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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

28 Oct

Comment Guéant et Sarkozy ont abîmé la laïcité

Publié par sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Laïcité - Religions

Une compilation d'articles mis en ligne sur Rue89 sur  la conception sarkozyste de la Laïcité, c'est-à-dire le retour du religieux dans les affaires publiques...
 
par Pascal Riché , "Redchef" de Rue89 

L'enterrement du débat sur la laïcité, vendredi, n'a pas fait trop de bruit. Sur le cercueil, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant n'a pas jeté de pétales de roses, mais 500 pages tirées des tréfonds de l'histoire républicaine : extraits de la déclaration des droits de l'homme, de la Constitution, loi de 1905 <http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp> de séparation des Eglises et de l'Etat, loi sur le voile, textes de jurisprudence...

Comme si cette profusion de textes pouvait enfouir les bêtises de ces cinq dernières années. Dans la perspective de gagner des électeurs à droite, Guéant et Sarkozy ont joué avec la laïcité comme on joue avec le feu. Ils ont réveillé un débat nauséabond et ont été éclaboussés. Les Américains ont une expression imagée pour décrire ce genre de situation : « The shit hit the fan », la merde a rencontré le ventilateur.

Au final, seul le coprophage Front national en a profité. En présentant son rapport <http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5j_-ZAW7-GxDM1aw2u2YPi0yRp9Uw?docId=CNG.4680f7b083550934898358a96f390b1d.1d1> (« Laïcité et liberté religieuse, recueil textes et de jurisprudence », éditions Journaux Officiels), Guéant a voulu clore le débat, mais c'est un peu tard.
Drame en trois actes.
Acte I. Le chanoine de Latran
Rue89-Causeur, le Battle


Chaque semaine pendant la campagne, Yahoo confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Elisabeth Lévy contre Pascal Riché sur la laïcité <http://fr.news.yahoo.com/blogs/rue89-causeur-la-battle/cinqui%C3%A8me-round-la-la%C3%AFcit%C3%A9-vrai-probl%C3%A8me-ou-app%C3%A2t-170314027.html#more-id> .

La laïcité se portait en France comme un charme. Il y avait parfois quelques accrocs comme il y en a toujours eu depuis 1905, mais plutôt moins qu'avant.

Nicolas Sarkozy arrive au pouvoir, brandit comme un étendard un nouveau concept : la « laïcité positive ». Sous-entendant que la laïcité héritée de la République était « négative », c'est-à-dire antireligieuse. Un contresens, en réalité : la laïcité, c'est avant tout le respect de la liberté de conscience. Mais ce faisant, Sarkozy va s'autoriser à mêler discours religieux et autorité publique.

Dans le fameux discours de Latran <http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2007/allocution-de-m-le-president-de-la-republique.7012.html> , le 20 décembre 2007, Nicolas Sarkozy va plus loin : il pose le principe de la supériorité de la morale religieuse par rapport à la morale laïque et vante les « racines chrétiennes de la France <http://www.rue89.com/2007/12/29/discours-de-sarkozy-au-latran-attention-virage-dangereux> ». Un discours conçu pour séduire une France en quête de repères et qui s'inscrit dans la tradition de la droite française la moins républicaine. L'idée étant évidemment de résister à la concurrence du FN.
Acte II. OPA du FN
Sarkozy abandonnant la laïcité, le Front national se rue dessus. Pour stigmatiser l'islam, Marine Le Pen trouve en ce concept républicain un instrument autrement plus puissant que « 'les racines chrétiennes » de la France. Et elle se met à l'exploiter à fond.

Face à cette offensive de la laïcité version « saucission pinard » – et « négative » pour le coup –, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant rament. Que faire ? Ils ont déjà lancé le débat calamiteux sur l'identité nationale <http://www.rue89.com/identite-nationale> . Ils persévèrent dans l'erreur : au printemps dernier, ils reprennent la laïcité comme arme de stigmatisation de l'islam. Guéant explique alors <http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/04/04/le-nombre-de-musulmans-en-france-pose-probleme-selon-gueant_1502928_3224.html> :
« En 1905, il n'y avait très peu de musulmans [...] l'accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème. »
Les mêmes qui voulaient réconcilier religion et Etat se mettent à fustiger la menace que feraient peser des signes religieux sur les services publics. L'adversaire est présenté sous un visage absolument terrifiant : celui de la mère de famille qui – ô crime de lèse-laïcité ! – ose accompagner une sortie scolaire sans avoir préalablement retiré son voile <http://www.20minutes.fr/societe/680352-societe-laicite-voile-banni-sorties-scolaires-> !

Tout cela frise le ridicule, au point de faire tanguer l'UMP : le premier ministre François Fillon et la ministre des solidarités Roselyne Bachelot décident de sécher <http://www.liberation.fr/politiques/01012329010-un-debat-sur-la-laicite-sans-francois-fillon> le débat sur la laïcité organisé par le parti.
Acte III. Opération rétropédalage
« Il n'est pas question de revenir sur la loi de 1905 », clame aujourd'hui Claude Guéant en présentant sa compilation de textes qu'il a baptisée pompeusement « code ».


Pour ce qui est de la terrifiante maman accompagnatrice des sorties scolaire, la décision de lui faire enlever ou non son voile est renvoyée à l'échelon de l'établissement scolaire. La laïcité, qui était devenue la « laïcité positive », est maintenant, selon Guéant, « la laïcité positive apaisée ».

