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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Retrouvez les blogs maçonniques sur : http://www.blog-maconnique.com/

11 Oct

La réponse de Philippe Charuel, Grand Maître de la GLDF

Publié par Sous la Voûte étoilée  - Catégories :  #Formation et Histoire maçonnique

Philippe Charuel, Grand-Maître de la Grande Loge de France

Philippe Charuel, Grand-Maître de la Grande Loge de France

Il n'est fréquent qu'un Grand Maître, particulièrement celui de la Grande Loge de France, intervienne sur les réseaux sociaux.

 

C'est pourtant ce que Philippe Charuel vient de faire en acceptant de répondre à une question que je lui ai posée le 4 octobre 2015. C'est manifestement un signe qui tranche avec la période précédente... 

 

Voici le texte qui a été mis en ligne par Jean-Laurent Turbet (dans le cadre de ses nouvelles fonctions) sur la page du groupe : Grande Loge de France - Officiel le 7 octobre, 12:29 ·

 

Réponse à la question posée par Gérard Contremoulin le 4 octobre 2015

 

"Mais alors, Cher Très Respectable Grand-Maître, dans ces conditions, le REAA n'arrivant en France qu'en 1801-1804 importé de Caroline du Sud par De Grasse-Tilly, vous auriez travaillé au Rite Français ?"

 

Puisque vous me posez une question publiquement, mon T:. C:. F Gérard, je vais y répondre publiquement !

 

Tout d’abord les termes de votre question ne sont pas tout à fait justes : le REAA n’est pas arrivé en France en 1801-1804 importé par de GRASSE-TILLY.

 

GRASSE-TILLY ne repose le pied sur le sol Français, à Bordeaux, que début juillet 1804, comme en témoigne sa lettre du 4 juillet au Général QUENTIN (1) . Il n’est pas porteur du Rite Écossais Ancien et Accepté, mais seulement du rite en 33 grades du Suprême Conseil de Charleston, dont la succession des grades est différente de celle du R:. E:. A:. A:.. Le Rite Écossais Ancien et Accepté ne trouvera sa constitution définitive qu’entre le 17 octobre 1804, première réunion du consistoire du Suprême Conseil de France, et le 5 décembre 1804, date de la ratification de ce qu’on appelle aujourd’hui le concordat avec le Grand Orient de France, voulu par NAPOLEON 1er (2) . C’est dans cette période que le REAA fixera la succession définitive des grades ainsi que les rituels des trois grades symboliques (3) .

 

C’est aussi à cette époque que le rite trouvera son nom : ancien rit écossais accepté dans l’acte de La Constitution Générale de l’Ordre signé le 3 décembre 1804 au domicile du maréchal KELLERMANN et ratifié le 5 décembre (4), Rit ancien accepté reconnu écossais dans le rituel du Premier degré de la Triple Unité Ecossaise (5) , et enfin Rit écossais ancien accepté dans le rituel délivré par PYRON à la loge La Vertu Triomphante à l’orient de Rome le 7 septembre 1808 (6) . Il n’est donc pas possible de parler de Rite Écossais Ancien et Accepté avant ces quelques mois de l’automne 1804.

 

Mais ce qui m’importe, ainsi que je l’ai dit lors du dîner de la Grande Loge de France, c’est l’esprit de l’Ordre Écossais, qui s’est transmis depuis que le Comte de CLERMONT devint Grand Maître de la Grande Loge de France en 1743 jusqu’à la fin du XIXème siècle et la résurgence de la Grande Loge de France, à travers les loges symboliques dites Écossaises, qu’elles aient appartenu à la Grande Loge de France, au Grand Orient de France, à la Grande Loge Centrale du Suprême Conseil pour la France et ses dépendances, ou de nouveau à la Grande Loge de France.

 

Cet esprit, ce lien entre loges écossaises de toutes les générations est principalement lié à l’appartenance de leurs membres aux grades écossais, arrivés en France vers 1740 (7) , appartenance reconnue en loge symbolique écossaise jusque vers le milieu du XIXème siècle. Dès 1745 cette appartenance était consacrée par les articles 23 et 44 des Statuts envoyés à toutes ses loges par la Grande Loge de France (8) . Le rituel du 1er degré délivré par le T:. I:. F:. PYRON le mentionne encore en 1808 (9) .

