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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

18 Feb

Des rites et des obédiences dans l'histoire...

Publié par sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Formation et Histoire maçonnique

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Dans la perpective de la conférence de Roger DACHEZ du jeudi 21 février rue Cadet, voici une petite présentation historique.

  

Les dates foisonnent et cette farandole finit par donner le tournis. 1717, 1723, 1728, 1751, 1773, 1786, 1799, 1821, 1894, etc. On ne sait plus de quoi l'on parle, et, pêle-mêle elles font le délice des amateurs de fracassantes déclarations sur les origines.

Il devient urgent d'y mettre un peu d'ordre et de se dire que l'histoire n'est pas, parfois, ce que l'on voudrait qu'elle soit... Si interprétation il peut y avoir, les faits sont et restent têtus ! Et les dates sont des faits comme autant de jalons qui permettent de comprendre la formidable aventure humaine qu'est la Franc-Maçonnerie. Mais cela suppose de ne pas essayer de leur faire dire n'importe quoi !

D'abord, il est un fait malheureusement établi, celui de se légitimer par l'antériorité ! Certes. Mais pas au prix d'une manipulation. Il apparaît une première fois en 1751 avec la querelle dite "des Anciens et des Modernes".

De quoi s'agit-il ? D'un tour de passe-passe où les plus récents voulant effectuer un retour aux sources, se donnent le nom "d'Anciens", baptisant du même coup leurs adversaires de" Modernes" pour les déligitimer !

Dans cette épopée, qu'observe-t-on ?

D'abord un principe d'action où justifier que l'on est le plus ancien, assurerait la légitimité historique, donc l'autorité morale tant du point de vue obédientiel que des rites. Bien triste perspective mais jeu qui n'est pas sans conséquence sur les comportements ! 

 

Alors pour poursuivre, il faut reprendre quelques notions parfois confuses.

L'écossisme. Il occupe le XVIII° siècle à un moment où le REAA n'existe pas encore puisqu'il n'apparaitra qu'en 1804 (de Grasse-Tilly) ! Il faut donc éviter de voir dans l'écossisme une appellation dérivée de ce rite. C'est un système de hauts grades dans lequel on retrouve une grande créativité (!) y compris en terme concurrentiel, c'est le moins que l'on puisse dire. Ce système va dynamiser la maçonnerie française de ce siècle. Et sous l'impulsion de Roettiers de Montaleau, il donnera les Hauts grades de Rite Français dès 1786.

Le Rite Français, qui n'est appelé "français" que parce que le Grand Orient est "de France", est un système de cheminement iniiatique qui s'est construit logiquement à partir des trois premiers grades auquels ont été ajoutés en 1786 des hauts grades (4 ordres plus un), permettant ainsi une poursuite initiatique continue et logique.

Le REAA, (Rite Ecossais, Ancien, Accepté), déjà évoqué  ici. Ce rite présente la spécificité historique d'avoir, à l'inverse, ajouté les trois premiers grades au système de hauts grades préexistants, en puisant dans ce que les "Ancients" avaient ajouté au rituel des "Moderns", ceux de la querelle évoquée ci dessus.

Il en ressort une première conclusion qui établit que le Rite Français est bien antérieur, dans toute sa structure, au REAA.

 

L'organisation maçonnique.

Pour chacun de ces systèmes, l'histoire de la Franc-Maçonnerie nous apprend que les Maçons ont constitué des entités, des "juridictions", pour gérer ces systèmes initiatiques. A partir de 1821, les appellations suivantes sont constamment reprises.

Est appelé Suprème Conseil, la "juridiction" qui administre les "Hauts Grades", grades au dessus des 3 premiers et Grande Loge, celle qui administre les trois premiers grades, encore appelée loges "bleues".

Mais, avant 1821, le Suprême Conseil de France (SCDF) qui gérait le REAA comprenait des Loges "bleues" (les loges des trois premiers grades). En 1821 est réactivé un Suprême Conseil indépendant d'une part et d'aute part est créée une "Grande Loge Centrale Ecossaise" du SCDF.

