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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

13 Nov

Spiritualité laïque : innovation, alliance de mots ou contresens ?

Publié par sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Laïcité - Religions

Depuis que le ministre de l'Education Nationale, Vincent Peillon, a réintroduit dans les préoccupations officielles la notion de "morale laïque", ce sujet a fait florès. Certains y ont vu le retour de l'apprentissage des devoirs à coté de celle des droits ! Et pour nourrir cette initiative, on a même fait appel à la "spiritualité laïque" ! C'est alors que l'on a probablement tutoyé le contresens absolu !

 

 penseur1.jpg  

Le Penseur de Rodin

 

Pourquoi et dans quel objectif veut-on associer ces deux termes ?

Veut-on dire que la Laïcité, comme les religions, serait susceptible de définir des obligations au nom d'une transcendance ? S'il en était ainsi, alors il y aurait un "catéchisme" de la Laïcité qui transmettrait une loi morale...

Catherine Kintzler parle là de contresens dans un article de son Blog "Mezetulle" en 2009 dont je prends cet extrait de l'introduction : "si par « spiritualité » on entend ce qui relève d’une aspiration à la transcendance – telle qu’on la trouve dans beaucoup de religions – parler de « spiritualité laïque » serait un contresens, car ce serait situer la pensée laïque sur le même plan qu’une croyance religieuse."  

Veut-on parler d'un "retour au primordial", sorte d'adhésion à des normes incontournables où l'introduction de la Laïcité jouerait un rôle d'atténuation de la référence à la Transcendance, transformée en un rituel de quotidienneté ?  Mais toute tentative de banalisation dans ce domaine est vouée à l'échec puisqu'on reste dans le domaine de la Transcendance, un peu comme ........ 

Veut on parler d'un oxymoron comme le chercheur italien Lumare Giusi, qui a publié une thèse : « La spiritualité laïque et l'éducation. De la pensée de J. Krishnamurti à la recherche action dans une école italienne », sous la direction de René Barbier. Elle convoque tour à tour Henri Pena Ruiz et Jiddu Krischnamurti, pour trouver dans la "philosophie" de ce dernier la condition pour atteindre la spiritualité laïque, reconstruction de l'unité de la conscience... cette quête d'un "homme nouveau à naître" !!!

Veut-on parler d'une "nouvelle" spiritualité ? Le champs d'investigation de l'intelligence humaine est certes sans limite et l'on peut beaucoup penser la quête d'un absolu qui se situerait aux confins de nos imaginations... Encore que cette démarche façon New Age, nous a déjà conduit sur les rivages obscurs de l'irrationnel. Les "nouvelles spiritualités" désignent depuis, purement et simplement, les sectes et leurs ribanbelles de charlatans.      

Veut-on parler, comme il existe une école sans dieu, celle de "la Gueuze" (la République), d'une spiritualté sans Dieu, comme André Comte-Sponville ? C'est une thèse qui est certes alléchante mais qui reste située dans les murs du religieux et semble attester qu'on ne peut même envisager de parler de spiritualité indépendemment de l'évocation de Dieu, ne serait-ce que pour le nier !!! On trouvera ici un interview croisé avec Matthieu Ricard (l'interprete français du Dalaï Lama)... 

Veut-on parler de la volonté de trouver une place à la laïcité, qui serait acceptable par ceux qui précisément n'en veulent pas telle qu'elle est ? Veut-on la transformer pour la rendre ainsi tolérable par les tenants d'un univers du spirituel, loin des conditions concrètes de la vie sociale ? Ce serait là encore un contresens car la laïcité est précisément un ensemble de règle de la vie sociale qui exclut toute volonté d'hégémonisme mais qui n'est pas non plus un oecuménisme. La Laïcité n'est pas une démarche spirituelle de plus mais un cadre social qui les permet toutes... 

Et, enfin, pourquoi ne pas dire, directement qu'un franc-maçon n'a pas, forcément, besoin d'une béquille, fut-elle "spirituelle" pour "maçonner"...      

   

Et si, beaucoup plus simplement, on parlait de "pensée laïque", une bonne manière de penser laïque... 

 

Gérard Contremoulin

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Commenter cet article

Christophe 15/11/2012 11:53


Il me semble ? que le pinaillage, qui n'en est pas un ... montre une construction de la laïcité qui n'est pas la même.