 

Outre cette importante particularité, on sait peu de choses des rituels des loges écossaises au XVIIIème siècle, et certainement peu de choses les distinguent du Rite Français : la position des trois piliers Sagesse, Force et Beauté (10) , et l’acclamation Houzzai (11) en tout cas. Le rituel du marquis de GAGES en 1763, comme le rituel de la Loge La Française à Bordeaux en 1767 (12), utilise les mots et la position des officiers des Modernes mais la disposition Ancienne des trois piliers, ainsi qu’une circulation du mot qui rappelle celle du manuscrit écossais des archives d’Édimbourg de 1696.

 

Cependant ces loges écossaises restent attachées à leur différence, liée surtout, je le rappelle, à l’appartenance des frères aux hauts grades écossais. Ce sont les Chevaliers de l’Orient et de l’Épée qui contrôleront la Grande Loge de France depuis l’apparition du grade en 1748 jusqu’à 1767 . C’est la Grande Loge de France et ses Chevaliers de l’Orient et de l’Épée qui accorderont en 1761 une patente à Étienne Morin pour les 4 parties du monde où il arrivera ou pourra demeurer, acte qui lancera Outre-Atlantique une dynamique qui aboutira au retour en France de GRASSE-TILLY .

 

En 1776, après la scission minoritaire du Grand Orient de France qui avait eu lieu trois ans plus (15), ce sont les loges travaillant au Rite Écossais Philosophique, venu de Marseille à Paris, qui prendront le relai 516). Le 14 décembre 1781 un accord intervient entre le Grand Orient et la Mère Loge Écossaise de France, St Jean du Contrat Social à Paris (17) : les loges symboliques travaillant au Rite Écossais Philosophique feront partie du Grand Orient, et la Mère Loge Écossaise, qui garde son titre, ne pourra pas en créer de nouvelles mais pourra « agréger » au R E P toute loge régulière du Grand Orient. Constitution, ou agrégation de loges, la nuance est faible, à ceci près que les loges symboliques agrégées à la Mère Loge Ecossaise devront payer leur capitation au Grand Orient de France tout en continuant la pratique de leur rite propre.

 

Ce sont ces loges écossaises qui se rebelleront contre le malheureux décret pris le 12 novembre 1802 par le Grand Orient de France déclarant « irréguliers et hors de sa correspondance les ateliers qui donneraient asile aux Loges professant des Rites étrangers à ceux reconnus de lui ou ayant des correspondances avec elles » (18). Celui-ci publie en même temps une circulaire virulente contre la tentation de « se réunir au LL soi-disant Ecossaises pour en suivre le rit » (19).

 

Ce sont ces loges écossaises, peu nombreuses mais vivant dans l’esprit écossais et pleines d’énergie, et refusant de travailler au Rite Français, qui accueilleront avec soulagement l’arrivée de GRASSE-TILLY, initié 21 ans plus tôt dans la Mère Loge Écossaise, et le soutiendront dans la création du Rite Écossais Ancien et Accepté. St Alexandre d’Écosse demande elle-même au Suprême Conseil la création d’un Grande Loge de rite ancien en France (20) , et abrite dans ses locaux toutes les réunions du Suprême Conseil et de la nouvelle obédience, la Grande Loge Générale Écossaise (21).

 

Claude Antoine THORY, à l’époque administrateur général du Rite Écossais Philosophique, et Vénérable de la Mère Loge Écossaise, sera un des premiers à être nommé au 33ème degré par Auguste de GRASSE-TILLY, et le Rite Écossais Philosophique sera intégré au Rite Écossais Ancien et Accepté. Après quelques années de tribulation sous la férule de l’Empire, et de divisions au début de la restauration, les principaux acteurs de 1804 seront encore présents lorsque le Suprême Conseil pour la France et ses dépendances créera en 1821 la Loge de la Grande Commanderie, Grande Loge Centrale du R:. E:. A:. A:., ancêtre de la Grande Loge de France réapparue : Auguste de GRASSE-TILLY, Grand Commandeur Honoraire, le Comte de VALENCE, Grand Commandeur, Jean Baptiste PYRON Grand Secrétaire et Claude Antoine THORY Grand Trésorier.

