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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

16 Sep

IG comme Islamo-Gauchisme

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Dico, #Réflexions

IG comme Islamo-Gauchisme

 

Islamo-gauchisme, insulte et/ou symptôme ?

 

Ce mot apparaît en janvier 2002 dans le livre de Pierre-André Taguieff : "La nouvelle judéophobie". Il connaîtra une apogée lors du débat sur le port de signes religieux en 2004. Depuis, il sera utilisé régulièrement par Jacques Juilliard, Caroline Fourest ou Claude Askolovitch.  Manuel Valls, en tant que Premier ministre, l'utilisera en mai 2016 à propos d'Alexis Corbière et de Clémentine Autain. Il résonne alors comme une insulte. Qu'en est-il ?

 

On doit le concept à Chris Harman (1942-2009), leader du SWP (Socialist Workers Party), organisation trotskiste anglaise. Il théorise dès 1994 le rapprochement entre les islamistes et les trotskystes, dans un article  : "The prophet and the proletariat" :

 

"Les islamistes, en reprenant la vulgate anti-impérialiste, construiraient des groupes sociaux importants dont la colère devrait être canalisée vers des objectifs progressistes."

 

Trois mots retiennent l'attention : "islamistes", "canalisés" et "objectifs  progressistes". Pour le premier, on remarquera que, déjà à l'époque, ce n'est pas le mot "musulman", c'est-à-dire le pratiquant de l'islam qui est utilisé mais "islamiste", ce qui renvoie à un projet indépendant du culte lui-même. En fait il s'agit soit des "Frères musulmans", organisation fondée en 1928 et considérée officiellement par certains pays comme terroriste, soit des djihadistes et là, il n'y a pas de doute. 

Pour les deux autres, ils déclinent en fait la stratégie trotskiste de l'entrisme, appliquée à l'islamisme.

 

La mouvance trotskiste et "l'entrisme".

 

Au cours de son histoire, le trotskisme a généré plusieurs courants rivaux, revendiquant l'héritage de Léon Trotsky (Lev Davidovitch Bronstein, 1879 - 1940) et se disputant, scission après scission, la structuration de la "IV° Internationale".

 

Chacun la déclinera à sa manière. Ainsi :

 

le courant "franckiste", du nom de son principal animateur Pierre Franck (1905-1984), dirigeant de la LC (Ligue Communiste) puis de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire). Ce parti s'est dilué dans un ensemble idéologiquement moins délimité, le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) représenté par Olivier Besancenot puis Philippe Poutou ; 

 

- le courant "lambertiste", du nom de Pierre Boussel-Lambert (1920-2008), du PCI (Parti Communiste Internationaliste - nom repris en 1981) et qui fait suite à l'OCI (Organisation Communiste Internationaliste), puis au MPPT (Mouvement Pour un Parti des Travailleurs), POI (Parti Ouvrier Indépendant), représenté par Daniel Gluckstein et Gérard Schivardi, qui furent candidats aux élections présidentielles, respectivement en 2002 et 2007 ; 

 

- le courant trotskyste historique ( "Barta" et "Pierre Bois" 1922-2002) à LO (Lutte Ouvrière), qui restera dans une certaine indépendance vis-à-vis des organisations du mouvement social tout en  étant présent, représenté par Nathalie Artaud qui a succédé à Arlette Laguillier.

 

- ou enfin dans ce qu'il reste du courant "pabliste",  du nom de Michel Pablo (1911-1996), principal inspirateur de l'entrisme, présent successivement au PCI (Parti Communiste Internationaliste, dissous en juin 1968), puis dans l'AMR (Alliance Marxiste Révolutionnaire) puis au PSU (Parti Socialiste Unifié, dans la tendance favorable à l'autogestion de type Lip et Charles Piaget) puis à l'AREV (Alliance Rouge et Verte), puis à la LCR puis au PS ou encore pour quelques uns à EELV.

 

Ce n'est pas une mince affaire que de dénouer les méandres de l'histoire du trotskisme dans les organisations politiques, syndicales (FO, FEN), étudiantes (UNEF) ou mutualiste (MNEF) et ce n'est heureusement pas le sujet. Néanmoins, et même si elle fit l'objet de maints débats, la stratégie d'entrisme, certains parleront plus prosaïquement de "noyautage", forme une constante dans cette mouvance politique.


