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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

09 Nov

GODF - GLDF. 1943-1945, quand la fusion était à l'ordre du jour.

Publié par sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Obédiences

Processus-de-fusion.png 

Serait-il coupable de penser que le GODF et la GLDF ont vocation -ensemble- à irriguer la complémentarité de deux courants historiques qui compose la franc-maçonnerie en France ?

Irriguer, c'est-à-dire alimenter les recherches, nourrir les travaux, fortifier les apprentissages, bref approfondir la transmission d'une tradition maçonnique qui prend aujourd'hui plusieurs voies mais qui n'en reste pas moins la franc-maçonnerie française.

Le propos n'est pas de reprendre la controverse sur les origines, mais d'évoquer les fréquents allers et retours entre ces deux courants. Et pourquoi pas, d'émettre l'hypothèse que les tensions actuelles seraient la énième phase de cette irrigation. D'autant que l'état de ces tensions rend improbable, voire incompréhensible surtout aux plus jeunes de nos frères, ce qui pourtant a été possible dans l'histoire : une perspective de fusion !

De même qu'elle a permis que des frères ennemis en politique scellent un pacte d'action pour la libération du pays, la Résistance a fait éclore un projet de "fusion" des deux obédiences dissoutes par Pétain en même temps, le même jour, le 19 août 1940 en application de la loi du 13 août !

Dès 1940, des francs-maçons, Soeurs et Frères, s'engagent dans la Résistance* pour la libération du pays en intégrant des réseaux comme Franc-Tireur, Combat ou Libération,voire en en constituant un, Patriam Recuperare.

En Juillet 1943 des conversations ont lieu pour envisager les conditions de reconstitution de la franc-maçonnerie dans un "Ordre Unifié".

En septembre, le "Comité d'Action Maçonnique", constitué par des frères résistants, travaillant ensemble dans la clandestinité, estime légitimes et conformes au souhait exprimé par ses membres. Un "comité d'initiative" paritaire et composé de huit membres, est mis en place. En sont membres les frères Baylot, Soubret, Virmaud et Corneloup pour le GODF et les frères Cauwel, Riandey, Buisson et Marsaudon pour la GLDF.

Au printemps 1944, le CAM adopte le principe de l'unité et proclame dans un texte : "le remplacement du GODF et de la GLDF par une seule Obédience héritière légitime et régulière de leur commun patrimoine spirituel et matériel"**. Il est même envisagé qu'après la Libération des loges provisoires soient constituées. À l'issue de ces travaux, un texte de proposition est rédigé par Joannis Corneloup pour servir de base à la fusion intitulé "Proposition pour la fusion du GODF et de la GLDF".

Extraits :

« Parmi les multiples problèmes qui requièrent notre attention, celui de la reconstruction de la Maçonnerie est un des plus urgents et des plus complexes. Même s’il ne s’agissait que de réveiller purement et simplement les anciennes obédiences, il y aurait lieu, du fait des circonstances exceptionnelles et notamment de la disparition des archives et des documents, d’envisager la prise de dispositions préventives aussi délicates qu’indispensables. Mais la grande majorité des Maçons estime que le moment est favorable pour réorganiser la Maçonnerie en la rénovant sur le plan général ci-après :

1 – Réaliser en France l’unité sur la base des traditions de l’Ordre, la réalisation de cette unité impliquant essentiellement le remplacement du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France par une seule obédience, héritière légitime et régulière de leur commun héritage spirituel et matériel.

2 – Constituer cette obédience sur les principes maçonniques réguliers qui lui permettront de prendre place au sein de la Maçonnerie universelle. »

.../...

« La tâche est considérable. Elle ne peut être menée à bien que si les Maçons s’imposent discipline et méthode, chacun faisant abstraction de ses préférences particulières, pour permettre une harmonieuse réalisation conforme à l’idéal général de la Maçonnerie. Il importe d’adopter premièrement un processus d’action pratique et efficace. Quelles que soient les modalités dans leurs détails, elles aboutissent toutes dans l’ensemble à la création d’un organe central provisoire réalisant déjà dans son sein la fusion réclamée par les Maçons, et qui sera chargé d’élaborer les textes à soumettre à la ratification d’assemblées régulièrement constituées.

