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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

31 Oct

Le 20 octobre : colloque au Parlement européen de Bruxelles

Publié par sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Europe et International

Quel dialogue voulons-nous construire, nous organisations philosophiques et non confessionnelles, avec l'Union européenne ?

 

Tel était le thème de la Conférence publique dont Véronique De KEYSER, députée européenne socialiste de Belgique, avait pris l'initiative ce jeudi 20 octobre, au Parlement européen de Bruxelles.

Dans son invitation, Mme De KEYSER présentait ainsi cette Conférence. Il s'agissait de définir une stratégie des organisations laïques européennes, tout en s'interrogeant sur le sens que recouvre le terme de "non confessionnelles", pour répondre aux dispositions de l'article 17 du traité de Lisbonne, et plus spécialement de son alinéa 3, qui établit, depuis le 1° décembre 2009, cette réalité :

1. L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit natinal, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres.

2. L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionelles.  

3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

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Certaines organisations, invitées à prendre la parole, ont décliné l'invitation :

- la Fédération Nationale de la Libre Pensée pour qui les institutions européennes ne sont pas démocratiques, et qui a considéré qu'elle n'avait pas à participer à cette conférence,

- le Grand Orient de France qui, bien que le Conseiller de l'Ordre chargé de l'Europe ait été présent, ne prendra pas la parole !!!

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 De Keyser Véronique De KEYSER, en introduction, soulignera le paradoxe qui consiste pour les laïques, et malgré les oppositions qu'ils ont pu manifester au Traité de Lisbonne, de se saisir de cette nouvelle disposition pour faire entendre la voix laïque au niveau des trois instances de l'Union européenne que sont la Commission (présidée par José Manuel Barroso), le Parlement (présidé par Jerzy Buzek) et le Conseil (présidé par Herman Van Rompuy).    

Invités, les trois présidents avaient déclinés l'invitation, préférant ne pas intervenir dans notre réflexion. Seul le Président Van Rompuy est représenté par M. Michel PRAET, membre de son cabinet. En fait, ils semblent diverger sur  la manière de traiter les représentants des organisations laïques par rapport à ceux des religions, en substance, les recevoir dans le même temps ou après. Même divergence sur la nature du dialogue, ouvert ou non. Elle conçoit cette situation comme une phase dynamique d'ouverture du dialogue prévu par l'article 17, comme une opportunité à saisir.

S'agissant du Parlement, le vice président chargé de ce dialogue, M. Laszlo Tökes, est un ancien évêque de l'église réformée de Roumanie ! Pour mieux le connaître, il n'est pas inutile de lire son premier communiqué après son élection, et notamment le point 5 de ses priorités : "l'Europe chrétienne ! ses valeurs spirituelles, religieuses et morales".

Et, cerise sur le gâteau, dans ce contexte, la question du contenu de la Laïcité est souvent posée aux parlementaires. Lors d'une précédente conférence qu'elle avait organisée sur le thème de  "Science et croyance" elle avait aborder quelques éléments de réponse.

Aujourd'hui, c'est l'application de l'article 17 qui est à l'ordre du jour. Participer à ce dialogue, oui mais Comment ?

 

Les intervenants :

Intervenants3

Denise OBERLIN - Sophia In't VELD - Véronique De KEYSER - Pierre GALAND - Nadia GEERTS - Jean-Michel QUILLARDET - Michel PRAET

 

Sophie Int'Vold Sophia In't VELD, députée européenne de Hollande, coordinatrice d'une plateforme qui regroupe des organisations qui revendiquent la Laïcité en politique. Pour l'organisation du dialogue de l'article 17, elle aborde deux aspects :

1/ la charge de l'organisation repose sur les institutions européennes. Or ce travail n'est pas fait convenablement.

Le Président Barroso (Commission) l'a présenté comme la conférence annuelle des dignitaires religieux. Ce qui pose plusieurs questions : Sur quelle liste ? Pourquoi dans la forme d'un sommet ? Quid des non-croyants ? Quid des minoritaires dans les religions ? De plus, cette approche est conservatrice, presqu'exclusivement masculine, mais surtout elle meconnaît complètement la représentation des 500 millions de citoyennes et de citoyens européens... Ca commençait mal. Sur pression des parlementaires, il a changé son fusil d'épaule mais avec beaucoup moins d'enthousiasme !