Qui dit construction, dit évolution au cours du temps.


La construction de la laïcité est inséparable de la construction de l'État.


Et de ce point de vue la situation a été très différente en France et en Belgique.


Il me semble que la laïcité politique française s'est enraciné avec la 3ème république.


La laïcité belge s'est enraciné, pour la même époque, sous un gouvernement catholique homogène, revenchard pour ses débuts, jusqu'à la 1ère guerre mondiale. Une des premières mesures de ce
pouvoir ininterompu de 40 ans environ a été d'abroger la loi sur l'enseignement de façon à remettre l'enseignement catholique au premier plan.


Il est clair, dans un tel espace politique, que la laïcité devait trouver une autre manière de s'exprimer. Elle l'a fait sur le terrain, en s'appuyant sur l'Université libe de Bruxelles
(fondation maçonnique), et sur des Écoles cummunales dont le pouvoir organisateur ne leur était pas défavorable, tels que les écoles de la ville de Bruxelles (mais ce ne sont pas les seules).


Des questions très pratiques se sont posés, et d'abord chez les ouvriers ! Comment ceux qui ne désiraient pas être enterré "à l'église" pouvaient y arriver. Des ligues se sont formés, sur
lesquelles des ligues de l'enseignement, ainsi que de la libre pensée sont nées, etc.


Et donc, la question que je posais dans mon premier post, est en réalité, et à mon avis, fondateur de la laïcité belge:


" Pourquoi devons-nous laisser le mourrant en quête de spiritualité, soit seul, soit aux mains de prêcheurs de quelques religions que ce soient ? "


On comprend aisément le concept d'égalité est central dans une telle évolution.


Au-delà de l'argumentation des post que je trouve très interessante et utile, peut-on accepter qu'il y ait des manières de penser différemment les moyens de la laïcité, pour autant que ses buts
soient concordants ?


En d'autres termes, une séparation nette entre l'État et l'Église (pour simplifier), est-ce un moyen ou un but ?


Il me semble que ce n'est qu'un moyen, le but étant l'homme et sa place dans la société ?!


Bonne journée,


Christophe

sous la Voûte étoilée 16/11/2012 01:54



Peut-être qu'effectivement une bonne manière d'évaluer les pays par rapport à la laïcité serait d'examiner les rapports entre les Etats et les religions. La règle de la Séparation
deviendrait alors l'aune de la Laïcité. De plus, l'histoire de cette relation Etat-Religion est celle d'une longue recherche de la séparation.



mong 15/11/2012 08:53


« Je dois être un peu bouchée »

ou moi pas assez clair; il est évident que le format "blog" n'est pas le plus approprié pour dérouler des raisonnements sur la longueur...

« (il faut dire que l’échange serait plus facile de vive voix) »

Si le propriétaire des lieux veut bien vous transmettre mon email, je serai ravi que nous poursuivions sous la forme de la conversation !

Sur l'histoire de la rupture d'égalité : je voulais juste dire que la vie de tous les jours en est pleine, et que la loi s'en accomode bien tant que l'intérêt général est respecté. Le curseur est
à l'appréciation du juge. Si j'ai pris l'exemple de la veuve du prêtre alsacien, ce n'est pas tant pour parler du concordat que pour noter que l'arrêt du juge stipule explicitement que l'intérêt
général ne justifie pas une telle rupture d'égalité [ si le droit canon était respecté ]. Je reconnais que c'est un exemple glissant :-)

Pour ce qui est du vêtement, vous mettez le doigt sur ce qui nous sépare : il n'y a pas de différence fondamentale entre la laïcité telle que traduite dans la loi de 1905 et l'ordre public. A
vrai dire, le point fondamental de cette loi réside justement dans le premier article : « dans l'intérêt de l'ordre public ». En gros, tout est permis, à condition de ne pas contrevenir à l'ordre
public, qui lui est défini par l'époque, le législateur, etc...

La laïcité n'est pas l'indifférence aux convictions métaphysiques, elle est  :
- la garantie que la liberté de culte, et d'expression par extension, respecte l'ordre public, quelqu'en soit sa définition,
- la séparation du politique et du religieux (C. Boutin et Mgr 23 peuvent dire la même chose, seule C. Boutin est soumise au suffrage),
- la protection de l'enfance, via l'instruction publique, qui a un rôle émancipateur de l'origine sociale et culturelle.