A cet effet, un groupe de Maçons des deux obédiences, comprenant notamment la majeure partie des membres du Conseil de l’Ordre et du Conseil Fédéral qu’il a été possible de toucher, a constitué un Comité d’Initiative qui a étendu ses ramifications dans presque tout le pays.

Ce Comité fait appel à tous les Maçons possédant la Maîtrise et qui désirent voir aboutir le programme exposé ci-dessus.

Il leur demande :

1. De rallier les Loges provisoires régionales et locales déjà en voie de constitution et comprenant à la fois les Maçons du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France. Ces Loges provisoires seront les héritières légitimes des anciens Ateliers des deux obédiences.

2. De constituer de semblables Loges provisoires là où cela n’a pu être fait encore, et de se mettre en rapport avec le Comité. »

 

Mais cet élan va se briser.

La GLDF commencera par préférer que les circulaires communes soient envoyées par voies séparées. Le 18 septembre 1944, son Conseil Fédéral s'estimera incompétent pour statuer sur la constitution d'un exécutif commun provisoire et le 28, il renverra cette décision à son prochain convent.

Pendant ce temps, sur la période de l'hiver 1944-45, le GODF soumet la proposition de fusion à ses loges qui l'acceptent.

Les convents des deux obédiences vont se tenir simultanément, du 17 au 20 septembre 1945. Et lors de son discours introductif, le Grand-Maître de la GLDF, Michel Dumesnil de Gramont, se prononcera contre le projet. Le convent ne sera pas appelé à se prononcer explicitement puisque, de tradition constante à l'époque, ce discours constitue le rapport moral, et est adopté sans vote. Le projet de fusion avait vécu !

Et pourtant, des traces de ce qui permit ce processus subsistent aujourd'hui. A titre d’exemple, rappelons que « Patriam Recuperare » est une loge du GODF et que « Pierre Brossolette » est le nom patronymique d'une loge du Grand Orient d France ET d'une loge de la Grande Loge de France. Les visites entre elles sont régulières et fréquentes et les liens fraternels entre leurs membres sont solides.

Faudrait-il, pour des raisons bien subalternes par rapport à l'idéal des valeurs transmis par ce frère au péril de sa vie, faudrait-il les contraindre à ne plus se visiter aujourd'hui ?

__________

* voir : "La franc-maçonnerie sous l'Occupation - Persécution et résistance (1939-1945)", André Combes, Éditions du Rocher, 2001.

** : voir "Les relations internationales de la franc-maçonnerie française", Alain Bauer et Jean-Claude Rochigneux, Armand Colin, 2010.

Gérard Contremoulin

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Christophe 09/11/2013 21:02


"Histoire et cause d'un echec" est le livre de Corneloup relatant cet épisode.


Ce n'est pas la première fois que des discussions de "fusion", "fédération", "confédération" ont eu lieu entre les deux obédiences. Elles ont fait en général, de la part de la GLdF, à la fois
l'objet de rejet à priori au nom de l'arrogance hégémonique du GOdF et néanmoins de discussions. Il y a là une ambiguïté que les tailles respectives de l'époque peuvent probablement expliquer.


Ce qui a fondamentalement changé, ce sont en effet les poids respectifs. Le GOdF n'est plus l'obédience prépondérante (jusqu'à 80% de la maçonnerie française), mais seulement l'obédience
principale. La GLdF possède une taille qui lui permet une véritable indépendance, et donc d'une position de défense avec des actions très peu lisibles d'avant-guerre, elle est passée à
l'offensive pour la seconde fois. Une première fois dans les années 50 avec un clach pour elle. Aujourd'hui elle est plus forte, et donc on ne sait pas.


 


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