 

Petit rappel de notre histoire.

 

Nos rites historiques ont été intégrés au GODF progressivement à partir de 1728. A la différence des obédiences mono-rites comme la GLDF ou le DH, le GODF offre le choix de cinq parcours initiatiques distincts. Cinq Rites qui font son originalité et que je vais rappeler dans l'ordre chronologique de l'accord qui lie chacun au GODF.

 

D'abord la manière de maçonner, importée de la Grande Loge des Modernes (celle de 1717) par les exilés stuartistes qui arrivent en France à partir de 1725. Ils travaillent selon le seul "rit" en vigueur, celui de la Grand Loge de Londres aide Westmister : le "craft", usuellement pratiqué dans les loges bleues, sans qu'un nom spécifique ne lui soit attribué. Sans autre nom, c'est simplement le rite des francs-maçons.

 

Puis viendront le Régime Ecossais Rectifié intégré au GODF en 1776, après son convent de Wilhemsbad (RER : bleu et Grand Prieuré). Le  GODF signe un Traité avec les « Directoires Écossais » des trois provinces françaises (Bourgogne, Auvergne, Septimanie) de la Maçonnerie rectifiée. Il était apparu en France en 1774, en provenance d’Allemagne et très influencé par la Stricte Observance Templière 

 

En 1801, le Régulateur du Maçon pour les trois premiers grades et le Régulateur du Chevalier Maçon pour les grades au delà de la Maîtrise sont publiés.

 

Puis le Rite Ecossais, Ancien, Accepté intégré en 1804 importé de Caroline du Sud par le Marquis de Grasse-Tilly est agrégé au GODF (REAA : bleu et Suprême Conseil), ce qui conduira à devoir trouver un nom au "craft" qui deviendra le "Rite Français (d'où l'expression : Français parce que le GODF est "de France") ; puis le Rite de Memphis-Misraïm (bleu et ) ; 

En 1817, reconnaissance formelle des grades de l’Ancienne Maçonnerie d’York qui avait rejoint le Grand Orient en 1804. 

 

Le Rite Égyptien intégra le Grand Orient de France en deux étapes : 1862 pour Memphis et 1867 pour Misraïm.

 

Ce panorama offre à nos frères et à nos soeurs une diversité de pratiques de l’ordre maçonnique telle que l’histoire nous les transmet aujourd’hui.

 

 

 

Un précédent : la "convention Viaud".

 

En 1999, Philippe Guglielmi, alors Grand-Maître avait dénoncé la convention existant depuis 1946 entre le GODF et le Grand Collège des Rites (GCDR). Ce dernier, ayant été érigé en quasi obédience par cette convention, s'octroyait la suprématie sur le développement des cinq rites des grades au delà de la maîtrise. En effet, pour être membre de sa direction, il fallait être titulaire du grade sommital du REAA (33°). C'est-à-dire que durant 53 ans ce rite a assuré la main-mise sur le patrimoine initiatique de tous les rites et notamment du Rite Français. Il y avait même des stages de remise à niveau pour ceux des Frères qui souhaitaient entrer au REAA et qui étaient donc considérés comme devant retourner en formation !

 

En dénonçant cette convention, le Grand-Maître Philippe Guglielmi avait pour ambition de redonner sa liberté aux rites pour leur permettre d'assumer leurs destins en pleine autonomie (qui n'est pas l'indépendance comme il aime lui-même à le rappeler). Ce qui est le cas depuis 1999.

 

Nous ne sommes absolument pas dans ce genre de situation aujourd'hui.

 

Il faut trouver une issue négociée au plus tôt.

 

Gérard Contremoulin

___________________________

 

 

Commenter cet article

Thierry Solé 14/07/2020 01:17

Dernière phrase : il faut trouver (et non pas il fat)

Sous la Voûte étoilée 14/07/2020 10:12

Merci Thierry.

Max 11/07/2020 13:39

une obédience est dirigée par un administratif, en aucun cas un grand initié !
ensuite il faut revenir au grand collége des rites, et séparer les degrés symboliques, universels, des ''hauts grades'' qui ne sont plus au sens exact du terme de la maçonnerie sinon il n' y aurait qu' une seule voie
après oui il y aurait surement à revoir le fonctionnement du grand collège des rites mais qui est une mémoire initiatique

Sous la Voûte étoilée 14/07/2020 10:10

Il n'y a pas de "Grand Initié" dans la maçonnerie libérale a-dogmatique. Le GM est un frère comme les autres qui détient des responsabilités importantes et "déléguées" pendant la durée de son mandat.
Le Grand collège des Rites n'existe plus depuis 1999 au GODF. La Convention Viaud de 1946 a été dénoncée à cette date car elle assurait à la suprématie du REAA sur les autres rites. Un mécanisme redoutable était en place. La direction du GCDR était assurée par des titulaires du 33°, degré sommital du rite. Et, détail "pittoresque", lorsque certains souhaitaient intégrer le REAA, ils devaient suivre des stages de remise à niveau ! Comme le fit la Grande Loge des Anciens à partir de 1813 en Angleterre...

Aixcalibur 11/07/2020 13:09

1728 ???? Que je sache le GODF n'existait à cette date et laisser croire qu'il deviendrait le GODF par transformation de la GL de l'époque est une contre vérité historique. Le GO est né d'une scission. Enfin la légitimité de la propriété des patentes est une curieuse expression pour chacun des trois termes !

Sous la Voûte étoilée 14/07/2020 10:04

Commentaire où l'on retrouve "Aixcalibur" dans son entreprise que Marc Henry, alors qu'il était GM de la GLDF, exprimait sous cette forme à propos de l'invitation de Roger Dachez par deux loges rouennaises : "il faut lui envoyer des historiens à nous"...
Voici donc une version bien capillo-tractée d'une séquence historique expliquant que le GODF serait une scission de la première Grande Loge de France dont la Grande Loge de Clermont aurait été la perpétuation. La profonde réforme initiée par Montmorency-Luxembourg (élection des plateaux, annualité des mandats) fut largement soutenue par les loges de provins et âprement combattue par une minorité de loges parisiennes dont les vénérables refusaient de ne plus être vénérables à vie ! Ils constituèrent la Grande Loge de Clermont qui finit par rejoindre le GODF en 1799.
Quant à la première Grande Loge de France, qui n'a rien à voir avec celle éponyme qui nait en 1894, elle fut une structure qui n'arriva jamais à réaliser une uniformisation maçonnique cohérente,te sur l'ensemble du territoire du royaume. C'est sur les bases de cette situation que la réforme de 1773 s'imposa.
Où est la scission évoquée par "Aixalibur" ?
La Grande Loge de Clermont illustra la volonté de résister à la réforme, progressiste de Montmorency-Luxembourg, même s'il décida d'émigrer le 15 juillet 1789...
Voilà une assez belle illustration de ce qu’est le caractère « réactionnaire » en histoire.

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