Ces différences de stratégie expliquent en partie la présence de personnages politiques à divers endroits de l'échiquier aujourd'hui. Que ce soit Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbières, Olivier Besancenot, Jean-Christophe Cambadélis, Raquel Garrido, Julien Dray, Laurence Rossignol, Nathalie Artaud ou même Lionel Jospin, leurs formations à la politique sont empreintes des fondamentaux du trotskisme.

 

Les tentatives de recompositions politiques, aujourd'hui comme hier, illustrent ces différences. On en voit les applications lorsqu'elles tentent d'épouser certains aspects saillants la société dès lors qu'ils représentent une force sociale organisée ou facilement organisable.

 

 

Nombre de publications se sont chargées de faire l'historique de l'islamo-gauchisme, entre autres, Libération,  Le Monde pour qui il sonne comme un oxymore, Le Figaro et Jacques Julliard pour qui représente l'inversion des marqueurs historiques de la gauche, France Culture avec Rachid Benzine lors de la controverse entre Edwy Plénel et Riss à propos de Tariq Ramadam et bien évidemment Wikipédia.

 

L'historique de l'Islamo-gauchisme.

 

La chaine "La Chro Pol" (La Chronique politique) publie une synthèse sur l'islamo-gauchisme dans cette vidéo.

 

La dynamique életoral(ist)e pipe le jeu.

 

Un responsable politique, un parti détermine sa stratégie en fonction des objectifs qu'il veut atteindre. La centralisation qui permettait à un parti à fort effectif de s'exprimer d'une seule voix s'est écroulée avec le mur de Berlin. Au fil de leurs divisions, les effectifs sont de plus en plus faibles et les mobilisations qu'ils organisaient sont aujourd'hui clairsemées. Les paysages politique, mais aussi syndical, associatif sont balkanisés et ce morcellement réduit à l'impuissance l'ensemble du mouvement social.

 

Impuissance bien réelle, dont la seule issue serait de constituer des alliances, c'est-à-dire à négocier des compromis. Ce qui ne peut se faire qu'avec des partenaires souvent issus de scissions, aux caractéristiques objectivement différentes, sur des questions de programme, tout en essayant de préserver l'essentiel de ses principes fondateurs et/ou de ses engagements fondamentaux. C'est dire l'ampleur et la complexité de la tâche.

 

Dans ce contexte, le recrutement de franges de l'opinion susceptibles de favoriser telle ou telle dynamique politique ou plus prosaïquement, de soutenir tel ou tel candidature, tant en militants qu'en votants, devient la priorité absolue.

 

Quid de La France Insoumise ?

 

La conception du principe de Laïcité est centrale dans la question de l'islamo-gauchisme. La LFI, constituée de plusieurs courants de la gauche radicale, alimente assez régulièrement la polémique sur la conception même de ce principe hautement républicain par les déclarations de certains de ses membres.

Ainsi Danièle Obono que vient défendre Alexis Corbière.

IG comme Islamo-Gauchisme
IG comme Islamo-Gauchisme
IG comme Islamo-Gauchisme

La manifestation du 10 novembre 2019.

 

La gauche radicale, la GCT et le PCF ont répondu présents à l'appel du Collectif contre l'islamophobie.

 

Cette manifestation a joué le rôle d'un détonateur dans les consciences dans l'ensemble de la gauche. La forte identité républicaine et laïque de certains des responsables à la gauche de la gauche, notamment dans les rangs de la France Insoumise, a soudainement été prise en défaut.

 

Le dessous des cartes est peu à peu apparu dès lors que le tabou était levé. Oui la gauche radicale courbait l'échine devant certaines des exigences islamistes.

 

Voici la liste des "premiers" signataires :

IG comme Islamo-Gauchisme

D'autres à gauche, beaucoup d'autres ont considéré que c'était une erreur politique majeure. La question centrale qui fit débat tient dans un passage du texte qu'apparemment peu de signataires ont lu attentivement et qui parle de "lois liberticides".

 

De quelles lois s'agissait-il ?

 

Selon  Jawad Bachare, directeur du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), l'une des organisations à l'origine de l'appel, ce terme vise deux textes de lois : la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école et celle de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public. Et il développe un argumentaire intéressant, disant notamment que : "ce qui nous intéresse, nous, c'est de savoir si les lois sont au service des usagers du service public. La loi de 2004 sur les signes religieux à l'école exclut tout un pan des élèves de l'Education nationale au lieu d'inclure". 