Le président Buzek (Parlement) s'est attaqué au problème. Mais pourquoi seulement le président ? C'est l'affaire de tous les parlementaires. Elle propose : de faire nommer un 2° Vice Président chargée de la Laïcité européenne, de sortir du cadre habituel des discussions du Parlement, de se doter de moyens techniques pour informer bien au delà des habitués du Parlement, c'est à dire les réseaux sociaux...

2/ Beaucoup de laïques ne sont pas organisés. Et elle l'explique par le fait que cette catégorie des "non religieux" n'est pas judicieuse. En effet, on n'organise pas les "non religieux" comme on le ferait avec les philatélistes... Et dans le même temps, les laïques sont sous organisés. La voix laïque n'est pas audible et il faut mettre nos forces en commun. On ne peut pas se permettre de ne pas le faire. Les Laïques, même s'ils n'ont pas l'habitude de travailler ensemble, doivent faire front commun.

Sophia In't VELD fait remarquer que la Commission ne respecte pas l'article 17 qui indique que l'on ne "préjuge pas"... Or, elle fait sa propre sélection en jouant sur le statut particulier de l'église catholique. Elle exploite son statut d'Etat pour lui accorder une position privilégiée. De plus, ces relations manquent également de transparence et se concentrent sur une liste très restreinte de sujets :  famille, femme, homosexualité, liberté d'expression et rien sur les autres sujets ! Or il y a aussi des problèmes à évoquer, par exemple sur les droits fondamentaux. 

 

Nadia Geerts Nadia GEERTS, présidente de RAPPEL ( Réseau d'Action pour la Promotion d'un Etat Laïque), évoque 3 questions, d'une façon très claire et très synthétique :

1/ Quelques principes : l'Etat n'a pas à s'occuper des consciences. On peut être non religieux sans être pour autant laïque.

2/ Quelques problèmes de fonctionnement : la définition du périmètre des organisations "non confessionnelles",

3/ Une ligne de conduite : pragmatisme et Laïcité.

On pourra retrouver la philosophie des propositions de Nadia GEERTS sur le site de son association "RAPPEL".

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P. Galand Pierre GALAND, président du Centre d'Action Laïque et vice-président de la Fédération Humaniste Européenne rappellera qu'il ne comprend pas le refus de la Libre Pensée d'être présente et de profiter de la tribune qui lui est proposée.  Il précisera en quoi les laïques se distinguent des religieux : ni dogme, ni pouvoir central, mais partagent des valeurs citoyennes (libre examinisme, libre pensée), se reconnaissent citoyens libres et égaux entre eux et non prosélytes. Il recommandera d'avoir présent à l'esprit le panorama des relations Eglises-Etat dans les autres pays européens et observera néanmoins que 40% des citoyens européens se déclarent non rattachés à une religion. Ils ne seraient donc pas concernés par l'article 17 qui utilise le concept de "non-confessionnel".

Citant H. Pena Ruiz "la foi tente de modifier la loi", il considérera qu'il faut faire évoluer la charte des droits fondamentaux puisqu'au nom du principe de précaution des médecins italiens aujourd'hui refusent de pratiquer des avortements, ou encore lorsqu'elle permet la promotion du créationnisme ou encore la condamnation du blasphème. Il faut faire comprendre comment et pourquoi le discours des laïques est différent de celui des religieux, pourquoi nous avons un autre projet de société. C'est une éthique que nous avons à partager.

Il se résumera ainsi en forme de questions : nous avons des sujets à investir par rapport à la Charte, comment les défendre, avec qui, qui rencontrer, quelle structuration par raport à celles des religieux qui sont de véritables machines de guerre ? 80% des subventions publiques vont aux ONG catholiques ou protestantes... Dans les domaines de la Santé, de l'Education, de 'Europe sociale, nous avons à nous positionner sur l'obligation de servir, à égalité, des services publics de qualité dans tous les pays de la Communauté européenne.