 

La Grande Loge de France, actuelle, est directement issue de cette Grande Loge. C'est d'ailleurs cette situation qui peut lui poser quelques problèmes de Régularité vis à vis des critères de la Grande Loge Unie d'Angleterre ! Mais dans le même temps, elle peut légitimement faire remonter ses origines à cette date. Alors que sa création officielle est située très exactement le 7 novembre 1894.

 

Le Grand Orient de France. La maçonnerie s'organise en France dès 1724 et prend forme en 1728 sous le nom de "Grande Loge de France". Cette Grande Loge de France "primitive" a comme Grand Maître le duc de Wharton. Elle se transformera en 1773 en Grand Orient de France avec l'adoption d'une réforme capitale que l'on doit à Montmorency-Luxembourg et qui consiste à faire élire les présidents de Loge (les Vénérables) et a fixer une durée pour ces mandats. Finies les transmissions de charges ! Cette transformation n'a pas d'autre filiation que celle du GODF puisque la Grande Loge de Clermont, fruit d'une scission, s'est ralliée, exsangue, au GODF en 1799. De sorte que la seule filiation qui remonte à 1728 est celle du GODF.

 

Le Droit Humain. Maria Deraismes est initiée le 14 janvier 1882 à la Loge "Les Libres Penseurs" du Pecq, affiliée à la Grande Loge Symbolique Ecossaise. La Grande Loge Symbolique Ecossaise est fondée en 1880 à partir de 12 loges du Suprème Conseil de France. Elle s'éteindra définitivement en 1911. 

De ce fait, la Loge du Pecq contrevient à la règle et sort de cette obédience. Avec Georges Martin, Maria Deraismes crée, à Paris, le 4 avril 1893 le premier atelier mixte et en janvier 1894, ils créent la Grande Loge Symbolique Ecossaise mixte de France, le Droit Humain. C'est la première obédience mixte au monde. Elle deviendra obédience internationale lors d'un Convent International en aout 1920. Elle travaille quasi exclusivement au REAA.

 

Alors, ce petit rappel peut éclairer quelques uns des débats actuels. Notamment celui qui consiste à rechercher la véritable filiation historique des obédiences.

On est alors devant la problématique suivante :

1/ Soit on ne retient que les dates officielles de création effective des obédiences et le GODF prend date en 1773 et la GLDF en 1894,

2/ Soit on examine les faits, leurs dates et l'on recherche les éléments indiscutables de ces filiations. Dans ce cas, le GODF prend ses origines en 1728 et la GLDF les siennes en 1821. 

Certes, il est toujours possible d'essayer de tordre les faits mais ce n'est pas sans conséquences sur la crédibilité de la démarche...

 

Encore une fois, et en conclusion, nous devons mettre nos efforts à dissiper l'amalgame et la confusion, et notamment sur les captations du patrimoine historique qui, une fois acté, devrait être commun à toutes les franc-maçonnes et à tous les franc-maçons...

- L'Ecossisme n'est pas le qualificatif qui correspond au REAA puisqu'il correspond à une tradition du 18° siècle ! 

- Les "Anciens" sont plus récents que les "Modernes", dans la querelle de 1751

- Le Rite Français (1730) préexiste au REAA (1804), y compris dans ses Hauts Grades (1786)

- L'antériorité historique revient au GODF (1728), celle de la GLDF remontant à 1821.

Voila quelques outils pour comprendre.

   
Gérard Contremoulin
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Commenter cet article

Annie-Claude 27/02/2013 22:48


URGENT! J'aimerais utiliser votre dessin de Sisyphe pour une présentation Powerpoint qui sera présenté au colloque Acadie-Québec lundi prochain. M'en donnez-vous l'autorisation? Merci!
Annie-Claude Prud'homme

sous la Voûte étoilée 28/02/2013 05:04



Bien sûr...



Christophe 18/02/2013 18:35


N'étant pas du GOdF, je ne sais quelle position est/sera la sienne concernant cet accro, minime?, à la règle de la réciprocité.