 

Selon lui, ce n'est donc plus aux citoyens de respecter la loi applicable à tous, mais c'est à la loi de s'adapter aux exigences d'une partie des citoyens. Ce n'est rien d'autre que l'application à l'Etat de la règle du communautarisme.

 

Les forces politiques signataires de cet appel ont pris un risque inconsidéré en acceptant de manifester aux cotés de ces islamistes et de cautionner ainsi leurs revendications car elles sont antirépublicaines.  

 

Le voile islamique.

 

Depuis la loi du 2004, le port d'un signe ostensible à l'école est interdit. Il en va du voile comme de tout autre signe, religieux, philosophiques ou politiques.

Quant à celle de 2010, elle interdit de se dissimuler le visage dans l'espace public. 

 

Malgré l'aspect général de la Loi, la polémique a porté sur le port du voile islamique. 

 

La loi de 2004 a entrainé un débat sur les voyages scolaires et la participation des mères voilées par rapport à la nature juridique du voyage scolaire admettant que des personnes n'ayant pas le statut d'agent public puissent être considérés comme agissant dans le cadre du service public d'éducation, soumis ou non à l'obligation de neutralité. 

 

Elle a entrainé aussi une polémique sur le port du voile dans une enceinte publique comme celle d'une assemblée délibérante.

 

D'un point de vue juridique, plusieurs cas de figure se présentent puisqu'un élu n'est pas un agent public, tenu au respect du principe de neutralité. 

Ainsi un conseiller municipal qui porte un signe distinctif ne peut être considéré comme violant ce principe s'il porte un signe de nature à manifester ses opinions, qu'elles soient religieuses, philosophiques, politiques. En revanche, un maire et ses adjoints, qui sont officiers de police judiciaire ou d'état civil ne le peuvent, en fonction de ces qualités. Et ce même raisonnement s'applique pour toutes les accumulées élues disposant d'un organe exécutif. De sorte que l'on a pu voir des femmes voilées sur différentes listes municipales, voire européennes.

 

D'un point de vue républicain, la situation est beaucoup plus simple. Elle repose sur un choix fait en conscience. La philosophie qui anime la loi de 1905 est émancipatrice en instituant le principe de Séparation des sphères publique et . C'est ainsi que la question de candidate voilée sur des listes LREM a suscité une vive polémique interne, dans laquelle s'est exprimée Marlène Shiappa.

 

C'est donc en conscience que chaque républicain, qu'il soit élu ou non, choisit d'adopter une attitude prosélyte ou non.

 

Toute la question est là : le prosélytisme. 

 

Pour mémoire, l'année précédente, SUD-Education 93 avait organisé des "stages décoloniaux", réservés aux "non racisés", c'est-à-dire interdit aux blancs. Voir mon précédent article.

 

Alors insulte ou symptôme, le débat est ouvert.

 

A suivre ...

 

Gérard Contremoulin

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Viry Yvan 17/09/2020 17:52

Cet article comporte une erreur: Philippe POUTOU (sans T) n'a jamais été lamberistes. C'est un des porte paroles du NPA.
À part le trotskyste anglais des années 70, je ne vois pas beaucoup d'islamogauchistes dans la liste...
À quand un article sur les islamophobes qui, en réalité, sont des racistes de la plus belle eau ?

Sous la Voûte étoilée 18/09/2020 12:04

Autant pour moi. Merci de votre commentaire.
Mon erreur est corrigée dans le texte où effectivement c'est Daniel Gluckstein puis Gérard Schivardi qui ont représenté le Parti des Travailleurs, devenu le POI en 2008.
Philippe Poutou était le candidat du NPA aux dernières élections présidentielles, prenant ainsi la suite d'Olivier Besancenot.

Hirani 17/09/2020 08:42

J'ai comme l'impression que certaines branches de la FM sont de plus en plus attirés par l'islamophobie et cautionnent cette autre forme de racisme, en violation de ses valeurs fondamentales

Sous la Voûte étoilée 17/09/2020 11:22

Bonjour,
Votre commentaire sybillin est pour le moins abscons. Pourriez-vous être plus précis et dire exactement, en l'occurence sur la base d'exemples, à qui et à quoi vous pensez ? Merci

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