« Le message du vêtement ne s’impose pas à ceux qui le voient »

Je ne suis pas d'accord avec vous : le message m'est imposé dans la rue, malgré moi. Quant au balsphème, il est interdit de fait s'il trouble l'ordre public : imaginez une procession autorisée
par le préfet et un individu sur le chemin criant des obscénités (religieuses), la police est tout à fait légitime à l'interpeler et le juge à le condamner pour trouble à l'ordre public. Il y a
des différences de degrés dans toutes ces notions, pas des différences de nature.

« Excusez moi si j'ai l'air de pinailler »

non seulement je vous excuse bien volontiers, mais de la contradiction peut naitre la clarté (mon hégélianisme s'arrête juste ici :-) ) et je vous suis reconnaissant de bien vouloir me
l'apporter. Je reconnais ne pas être toujours très clair, mais je me  sens un peu gêné aux entournures par le format (sans offense pour le propriétaire des lieux !)

Caroline Thaon 14/11/2012 23:47


Je dois être un peu bouchée (il faut dire que l’échange serait plus facile de vive voix) mais je ne comprends toujours pas l’histoire de la rupture de l’égalité. Je ne vois pas quel débat le
principe de laïcité ouvre sur les ruptures d’égalité ? et l’exemple de la veuve du prêtre me laisse encore plus perplexe étant donné qu’en l’occurrence, une fois posé le principe de
séparation de l’Eglise et de l’Etat, il n’y a pas débat du tout ? (Le débat serait lié en fait au principe de séparation lui-même, étant donné le régime concordataire : donc ce n’est
pas la laïcité qui peut éclairer le débat puisque c’est sur elle qu’il porte !)


 


Sur un autre point, on dit bien la même chose sur le sujet du vêtement : le problème n’est pas le vêtement, mais le message qu’il porte, et c’est là qu’on se sépare parce que c’est là qu’on
quitte (sans s’en apercevoir ?) le sujet de la laïcité pour aborder celui de l’ordre public. Au nom de quoi la laïcité, c’est-à-dire l’indifférence aux convictions métaphysiques,
pourrait-elle justifier que l’on se préoccupe d’un message prosélyte, puisque justement on y est indifférent par principe ? Le message du vêtement ne s’impose pas à ceux qui le voient, il
n’est accompagné d’aucune autorité et d’aucune contrainte, il relève de la pure liberté d’expression. C’est valable également pour un T-shirt islamophobe : s’il est interdit ce sera (si on
est logique) pour des raisons d’ordre public et non pour des raisons de laïcité. Et c’est à ce titre également (pour préserver l’ordre public) que d’aucuns jugeraient judicieux d’interdire le
blasphème… Bref, on peut discuter de l’opportunité d’interdire ceci ou cela, mais quand on interdit une expression ce n’est pas le principe de laïcité, entendu dans son sens historique de
garantie d’une liberté de conscience absolue, qui s’applique.


 


Excusez moi si j'ai l'air de pinailler, mais en fait je rencontre souvent cette difficulté à me mettre d'accord en principe avec des gens dont par ailleurs je partage les convictions
opérationnelles, si j'ose dire. Je pense que cela vient d'une différence de sensibilité (l'égalité républicaine a tendance à me paraître moins menacée que la liberté non moins républicaine).
 

mong 14/11/2012 19:19


l était un peu exagéré de définir « spiritualité laïque » par « domaine de la pensée généré par le concept de laïcité »  »
Vous noterez que j'ai dit « génère du contenu » pour être plus précis (moins précis en fait) et ne me suis pas limité comme dans mon premier post à « génère de la pensée ».

« La pensée autour du concept de la laïcité ne se limite pas à des questions de développement personnel. »

Ce n'est en aucun cas ce que j'ai dit : j'ai juste souligné que cela était possible (c'est mon cas) et qu'en ce sens il est tout à fait légitime de parler de spiritualité, notamment de par
l'éthique induite.

Sur ce qui justifie une rupture d'égalité, vous pouvez par exemple invoquer des raisons d'essence, dont les racines se situent dans des considérations ''dogmatiques'', comme par exemple
l'infériorité naturelle des femmes, ou de manière générale tout ce qui est invoqué comme « naturel ». Car contrairement à ce que vous  affirmez, il est des cas où la rupture d'égalité se
justifie, notamment quand l'intérêt général est invoqué (c'est une notion floue, mais c'est par exemple celle qui vient d'être retenue dans le cas de la pension de réversion de la femme du prêtre
alsacien).