Il terminera en insistant sur la question de la Communication qui doit nous permettre de nous mettre en ordre de marche pour nous faire entendre.

 

M.-Praet.gif Michel PRAET, membre du cabinet du Président Van Rompuy, interviendra pour exprimer la différence qu'il fait entre la Laïcité "politique" et la Laïcité "philosophique". Il évoquera une spiritualité laïque et agnostique et parlera d'un "monde de la non matérialité". Ses propos seront accueillis avec une courtoise bienveillance toute diplomatique...

 

Au cours d'un premier débat, Pierre GALAND reviendra sur la nécessité de prendre en compte l'histoire des pays membres. Il rappellera que la Belgique n'a pas de "loi de 1905", non pas qu'elle n'ait jamais été proposée mais elle n'a jamais été votée ! C'est ainsi qu'il existe des syndicats chrétiens et des syndicats catholiques. Il appellera à la vigilance quant à la demande des présidents qui souhaitent l'expression d'une "spiritualité européenne" ! Il faut refuser cela. Pour nous, seule existe la Démocratie. On peut débattre de l'Ethique, des questions sociales, démocratiquement !

Nadia GEERTS explicitera cette idée par l'existence de courants de pensée qui élisent leurs représentants. Pas besoin donc de faire double emploi en créant des "groupes séparés", à coté des parlementaires.

 

D. Oberlin Denise OBERLIN, Grande Maîtresse de la GLFF, présidente de l'Institut Maçonnique Européen, commencera par dire sa préférence pour l'expression "organisations civiles et laïques" plutôt que "non confessionnelles".

Elle fera des propositions d'organisations comme la "consultation" des organisations, quelques thèmes à aborder et soulignera les handicaps à ce dialogue : la primauté accordée aux dogmes qui ne permet pas d'avoir une réflexion complète, les droits des femmes alors que les inégalités sont accentuées par la crise, la nécessaire amélioration de la Charte des droits fondamentaux dans un sens contraignant et notamment le droit à l'éducation.

Elle soulignera l'intérêt de la plateforme évoquée par Sophia In't VELD.

Elle concluera par le souhait de voir mise en place une nouvelle cellule de veille.

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JMQ Jean-Michel QUILLARDET, président de l'Observatoire International de la Laïcité et des dérives communautaires, rappellera qu'il préfère lui aussi, à la différence de la Libre Pensée, occuper le siège qui lui est proposé. Il rappellera les principes juridiques de la Laïcité en ces termes : c'est l'incompétence de l'Etat vis à vis des religions et l'incompétence des religions vis à vis de l'Etat. Il ne s'agit donc pas de réserver la Laïcité à ceux qui ne croient pas, elle concerne tous les citoyens. Dans l'espace public, on oublie ses spécificités pour faire cause commune, ce qui est fondamentalement différent des communautarismes qui revendiquent des droits particuliers.

Evoquer les "racines chrétiennes" revient à figer, à enfermer alors qu'il existe des sources multiples en Europe. Il ne faut pas entendre par religion la seule cléricature religieuse mais il faut surtout voir le rôle de la Foi qui, dans l'histoire, cherche à s'imposer par la force, cf. l'Inquisition. A ce titre, elle est intentatoire à la liberté de conscience.

Il reviendra sur le statut particulier de l'église catholique, à la fois religion et Etat, qui lui permet d'intervenir aussi sur le plan diplomatique ! Cette confusion est lourde de conséquences dans l'Union européenne.

Il pointera une autre confusion, celle qui consiste à amalgamer la place de l'Homme et la démarche transcendentale. Mais il existe, à coté d'autres démarches : l'athéisme, l'agnosticisme, le positivisme. Or, on ne prend jamais en compte ces concepts philosophiques. Au contraire, certains politiques, dans tous les camps, ont remis la question du religieux à l'ordre du jour. On se souvient du discours du Latran et la comparaison entre l'instituteur et le curé.