Tout dépendra 1/des textes liant les deux obédiences, 2/des analyses qu'en font certainement leurs "états-majors" respectifs, 3/ de leur politique propre à moyen terme.


 


A mon petit avis, c'est le mouvement qui se dégage sur la ligne du temps qui fait craindre un dénouement peu favorable à la franc-maçonnerie générale de nos pays. Cependant, je pense que les
maçonneries libérales et/ou adogmatique devraient s'en sortir assez bien, parce que d'une certaine manière, les mouvements centrifuges des années 1950 qu'elles ont plus ou moins connues ont fait
largement le ménage. C'est au niveau des "réguliers" que les mouvements centrifuges se sont fait aujourd'hui jour.


Pourquoi ?  Il me semble (?) que, peut-être, les problèmes liés à l'agglomération des mécontents sur les "réguliers" durant les années 50 n'ont pas été réglés à ce niveau.


Et là, le fait pour la GLdF de se ré-agglomérer avec les "mécontents" de 1950 (partis de chez elle), devenu les mécontents de 2012, est très paradoxal.


 


NB: c'était une loge pratiquant le rite français :-)

patrocle 18/02/2013 17:08


Après la presque feue GLNF, il semblerait que ce soit au tour de la GLDF d'être dans le collimateur du GO. Peu importe. Même si nous devions nous éloigner de sa Direction, c'est toujoours avec
sympathie et fraternité que nous recevrons les "GO de base" que nous reconnaissons comme Francs-Maçons.

sous la Voûte étoilée 19/02/2013 10:25



Que voilà une bien curieuse iversion des termes !


La GLNF de Stifani s'est très bien débrouillée sans le GO pour se mettre dans cet état !


Quant à la GLDF, elle a choisi toute seule de se lier les mains sur la base de la Déclaration de Bâle, sans que le GO n'y soit pour quoi que ce soit...



Christophe 18/02/2013 13:28


Ce révisionnisme historique est fort triste, parce qu'il occulte la richesse maçonnique de nos origines.


Ceci dit, pour être plus précis encore: (le terme rite est un véritable anachronisme)


Le "rite" moderne est le rite de la Grande Loge de Londres, sa première divulgation "complète" est celle de Pritchard "Masonry dissected" de 1730.


On peut le trouver sur google livre: 


http://books.google.be/books?id=4C9cAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=Masonry+dissected&hl=fr&sa=X&ei=4BgiUcSXLMWChQfC4ICYDg&ved=0CDMQ6AEwAA


 


Certains puristes me diront qu'il existe d'autres divulgations partielles antérieures.


Ce "rite moderne" va donner un vrai rite avec hauts-grades, qui est le rite français.


 


Pour ce qui est de la première divulgation du "rite" des ancients, ce sont les Three distinct knocks de 1760.


On le trouve également sur Google livre:


http://books.google.be/books?id=6y9cAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=three+distinct&hl=fr&sa=X&ei=xBoiUfZigriEB77zgegP&sqi=2&ved=0CDMQ6AEwAQ


 


Pour reprendre René Desagulier, on remarquera que les trois grandes lumières sont (il suffit de lire les textes):


pour les "modernes": le soleil, la lune et le VM,(p 10)


et pour les "ancients": la bible, l'équerre et le compas (p17).


 


On remarque immédiatement que nos amis anglais ont mis en avant pour leur "régularité" les trois grandes lumières des "ancients" ! (donc ce qu'il a de plus "récent" :-)


 


Et que celles et ceux qui pratiquent le rite moderne (français), elles et ils liront la proximité de leur rituel (s'il n'a pas été trop modifié?) avec la divulgation de 1730 ! Et si la proximité
n'est plus assez perceptible à leur goût, rien ne les empêche (au GOdF comme au GOB, du moins) de resserer un peu leur rituel si tant est qu'elles et ils en éprouvent l'envie  :-)


(Je pense que la diversité est une richesse, et qu'il n'y a pas qu'une vérité rituélique!)


La semaine passée, j'était dans une loge GOdF où j'ai eu le plaisir de vivre une ouverture et fermeture impeccablement réalisée :-)


 

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