« Tout ce qu’on peut dire au nom de la laïcité, c’est qu’on n’a rien à dire sur la façon dont les autres s’habillent… »

Ceci est votre point de vue, notamment en ce qui concerne votre vision de la laïcité, mais n'est absolument pas général. Un vêtement peut tout à fait être neutre (dans le sens pas de message)
mais tout autant porteur d'un message dans l'espace public : en ce sens il doit être soumis aux règles d'expression dans l'espace public. La laïcité est une des bordures du cadre qui entoure
l'expression dans l'espace public (imaginez un Tee-shirt faisant l'apologie de la haine par exemple pour imaginer un des autres bords).

« l’adogmatisme est toujours un dogmatisme… »

Ce n'est pas ce que j'ai dit : je ne pense pas que l'adogmatisme existe, mais je ne peux pas le prouver par définition. Par contre, je peux prouver que le GO par exemple n'est pas adogmatique,
car présupposant des valeurs posées apriori, comme la liberté absolue de conscience (valeur que je défend, entendons nous bien !).

Pour revenir au sujet, et si l'on veut insister sur les définitions, la spiritualité peut s'entendre comme ce qui relève de l'esprit ou des valeurs morales. En ce sens, la laïcité est par nature
une contrainte de réflexion qui s'apparente à une éthique, dans le sens « morale choisie ». Elle embrasse l'autre et force l'analyse politique (au sens noble) à prendre en compte la sphère privée
ainsi que son caractère sacré. Et comme cette sphère privée possède une partie matérielle et une partie spirituelle (la liberté absolue de conscience), il existe donc une spiritualité laïque :-)

Caroline Thaon 14/11/2012 15:44


Je voulais juste dire, au sujet de pensée et spiritualité, qu’il était un peu exagéré de définir « spiritualité laïque » par « domaine de la pensée généré par le concept de
laïcité » dans la mesure où si la spiritualité ressortit sans doute au domaine de la pensée, l’inverse n’est assurément pas vrai… La pensée autour du concept de la laïcité ne se limite pas à
des questions de développement personnel.


Je ne comprends pas  bien votre raisonnement sur les questions que permettent le principe laïque ? Par exemple je ne vois pas ce que vous entendez par « qu’est ce qui justifie une
rupture de l’égalité » question que je veux bien me poser avec ou sans principe laïque, mais dont je ne comprends pas l’objet (si on parle de l’égalité de fait, elle n’existe pas ; si
on parle de l’égalité devant la loi, je dirais que rien ne justifie sa rupture; si on entend par rupture de l'égalité le traitement différencié des personnes en fonction de leur situation,
l'expression me paraît tout à fait exagérée).


De même je suis sceptique (mais je sais que ce scepticisme est peu partagé…) sur la pertinence de débats sur le code vestimentaire au nom de la laïcité. Tout ce qu’on peut dire au nom de la
laïcité, c’est qu’on n’a rien à dire sur la façon dont les autres s’habillent… Le débat me paraît en fait biaisé et plein de sous-entendus parce que ce n’est pas la laïcité actuelle qu’on défend
en tordant le nez sur les femmes voilées, c’est quelque chose de beaucoup plus vague et mal défini, qui tourne autour de la crainte que l’on a de voir un jour le principe de laïcité remis en
question en droit (ou, avant cela, en fait) parce qu’à force de laisser occuper l’espace public par des manifestations religieuses on aura permis à une mentalité dogmatique de regagner du terrain
.


Enfin (tout ceci est un peu décousu,  je m’en excuse) je suis bien d’accord avec vous, l’adogmatisme est toujours un dogmatisme… mais c’est le plus petit dogmatisme possible, si j’ose dire.
C’est donc mon préféré !

mong 14/11/2012 09:43


« il désigne couramment un cheminement intérieur en vue du développement d’une personnalité " meilleure " » : en quoi est ce éloigné du monde de la pensée ? Comme je le dis plus haut, la laïcité
induit une autre forme d'appréhension de l'autre dans l'espace public, ainsi que la garantie de l'intégrité de sa propre sphère privée. Elle permet d'envisager la société différemment, les autres
différemment, etc... En soi elle génère du contenu, contrairement par exemple au concept de « liberté », qui n'a pas trop de sens en dehors de « liberté absolue de conscience », ou encore «
démocratie », qui relève plus du moyen d'expression que de la nature du régime (on peut avoir des républiques laïques non démocratiques). Il s'agit bien pour moi d'une définition compatible avec
la spiritualité, permettant un réflexion personnelle en vue de mieux comprendre et accepter les autres, et donc me rendre meilleur.