Il évoquera aussi la montée de l'Islam, qu'il explique non seulement par un développement des populations, mais surtout par l'abandon d'une partie de la population aux conséquences de la crise, par le fait de résider dans des espaces déshumanisés alors qu'on leur avait présenté leur présence en France comme un eldorado. Ces populations se sont tournées vers d'autres "chimères". Il ne faut pas confondre, toutefois, Islam et islamisme, le spirituel et le temporel.

Alors, quel dialogue ? Si on accepte une conception laïque de l'Europe, on n'a pas besoin de rédiger un article 17 ! Mais il existe, alors il faut y aller ! Dans ce dialogue, les partenaires des institutions européennes sont de trois types : les associations religieuses et non confessionnelles, les associations ayant une conception du monde non religieuse et les associations de défense du principe de Laïcité. Certains sujets montrent leurs "différences" : la question du genre, la recherche sur les embryons, etc. Il fera deux propositions : un dialogue portant sur l'ensemble de la Société et un dialogue de type rencontre sur le principe de Laïcité entre les organisations religieuses et les organisations de défense de la Laîcité, c'est-à-dire des débats-confrontations sur les questions saillantes.

 

Au cours d'un second débat, Catherine PICARD, présidente de l'UNADFI souhaitera élargir le champs de l'action laïque aux sectes en faisant remarquer que le terme "organisations" du 3° alinéa leur permet d'être membres du BEPA, ce qu'elles sont depuis le début. Elle évoquera les dérives sectaires qui constituent de réelles menaces qui pèsent sur les personnes et sur les états membres du fait des différences dans les législations nationales, dans les structures de lutte contre les sectes et du lobbying que celles-ci exercent. Elle signalera l'intérêt de la FECRIS dans la coordination de cette lutte et proposera la coopération de l'UNADFI et de son centre de documentation.

 

Conclusion de Véronique De Keyser en deux points :

1 - Les laïques s'adressent à tous les citoyens, pas seulement à ceux qui partagent une croyance. Le socle de la citoyenneté c'est l'universalité. Dans le contexte de l'article 17 qui ouvre la possibilité d'un dialogue, il y a des thèmes sur lesquels ce que nous avons à dire ne peut l'être que par nous !

2 - Deux types d'organisation sont possibles :

a/ S'appuyer sur la représentativité de nos organisations pour installer les relations avec les présidents.

b/ Tenir compte de la nécessité de répondre dans l'urgence pour les élus. La Plateforme évoquée par Sophia In't VELD pourrait être un cadre propice qu'il faudrait compléter par des systèmes d'alertes, par exemple l'Institut Maçonnique Européen.

 

Véronique De Keyser donnera une dernière information, préoccupante, sur LE sujet d'actualité, le Fonds Européen et pour lequel circule actuellement un projet. Il s'agirait de le réserver aux pays qui réussissent le mieux sur le plan économique !!! Les pays riches n'aideraient donc que les pays que le sont déjà mais juste un peu moins !

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Cette conférence publique a réuni plus d'une centaine de participants, principalement français, belges, hollandais, espagnols. Nous connaissons les difficultés du mouvement laïque à unir ses forces. Tout l'intérêt de cette initiative de Véronique De Keyser, militante infatigable de la laïcité en Europe, aura été de vérifier le niveau d'engagement des défenseurs de la Laïcité dans sa dimension européenne. Lorsque l'on prend conscience de l'état du rapport de force auquel nous sommes confrontés, lorsque l'on prend conscience des moyens (humains, financiers) et des complicités objectives dont les religions bénéficient au niveau de l'Union, on conçoit que la force qu'il faut opposer n'a plus rien à voir avec une atmosphère de fin de banquet, même républicain ! C'est une vraie mobilisation laïque qu'il faut organiser, ce sont de vrais moyens humains et financiers qu'il faut réunir, ce sont des méthodes et des spécificités qu'il faut mobiliser. Tout l'enjeu de l'initiative de Véronique De Keyser est de réussir à rassembler, autour d'une stratégie offensive européenne, les partenaires laïques.    

Une phrase qui résume cette conférence :

pour faire entendre la voie de la Laïcité en Europe, structurons-nous !

A suivre...

Si les intervenants souhaitent m'adresser le texte de leurs interventions, ils seront les bienvenus.

 

Gérard Contremoulin

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