 

Quels qu’aient été les vicissitudes et les aléas de l’histoire, l’esprit de l’Ordre Écossais qui imprégnait déjà la Grande Loge de France en 1745 s’est transmis jusqu'à nos jours, et la Grande Loge de France est fière de l’incarner aujourd'hui pour les loges symboliques.

 

Philippe CHARUEL
Grand Maître de la Grande Loge de France

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- 1 Citée par Louis Trebuchet, De l’Écosse à l’Écossisme, Tome 3, Volume 1, page 207
- 2 Pierre Mollier, ‘Les travaux de la Grande Loge Générale Écossaise’, in Renaissance Traditionnelle n°147-148, pages 252-276
- 3 Louis Trebuchet, De l’Écosse à l’Écossisme, Tome 3, Volume 1, pages 215-226
- 4 Claude Antoine Thory, Histoire de la fondation du Grand Orient de France, page 146
- 5 Pierre Noël, Guide des maçons écossais, éditions de l’Orient, 2006, Document 2
- 6 Bibliothèque publique d’Alençon, fonds Gaborria
- 7 Kloss XXV-334, Grand Orient des Pays-Bas, 192.A.80
- 8 Statuts dressés par la R L St Jean de Jérusalem, 24 juin 1745, Bibliothèque Nationale FM 2 362, folios 15-19
- 9 Bibliothèque publique d’Alençon, fonds Gaborria
- 10 Pierre Noël, Guide des maçons écossais, éditions de l’Orient, 2006, Document 2
- 11 Louis Trebuchet, De l’Écosse à l’Écossisme, Tome 3, Volume 1, page 215
- 12 Infra Vol.2 page * 1767 M La Française de Bordeaux Extraits
- 13 Henri-Joseph Brest de Lachaussée, Mémoire justificatif 1773, présentation Alain Bernheim, Slatkine 1992
- 14 Louis Trebuchet, De l’Écosse à l’Écossisme, Tome 3, Volume 1, page 160 et seq.
- 15 Louis Trebuchet, De l’Écosse à l’Écossisme, Tome 3, Volume 1, page 85 et seq.
- 16 Louis Trebuchet, De l’Écosse à l’Écossisme, Tome 3, Volume 1, page 101 et seq.
- 17 Claude Antoine Thory, Histoire de la fondation du Grand Orient de France, page 165
- 18 Thory, Acta Latomorum Vol.1 page 211
- 19 Circulaire du Grand Orient de France, fond La Parfaite Union, Archives de la Grande Loge de France
- 20 Délibération du 17 octobre 1804, Bibliothèque du Grand Orient de France
- 21 Jean Baptiste Pyron, Abrégé historique de l'organisation en France des trente-trois degrés du rit écossais ancien et accepté, 1816

 

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Commenter cet article

Lhermitte 11/10/2015 18:38

"L’esprit de l’Ordre Écossais", c'est comme "L'esprit de la franc-maçonnerie" (le Salon du livre de la GLDF), purement virtuel ?

joaben 11/10/2015 13:38

Quel est l'enjeu de cette discussion ?
Pretendre à une antériorité de la GLDF au GODF ? Pourquoi pas ? Mais au delà de l'appelation GLDF remis au goût du jour fin 19 e siecle, y a-t-il une filiation avec la GLDF du 18e ?
Qu'il y ait des points communs soit, mais ces points communs ne se retrouvent-ils pas au GO ou autre ?
Le REAA raison d'être de la GLDF n'existant pas à cette epoque peut-on voir dans l'appelation "ecossais" une continuité ?
L'examen des rituels de la loge mère écossaise montre un rite abvant tout de la filiere "Modern" et precuseur de ce qui s'appellera RF.
Si on peut comprendre que cette revendication d'anteriorité au GODF puisse être glorieuse pour la GLDF d'aujourd'hui, sa fragilité qui, pardon de mon impertinence transparaît à la lecture des arguments ci-dessus, ne risque-t-elle pas d'avoir l'effet inverse ?

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