Ceci dit, je me permet de répondre à votre commentaire du post de Christophe. Vous envisagez une notion « négative » de l'action, ce que je conteste (modestement). En effet il ne s'agit pas de
négation mais de nécessité de justification de l'action.
Pour reprendre votre exemple d'égalité, la vraie question que permet le principe laïque est : dans cette situation, qu'est ce qui justifie une rupture de l'égalité ? Dans l'espace public, la
question devient : qu'est ce qui justifie l'appropriation de l'espace public, ou à quel endroit cesse la sphère privée (vêtements par exemple) ?
La laïcité ne donne pas de règle, elle permet à la collectivité de se prononcer sur ce qui est acceptable, sans préjuger. En ce sens elle est amorale et ne pourra jamais par elle même « imposer
une forme unique comme la version canonique » de quoi que ce soit, ce en quoi je vous rejoins. Mais je m'éloigne de nouveau quand vous parlez des débats suscités : vous comprenez qu'avec ma
définition, la laïcité *doit* générer des débats, car son principe même est de fournir un cadre qui permet la définition collective de ce qui est acceptable, et non ce qui est acceptable en
soi.
Du coup, on comprend mieux le lien entre république (l'existence de la chose publique), laïcité (gestion de l'espace public et respect de l'individu) et démocratie (gestion de la résolution des
conflits dans l'espace public), même si on perd un peu de vue le lien direct avec l'adogmatisme de l'Etat. De fait cet adogmatisme est faux, car reposant, comme la laïcité d'ailleurs, sur
l'existence du concept de liberté absolue de conscience.

Mais je m'éloigne du sujet, et je sens qu'il faut que je me retienne, car j'en mettrais bien dix fois plus !
Très cordialement,


Caroline Thaon 14/11/2012 00:01


Je comprends mieux ce que vous vouliez dire ! et en effet, je pense que l’idée de « laïcité philosophique » n’est pas présente dans le débat en France.


Reste qu’elle ne me satisfait pas, pas plus d’ailleurs que l’idée d’une laïcité politique dont le contenu serait vaste au point d’englober (je recite votre citation) l’égalité concrète des
chances et des droits, la solidarité, la promotion de l’interculturalité, la solidarité entre les personnes et entre les peuples, le droit de chacun à disposer de lui-même, etc.


En effet il s’agit là d’idées au contenu positif alors que pour moi la laïcité est fondamentalement une idée négative : à partir de la reconnaissance d’un autrui sujet, la laïcité est l’idée
de la reconnaissance d’une sphère totalement privée, une sphère de conscience dans laquelle la collectivité ne peut en aucun cas s’immiscer (c’est pour cela que je la qualifie d’idée négative,
parce qu’elle identifie des principes d’action négatifs : on NE peut PAS faire ceci ou cela – s’enquérir des croyances de son voisin, etc).


Pour moi, de telles idées négatives sont très utiles dans leur simplicité, et très puissantes pour protéger l’individu. Et de par son caractère négatif la laïcité est elle-même une idée plus
« laïque » que toute idée positive : elle ne propose aucune règle d’action ou aucune conviction positive comme devant être partagée par l’ensemble des membres du corps social.
Prenons par exemple l’égalité concrète des chances et des droits : c’est une idée positive qui a forcément un contenu opérationnel – des limites, des modalités de mise en œuvre, un champ
d’application, des moyens plus ou moins adaptés, des échelles d’évaluation, etc. On ne peut pas en faire un pur principe, elle est beaucoup trop riche d’interprétations possibles et en même temps
beaucoup trop liée à sa mise en œuvre opérationnelle. Autrement dit, elle n’est pas « laïque » car on ne peut pas espérer qu’elle soit, sous une forme ou sous une autre, commune. En
imposer une forme unique comme la version canonique de l’égalité concrète serait empiéter sur la liberté de conscience des gens.