Y aura-t-il une suite ? « La laïcité positive apaisée bienveillante raisonnée ? » On en rirait si ce qui se cachait derrière cette tambouille sémantique n'était pas un recul du respect de l'autre, du consensus républicain et, au final, de nos libertés.
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Michel THYS 30/10/2011 16:34


Merci pour votre réponse. Je pense que nous sommes globalement d'accord : je n'assimile nullement la Laïcité française à une « non religion », puisque c'est un principe politique
qui, en séparant l'influence des religions de celle de l'Etat, est la condition sine qua non de la coexistence pacifique entre-elles, et avec les non-croyants. Ce principe n'est hélas toujours pas
inscrit dans la Constitution belge.
Quant à la laïcité philosophique, elle n'est pas non plus antireligieuse, comme je l'ai écrit.

A mes yeux, découvrir le « fait religieux » est une nécessité si l'on veut tendre vers une citoyenneté responsable. D'abord parce qu'« un minimum de culture religieuse, notamment
artistique, fait partie de la culture générale (« La Trinité n'est pas qu'une station de métro »!).
Ensuite parce que les jeunes devront vivre dans une société de plus en plus interculturelle et qu'ils doivent donc disposer d'une information minimale, objective et non prosélyte, sur les plus
importantes religions, et aussi prendre conscience qu'elles ont toutes en commun, certes à des degrés divers, la soumission à un dieu, à un livre « sacré », etc...

Le « fait laïque », dont la découverte va de pair avec celle du « fait religieux », implique la découverte des alternatives et options de l'humanisme laïque ( la spiritualité
laïque, la morale laïque, l'agnosticisme, l'incroyance, l'athéisme, etc., actuellement occultées par les religions), et qui se fondent sur l'autonomie de la conscience morale et sur la
responsabilité individuelle.

Je suis cependant moins persuadé que vous que le système républicain garantisse la liberté de croire ou de ne pas croire (les Musulmans, exemple extrême, en témoignent hélas a contrario). Ce que
garantit la Constitution, du moins à mon sens, ce n'est que la liberté d'expression ...


Michel THYS 29/10/2011 21:02


Permettez-moi d'exprimer un point de vue inhabituel.
Certes, séparant les religions et l'Etat français, « la laïcité (politique!), c'est avant tout le respect de la liberté de conscience ». Du moins théoriquement et idéalement, parce qu'en
fait, la "liberté de conscience et de religion" est, à mes yeux, plus symbolique qu'effective.
Et pour cause : l'EMERGENCE de cette liberté, qui devrait permettre de choisir entre la croyance et la non-croyance, est rendue improbable, voire impossible, après une éducation religieuse
précoce et affective, renforcée par un milieu croyant unilatéral, voire communautariste.
Ces influences laissent en effet des traces souvent indélébiles à l'âge adulte, dans le cerveau émotionnel puis rationnel, et affectent donc l'esprit critique dès qu'il est question de religion,
indépendamment de l'intelligence et de l'intellect. Sauf notamment chez les francs-maçons adogmatiques qui ont a priori remis en question leurs certitudes, par la réflexion et le libre examen.
Ailleurs, le plus souvent, et surtout dans les pays où les alternatives sont occultées, qu'elles soient religieuses ou laïques, l'apostasie est assez rare, et même - hélas - absente chez les
Musulmans, l'islam imposant, à tous égards, une soumission totale au coran, à la charia, ...

Idéalement, à mon sens, seul un système éducatif pluraliste permettrait un choix, aussi libre et tardif que possible, entre croyance et non-croyance, ce qui compenserait les influences précoces,
certes légitimes mais unilatérales. C'est ce que prône la laïcité « philosophique » ( notion plus répandue en Belgique qu'en France) : même si elle se passe de toute référence
surnaturelle, elle n'est pas antireligieuse et contribuerait à compenser les inégalités socioculturelles actuelles.

Dans la plupart des pays intellectualisés, la pratique religieuse est certes en déclin, même si, comme l'a montré la sociologue chrétienne Danielle Hervieu-Léger (dans « La religion en
miettes »), les croyants se concoctent un amalgame de croyances qui leur conviennent. Mais toutes les religions réagissent par des tentatives de reconfessionnalisation des consciences (surtout
celles des jeunes), de réinvestissement de l'espace public et de recléricalisation de la politique, notamment européenne (Sarkozy, opus dei, scientologie, sectes évangéliques, ...).

A mes yeux, la laïcité, aussi bien politique que philosophique, est victime de sa conception trop laxiste de la tolérance, de la neutralité et de son refus de tout prosélytisme, alors qu'une saine
conception de ces principes, devrait permettre, pour tous et partout, l'accès à une information objective et progressive, à la fois sur le « fait religieux » ET sur le « fait
laïque ».
Par simple honnêteté intellectuelle ...

Je suis conscient que cela remet en cause certains acquis constitutionnels, tels que la liberté de l'enseignement et celle du «libre(?)» choix des parents. Mais, à mes yeux, la Constitution devra
un jour s'adapter à notre société de plus en plus multiculturelle, si l'on veut freiner le communautarisme et ses dérives.

Michel THYS
http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html


sous la Voûte étoilée 30/10/2011 14:53



Vous ouvrez là un débat intéressant.


Je préciserai tout de même que la situation n'est pas binaire, entre le "fait religieux" et le "fait laïque". La Laïcité n'est pas assimilable à une "non-religion". Ce n'est pas un "fait",
c'est une loi !  La Laïcité n'est pas le fait de ne pas croire, c'est la garantie, dans un systeme républicain, que l'on peut croire, ne pas croire ou encore que
l'on refuse de s'inscrire dans aucun système autre que la raison.



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