A ce compte-là vous me direz que la laïcité n’est pas non plus une idée laïque, vu les débats qu’elle suscite. Oui : dès lors qu’on y ajoute du gras. Mais la laïcité dans son degré zéro,
l’idée de la liberté absolue de conscience, ne suscite en fait pas vraiment de débat : comment peut-on débattre des degrés d’une idée absolue ? et la question de savoir si cette idée
imposée en norme sociale viole la conscience de qui que ce soit est paradoxale puisque pour la contester il faut l’admettre (comment peut-on refuser la liberté de conscience sans en faire usage
soi-même ?).


Pardon pour ces élucubrations, il est l’heure d’aller au lit sans doute – faute de quoi on devra mener, je vous cite à nouveau, « un combat d’arrière-garde contre les cuites » pardon,
les cultes. C’est la Gueuze qui remonte !

sous la Voûte étoilée 14/11/2012 08:29



En dépit de ma répugnance à voir caractériser la Laïcité comme "négative", l'argument de Caroline est d'une grande pertinence. C'est d'ailleurs probablement une bonne définition de
"l'indifférence" que l'Etat doit manifester à l'égard des cultes.


De ce point de vue, l'échange entre Christophe et Caroline éclaire le champ de la compréhension, de la perception en Europe de la Laïcité. Or, c'est là un thème qui va nous occuper désormais avec
la mise en oeuvre de l'article 17 du traité de Lisbonne, c'est-à-dire le dialogue entre les institutions européennes et les cultes et organisations non confessionnelles.


Nul doute que les forces (humanistes, francs-maçons, libres penseurs, ...) qui souhaitent défendre et promouvoir la Laïcité dans la construction européenne devront s'unir pour donner
de l'efficience à leur objectif, de la vigueur à leur détermination. Or, on en est encore assez loin ! Dans un monde où sévit le lobbying comme principe de base de la constitution de
majorités, il nous faut construire notre propre capacité à intervenir...



Christophe 13/11/2012 23:32


Les adjectifs ... je trouve que ce sont ceux-là qui donnent le sens ... bref !!!


Soyons bref: la laïcité fançaise vient, me semble-t-il, du concept républicain. Un concept épuré d'une division sociale et politique de dimension dite non compatible entre elles. (j'essaye de
comprendre!)


Mon vécu de la laïcité, mais, je ne suis pas en France, est surtout celle de la lutte pour des idées, pour une éthique, pour assistance, ... De ce fait la Laïcité n'a probablement pas la même
signification, encore que, peut-être ce sont seulement les mots qui sont différents?  Elle se veut à la fois philosophique, morale, sociale et politique. C'est notre construction? 


Je reprends ici une définition de ce que nous appelons laïcité et je rejoins assez bien cette "définition":


http://www.laicite.be/laicite_az/l


"Il convient d’affirmer de façon claire que la laïcité n’est en aucune façon un substitut à la religion. Si elle reste vigilante à ce que la place des Eglises dans la société n’interfère pas avec
les centres de décision démocratiques, ses champs d’action sont de plus en plus éloignés d’un combat d’arrière garde contre les cultes. En se battant pour la liberté, elle milite aussi pour la
liberté de chacun à adhérer à la religion ou la philosophie de son choix.


La laïcité belge francophone organisée, par la voix de son organe fédérateur, le Centre d’Action Laïque, est aujourd’hui essentiellement un activateur d’idées progressistes au service de la
cohésion sociétale. Là où les postures partisanes divisent et créent des antagonismes, la laïcité rassemble en rappelant les valeurs universelles censées rapprocher les peuples et les
individus : l’égalité concrète des chances et des droits, la solidarité, la promotion de l’interculturalité, la solidarité entre les personnes et entre les peuples, le droit de chacun à
disposer de lui-même, etc.


 


Les experts de la « chose laïque » se plaisent à expliquer qu’il existe deux formes de laïcité : la laïcité politique et la laïcité philosophique. La première, qui correspond en
gros à la « laïcité à la française », inclut les questions liées à la séparation des Eglises et de l’Etat, en ce inclus les aspects de neutralité dans les services publics et les signes
extérieurs d’appartenance confessionnelle ou philosophique. Dans une lecture élargie, elle comprend les questions sociétales au sens large, sous-tendues par les « valeurs » de la
laïcité. C’est aussi sous la bannière de la laïcité politique que le CAL agit pour un accès équitable à l’éducation, pour promouvoir l’éducation permanente, pour le droit à un logement digne,
pour l’émancipation par la culture et le savoir, pour l’assistance morale aux personnes, etc. Quant à la laïcité philosophique, elle s’érige sur les notions de morale laïque et de libre examen.
Cette démarche d’élaboration personnelle d’une conception de vie non confessionnelle sous-tend un humanisme délivré de toute référence divine, où règne la liberté de pensée et d’expression, où
seul juge de l’être est sa conscience."


(je suis un peu gêné de piquer ainsi une si grande citation, veuillez m'en excuser !)

Caroline Thaon 13/11/2012 22:53


Les deux interventions précédentes me donnent envie de réagir sur ce thème de la "spiritualité laïque". 


Mong, on peut comprendre « spiritualité laïque » de n’importe quelle façon et notamment comme « le domaine de la pensée généré par le concept de laïcité », selon le sens qu’on
donne à « spiritualité ». Cela dit, le sens commun de « spiritualité » est assez éloigné de celui de « pensée » ; il désigne couramment un cheminement intérieur
en vue du développement d’une personnalité « meilleure » (quoi que ce « meilleur » puisse vouloir dire – que d’interrogations sémantiques !). Je n’identifie pas bien ce
que le concept de laïcité peut engendrer comme démarche spirituelle, ou du moins je ne vois pas ce qu’il peut faire de plus, en ce domaine, que le concept de liberté ou le concept de démocratie.


Et Christophe, pour ce qui est de la laïcité froide, chaude ou tiède, vous prenezi le risque de réveiller l’allergie aux adjectifs dont souffre notre hôte… Sérieusement, en quoi le spirituel
est-il « laissé aux mains des religions » ? Comment la méditation, le retour sur soi, la recherche de la paix et de la lucidité seraient-ils l’apanage des religions alors qu’aucun
texte, aucune construction sociale ne les sous-tend obligatoirement ? A l’inverse, pourquoi irait-on décorer du titre de « laïque » des exercices qui sont parfaitement
a-politiques, voire a-sociaux ? Et quel endoctrinement fumeux voudrait-on faire subir au nom de la laïcité au malheureux « mourant en quête de spiritualité » ? quel en serait
le contenu ? Quant à voir le concept de laïcité « approfondi vers le spirituel », si quelqu’un dans la salle se sent de nous faire une petite démonstration d’approfondissement, je
lirais ça avec intérêt… mais je crains que la chose ne se révèle fort ardue.


En réalité je me demande si vous ne parlez pas de spiritualité athée plutôt que de spiritualité laïque : cela aurait déjà plus de sens, encore qu’il faudrait sans doute pour être honnête
parler de spiritualités athées.  Mais que la collectivité se mêle au nom de la laïcité de trier et d’organiser ces spiritualités athées, voilà qui me donnerait des boutons. 

Christophe 13/11/2012 22:11


De geuzen ... terme flamand désignant ceux qui luttaient contre le pouvoir catholique du duc d'Albe, synonyme de brutalité, d'atrocité, encore aujourd'hui !


Donc seulement une demi-erreur ! D'où le nom de la boisson favorite, une demi-gheuze, mort subite astablief, à boire dans l'estaminet chez Tone, rue des Brasseurs!


Somme-nous loin du concept de laïcité ? Probablement pas. Une autre manière de la concevoir: celle de la lutte pour la liberté de penser, d'agir, de se réunir; et aujourd'hui celle de la libre
pensée et du libre examen. Pour moi c'est aussi cela la laîcité. Quelque chose de chaleureux et pas seulement cette définition froide et distante visant strictement la séparation du politique
d'avec  l'église. D'ailleurs cela ne fonctionne que très rarement, donc c'est plutôt une bonne idée d'approfondir le concept vers la morale, l'éthique, la philosophie et pourquoi pas le
spirituel.


Pourquoi devons-nous laisser le spirituel au mains des religions: c'est un trop beau cadeau et surtout un cadeau dangereux pour la laïcité?


Pourquoi devons-nous laissez le mourrant en quête de spiritualité, soit seul, soit aux mains des prêcheurs de quelques religions que ce soient?


Pourquoi devons-nous nous abstenir d'envahir des domaines dont nous avons tellement besoin pour justement affermir la laïcité politique et lui donner les armes nécessaires pour lutter contre tous
ces faiseurs de vérité ?

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